Femme de légende

Rigoberta Menchù Tum

Aujourd’hui je vous emmène en Amérique du Sud, et plus précisément au Guatemala, où nous nous pencherons sur l’incroyable destin de la plus jeune prix Nobel de la paix  de l’histoire, Rigoberta Menchù Tum. Cette femme est devenue en quelques années l’emblème de la lutte pour les indiens Mayas opprimés dans son pays, le symbole de la lutte pour les droits de l’homme et notamment ceux des amérindiens, ceux-là même dont le massacre nous a à peine effleuré l’oreille. Par sa force de caractère, son opiniâtreté et sa volonté sans faille, elle alertera la communauté internationale sur le sort de ses frères victimes d’atroces injustices et en aidera plus d’un.

Rigoberta est une guatemaltèque issue de l’ethnie Quiché des Mayas. Née à Chimel en 1959 sur les hautes sphères des plateaux guatemaltèques dans une famille très pauvre, elle est très vite confrontée au terrible sort que lui réserve sa condition d’indienne. Dès l’âge de cinq ans, elle commence à travailler dans des exploitations agricoles, exploitée tout comme sa famille et de nombreux autres. Elle y verra deux de ses frères mourir. Des domaines agricoles dont les premiers propriétaires étaient des indiens, dépossédés de leurs terres, ils en devinrent les esclaves. Lors d’une révolte indigène, son père (fondateur du Comité d’unité paysanne dont elle fera partie) et un autre de ses frères sont tués par des soldats du gouvernement dans des conditions atroces (ils seront brûlés vifs), alors qu’ils défendaient leur village. L’année suivante, en 1980, sa mère sera également tuée. Orpheline et sans défense, Rigoberta prend la décision de se réfugier au Mexique, comme de nombreux indiens de l’époque.

Là où nombre d’entre nous auraient perdu tout espoir, Rigoberta décide qu’il est temps d’agir et d’alerter la communauté internationale sur le génocide qui se trame dans son pays. Elle publie son autobiographie, Moi, Rigoberta Menchù et y décrit toutes les atrocités dont elle a été témoin. Son récit sera traduit en onze langues et aura d’incroyables retombées. En même temps, elle s’engage activement en faveur des siens dans un groupe pour les droits de l’homme au Mexique. Alors que dans son pays l’armée tente de mater la rébellion, et notamment l’UNGR (l’Union des forces de Résistances des Indigènes au Guatemala), elle continue d’interpeller la communauté internationale à travers de nombreuses conférences données aux Etats-Unis et en Europe. C’est alors qu’en 1992, à l’âge de trente-trois ans, elle reçoit la consécration pour son œuvre, sa lutte acharnée à faire triompher la justice pour les opprimés : le prix Nobel de la Paix. On choisit de la récompenser « pour son œuvre en faveur de la justice sociale et de la réconciliation entre les différentes ethnies » et donne naissance à sa propre fondation qui portera le nom de son père. Cinq cents ans après la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, et par extension le début de l’asservissement des peuples indigènes, on choisit de mettre en avant son combat, de mettre en lumière que cinq siècles plus tard de nombreux indiens n’ont toujours pas retrouvé la liberté.

En 1996, sous la pression internationale, des accords de paix sont signés entre le gouvernement guatemaltèque et l’UNGR. Rigoberta, par le biais de sa fondation, demande alors le retour de tous les indigènes exilés et la restitution de leurs terres.

Aujourd’hui Rigoberta continue de lutter contre toutes les formes de discrimination et d’oppression dont sont victimes les indigènes dans son pays, et en Amérique Latine en général. Ambassadrice de l’Unesco, elle favorise le rapprochement des peuples indiens et des métisses dans un même combat pour l’obtention d’une meilleure justice. Sans relâche, elle interpelle les plus hautes autorités afin de dénoncer un massacre de plus de 150 000 indiens, passé presque inaperçu. Elle saisira même la justice espagnole en 1999 pour dénoncer le génocide de son peuple. Rigoberta n’oublie pas le sang qui coule dans ses veines et sans relâche, elle prône des fondements mayas tel l’amour fraternel.

Messagère de la paix et de la réconciliation entre les peuples, ce petit bout de femme s’est donnée une mission qu’elle continue à remplir avec ardeur. Aujourd’hui encore elle œuvre pour faire prendre conscience des tragédies muettes, comme celle vécue au Guatemala, mais qui grâce à elle reçoivent aujourd’hui un écho, une écoute et un appui international. Elle est devenue une autorité morale de poids qui tisse des liens entre les différents pays d’Amérique Latine pour un meilleur sort des indigènes de toutes tribus.

Rigoberta est une héroïne moderne pour tout un peuple, une petite femme de poigne qui a su relayer les souffrances et les soulager. Son combat est un exemple et permet une prise de conscience qui peut parfois mettre mal à l’aise, et pourtant son engagement pour la réconciliation et la paix devrait être celui de tous et toutes.

Pour en savoir plus:

http://frmt.org/en/

http://www.clubquetzal.org/

A lire:

Moi, Rigoberta Sum, d’Elisabeth Burgos, 1983.
Lors d’entretiens avec l’auteur vénézuelienne Elisabeth Burgos, Rigoberta raconte sa vie, son enfance meurtrie, son combat, celui de toute sa vie, celui de tous ses frères.

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2 Comments

  • Reply
    sousou
    1 mai 2013 at 20:07

    oui moi aussi pour le bac ^^

  • Reply
    Agnès
    11 avril 2012 at 20:46

    ahhhh j’ai étudié ses textes pour le bac espagnol ^^

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