Littérature

Vikas Swarup – Meurtre dans un jardin indien

Après le succès des Fabuleuses Aventures d’un Indien Malchanceux qui devint Milliardaire, Vikas Swarup nous livre dans son nouveau roman une satire épicée de la société indienne sur fond d’enquête policière. Un voyage dépaysant où l’on parcourt le pays d’un bout à l’autre à la poursuite de l’assassin d’un millionnaire véreux.

Célèbre pour avoir écrit le livre qui inspira le film Slumdog Millionnaire, Vikas Swarup est né en 1963 à Allahabad. Issu d’une famille d’avocats célèbres, il devient diplomate après avoir étudié l’histoire, la psychologie et la philosophie, mais cultive son goût pour l’écriture en imaginant des nouvelles qu’il présente à des concours d’écrivain. Le succès de ces nouvelles le pousse à se lancer dans l’écriture d’un premier roman, qu’il achève en à peine deux mois : Les Fabuleuses Aventures d’un Indien Malchanceux qui devint Milliardaire. Le livre raconte l’histoire d’un gamin des bidonvilles sur le point de gagner 20 millions de roupies dans la version indienne de Qui Veut gagner des Millions, avant d’être arrêté par la police pour tricherie. La suite, on la connaît : le livre rencontre un succès international, est traduit dans plus de quarante langues et rafle de nombreux prix, dont le Prix Grand Public 2007 au Salon du Livre. La consécration, c’est bien évidemment l’adaptation du roman au cinéma par Danny Boyle, le fameux Slumdog Millionnaire, film encensé par le public et la critique.

Meurtre dans un Jardin Indien (Six Suspects en version originale) est son deuxième roman et semble emprunter le même chemin que le précédent : on spécule déjà sur une future transposition de cette histoire sur grand écran !

L’intrigue

Elle se présente tout d’abord comme une sorte de Cluedo grandeur nature, à la sauce Bollywood. Vicky Rai, le fils détestable et corrompu du Ministre de l’Intérieur de l’Uttah Pradesh, est tué par balle lors d’une garden-party dans sa ferme de Mehrauli. Seuls six invités sont en possession d’une arme et se retrouvent donc potentiellement suspects. Des personnages hétéroclites qui ont tous une bonne raison d’en vouloir à Vicky. Après un rapide rappel des faits, la suite du récit se passe en flash-back ; sous la forme de six histoires apparemment distinctes, Vikas Swarup déroule la vie des suspects durant les quelques semaines qui ont précédé le meurtre, et les raisons qui les ont amenés à être présents sur les lieux du crime le soir de l’assassinat. Six personnages que tout oppose :

  • Mohan Kumar, bureaucrate ambitieux et prêt à tout pour réussir, possédé par l’esprit du Mahatma Gandhi.
  • Shabnam Saxena, nouvelle coqueluche du cinéma bollywoodien, superficielle et crédule, ruinée suite à une manipulation de son assistant personnel.
  • Munna, gamin des rues qui vole des portables pour survivre, amoureux transi de Ritu Rai, la sœur de Vicky.
  • Larry Page, l’américain naïf et un peu attardé, persuadé à la suite d’un imbroglio de partager une histoire d’amour passionnée avec Shabnam Saxena, venu en Inde la demander en mariage, et à qui il va arriver toutes sortes de mésaventures à cause de son homonymie avec le créateur de Google.
  • Eketi, un aborigène débarqué en Inde pour récupérer la pierre sacrée de ses ancêtres, volée par un responsable des services sociaux.
  • Et enfin, le Ministre de l’Intérieur lui-même, le propre père de la victime, Jagannath Rai.

Ces six destins apparemment distincts vont se croiser et se recroiser au fil du récit pour finalement se rencontrer, sur les lieux du crime, le fameux soir où Vicky Rai est assassiné.

Une critique des travers de la société indienne

Je vous rejoins sur la banalité apparente du scénario: un meurtre dans un huis-clos, plusieurs suspects, un assassin à trouver. D’autres l’ont fait avant et certainement avec plus de brio. Mais on s’en fiche. Parce que le véritable talent de Vikas Swarup, c’est de dresser, avec un humour
caustique et ravageur, un tableau corrosif de la société indienne. A travers une série de portraits de personnages typiques des différentes classes sociales de l’Inde moderne, Swarup dénonce les scandales politiques et sociaux qui touchent le pays : l’histoire de Munna est prétexte à une critique acerbe du cloisonnement des classes sociales, tandis qu’à travers le récit des méfaits de Jagannath Rai, c’est la corruption qui gangrène le milieu politique indien qui est pointée du doigt.

Le livre n’est cependant pas exempt de défauts. Certains personnages sont un peu caricaturaux et manquent de finesse (notamment Shabnam Saxena, caricature vivante des Kajol et autres Aishwarya Rai). Certains rebondissements sont également un peu tirés par les cheveux, particulièrement au moment du dénouement de l’affaire, où l’auteur se dépatouille comme il peut pour justifier certains aspects particulièrement tordus de l’intrigue. D’où une fin assez surprenante.

On pourrait également reprocher à Meurtre dans un Jardin Indien son côté un peu « fouillis ». Il y a énormément de personnages, d’intrigues secondaires, l’histoire passe sans cesse d’un personnage à un autre, d’une narration à la troisième personne à une narration de style « journal intime », puis à la première personne, et tout cela sans transition. Le résultat est un peu décousu, même si à la longue
on s’y habitue.

Malgré ces quelques imperfections vite oubliées, on est happé par le rythme haletant de cette fresque colorée et pleine de rebondissements. Assurez-vous donc d’avoir du temps devant vous lorsque vous ouvrez ce livre purement addictif, car vous aurez du mal à le refermer avant d’avoir lu la
dernière ligne. Vous êtes prévenus !

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