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Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême 2013 – Sous le signe du Capricorne (1/4)

Le Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême fête sa quarantième édition en 2013. Cette année, l’organisation a mis les petits plats dans les grands avec des expositions d’importance. Nous commencerons nos habituelles visites par celle intitulée Les Arcanes d’Andreas, qui revient sur la carrière de l’auteur de Rork et de Capricorne.

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C’est au musée d’Angoulême qu’Andreas a pris ses quartiers. Méconnu du grand public, cet auteur d’origine allemande a pourtant une longue carrière derrière lui : son personnage Rork fut créé en 1978. Aujourd’hui, sa série Capricorne en est au seizième tome, sur une vingtaine de prévus.

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L’exposition présentée au Musée d’Angoulême dans le cadre du Festival de la Bande Dessinée met en valeur l’univers d’Andreas au travers d’une scénographie parfaitement adaptée. Sombre aux lignes nettes et contrastée, celle-ci attire immédiatement l’œil vers les planches originales et fresques qui émaillent la salle d’exposition.

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Rork et Capricorne ont ici droit de cité à parts égales, au même titre que les autres productions d’Andreas. L’ensemble frappe par son côté graphique : les visuels présentés mettent en valeur le talent de l’auteur à organiser une planche de bande dessinée. Au fil des albums, que ce soit dans Rork ou Capricorne, il s’est en effet imposé comme un des maîtres du découpage, alliant l’originalité à la maîtrise technique.

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Le plus impressionnant demeure l’absence de repentir. Malgré la complexité du trait, très rares sont les planches retouchées au correcteur blanc. Tout y net, précis, presque mathématique. Andreas a toujours su composer d’impressionnantes mises en abîme aux perspectives impeccables.

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Cette magnifique exposition constitue un des nombreux points d’orgue du Festival (nous vous parlerons des autres événements remarquables au fil des nos quatre jours à Angoulême). Pour l’occasion, nous avons rencontré Andreas, pour discuter des ses nombreuses créations.

Si vous deviez vous présenter en quelques mots ?

Je suis un auteur de BD allemand. Et j’en suis très heureux !

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Comment avez-vous fait naître vos personnages ?

Rork est né dans le Journal de Tintin. Il a été le prétexte pour moi de commencer à faire du fantastique. Ensuite, Capricorne est né dans Rork. Je me suis demandé ce que j’allais faire après Rork et j’ai eu cette idée de tester le personnage en le faisant apparaître dans la série, pour le continuer ensuite. Avec l’idée d’essayer de garder le copyright.

Vous n’avez jamais abandonné l’étrange, le fantastique… D’où vous vient ce goût ?

J’ai toujours aimé les histoires fantastiques. Edgar Poe, Jean Ray, Lovecraft… Quelques autres encore… C’est venu tout naturellement avec Rork, l’envie d’étrange de fantastique. Je peux parler de n’importe quoi, j’ai toujours envie de dériver vers le fantastique.

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Comment choisissez-vous de faire évoluer vos personnages au fil des albums ?

Tout dépend de l’histoire. Pour le physique, c’est avant tout une question de dessin. Si j’ai fait une barbe à Capricorne, c’est qu’il ne me plaisait pas tel qu’il était dans les premiers albums. Je le trouvais trop carré, la barbe l’arrondit un peu. Concernant le caractère, c’est quelqu’un qui a perdu une part de sa personnalité. Il est donc à la recherche de ça. Il se trouve petit à petit, il réagit, il doit grandir. Il est arrivé au début avec sa petite valise noire, il doit faire connaissance avec des choses imprévues. C’est l’histoire qui le façonne. J’ai toujours trouvé la mécanique de l’histoire plus intéressante que les personnages. Je sais mieux façonner un caractère qu’au début mais je suis plutôt narratif. Même si je mets de moi-même dans mes personnages.

Dans certains albums, le découpage a une place très importante dans le scénario. Est-ce au point d’en jeter les grandes lignes ?

Tout dépend des albums. Dans Rêve en Cage, par exemple, le grillage n’a pas de vraie influence, sauf brièvement à la fin, sur le scénario. C’est juste une contrainte de mise en page, visuelle et omniprésente. Dans le numéro 11, j’avais l’idée de deux personnes qui se parlent. Ca a impliqué une mise en page particulière. J’y pensais déjà cinq ou six albums auparavant, il a fallu trouver une histoire qui le justifie pour que cela reste intéressant sur toute la durée de l’histoire.

Comment en êtes-vous venu à développer cette esthétique si particulière, presque art déco ?

Je ne sais pas ! Ca s’est fait tout seul. D’un côté pour une question de goût et d’un autre par mes limites de dessinateur. J’ai ressenti le besoin de styliser certaines choses parce que je ne sais pas mieux faire. Mon style est dû à mes efforts et à mes limites. Je ne me juge pas très bon dessinateur. En tant que dessinateur de BD, je cherche à faire des planches avant un bon dessin. Même s’il se peut qu’il y ait de bon dessins au milieu des planches.

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Les lieux et événements sont rarement synchronisés avec le réel dans vos albums (je pense notamment à New-York des années 1930 en guerre). Pourquoi se placer à mi-chemin entre réel et imaginaire ?

Parce que c’est là que c’est intéressant. Il faut une part de réel pour s’identifier. Que ce soit un building, une voiture… Et derrière se cachent plein de choses. Le fantastique fait son apparition. Il faut voir les limites et ne pas se tenir à un quotidien. Pouvoir dévier comme dans un rêve. Quand je me promène devant des fenêtres, j’imagine plein de trucs derrière. Comme Belphégor. J’aime ce côté frontière entre le conscient et l’inconscient. C’est instinctif, on ne peut pas tout contrôler.

Quels ont été vos sources d’inspiration au fil de votre production ?

Il y a eu ceux que je citais plus haut. Les Comics des années 1970 aussi. Ils étaient très centrés sur le personnage, contrairement à la BD franco-belge ou le paysage est omniprésent. Mais maintenant, je n’en ai plus. C’est un peu tout. Ca peut venir d’un livre, d’un film… Tout contribue. L’avantage d’une série, c’est qu’elle se nourrit elle-même. Les personnages vivent par eux-mêmes et ça fonctionne tout seul.

On approche du but avec Capricorne. Quel est son avenir ? Et après ?

Après Capricorne, j’arrête les séries. Je passerai à des one shot, maximum des trilogies. C’est un peu une question d’âge aussi… Je ne veux pas me lancer dans un truc que je risque de ne pas finir.

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A quel point avez-vous été impliqué dans la conception de cette exposition ?

Je me suis contenté de donner les planches qu’on m’a demandées. Je trouve l’expo très bien. Elle traduit bien mon univers. Ils ont compris qui je suis, c’est à la fois spectaculaire et sobre, avec une vraie scénographie. Et il a tout depuis mes débuts.

Notre magazine s’appelle Save My Brain… Sauver les cerveaux. Comment peut-on le faire ?

Il faut l’utiliser ! Penser, et ne pas se donner de limites.

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