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Christophe, c’était plus qu’Aline

Un artiste ambivalent vient de nous quitter… De Christophe, on connaît tous Les Mots bleus. Repris avec des grâces diverses par tant. Et on a tous en mémoire son cri de désespoir envers une Aline perdue. Mais ces « vestiges du chaos » sont lointains. Christophe a eu deux vies musicales. De chanteur à minette, il est devenu créateur. Après une longue interruption.

Christophe

Personne n’attendait Bevilacqua, en 1996. Personne ne l’a remarqué, non plus. Cet obscur album aux accents électro, qui démarre par une interview samplée, est pourtant fondateur. Il est le premier témoignage de l’amour de Christophe pour les synthés. Pendant sa longue absence, il a expérimenté, testé, créé. L’entre deux, celui de passage des tubes grand public aux albums osés des années 2000 a été fait de boucles électro, de mélodies chantées en yaourt. Des bouts d’exercices ressortis de la naphtaline en 2013, sur la compilation Paradis retrouvé. C’est étonnamment écoutable, pour des coups d’épée dans l’eau.

Deux carrières

Près de trente ans d’absence sur scène… Christophe a choisi de ressortir du bois en 2002. Revenir à l’Olympia pour sa seconde carrière. A un âge où les rockeurs étaient sur le déclin, il a lui commencé à construire son univers sonore singulier. Les tubes d’antan étaient toujours chantés sur scène. Mais retravaillés, revisités. Par un arrangement obsédant, presque techno, sur le Petit Gars. Ou au contraire, avec une Aline qu’on n’a jamais connue aussi dépouillée.

Tous les chanteurs d’un certain âge ont fait des albums de duos. Ce sera d’ailleurs la dernière trace de Christophe de son vivant. La plupart de ces chanteurs d’un certain âge choisissent des petits jeunes bien rangés, pour donner un vent de nouveauté, et de vieux copains, pour assurer auprès du fan club traditionnel. Christophe s’est lui risqué dans le bizarre. En conviant Philippe Katerine, qui n’a rien du chanteur de charme, à interpréter Aline. En demandant à Nusky & Vaati de remixer Succès Fou dans une version ethérée et gavée d’autotune. En rendant Océan d’Amour encore plus tarte et splendide avec la voix ingénue de Mathilda Cabezas d’After Marianne.

Il y a eu presque vingt ans de cette deuxième carrière. Une seconde période presque deux fois plus longue que la première, celle que pourtant tout le monde retient, dont tout le monde se souvient. Christophe le noctambule mettait au point avec minutie le moindre morceau, quitte à y passer des années, bien loin du stakhanovisme des débuts.

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