Créateur de mode

Jean-Charles de Castelbajac

Jean-Charles de Castelbajac occupe une place à part dans le monde de la mode. Tournant le dos aux canons habituels, ses créations prônent un look fun qui n’appartient qu’à lui. Portrait d’un créateur singulier.

Le personnage

Jean-Charles de Castelbajac a mis très tôt les pieds dans la mode. C’est pour Ko & Co, la maison de sa mère Jeanne-Blanche, qu’il a créé sa première collection, à l’âge de dix-sept ans. L’année d’après, Jean-Charles de Castelbajac crée sa première collection sous son nom. Ce défilé annonce la suite, avec notamment l’utilisation de matériaux inédits dans le domaine de la mode.

Les rencontres se font nombreuses et fructueuses, sur le plan de l’inspiration tout du moins. Ses relations avec des artistes (Andy Warhol, Jean-Michel Basquiat, Annette Messager…) donneront lieu à des collaborations ou des hommages, une des caractéristiques capitales des créations de la griffe. On peut aussi imaginer que la fréquentation au milieu des années de Vivienne Westwood et son mari d’alors, Malcom McLaren est pour quelque chose dans l’insolence de son travail. Une rencontre qui le conduisit à assister à un concert des Sex Pistols en 1976. Le début de l’influence rock ?

D’aucuns ont surnommé Castebajac le « Courrèges de années 1970 ». Prémonitoire ? Les deux couturiers ont signé ne collection commune en 1993. Comme dans de nombreuses maisons bien établies, de grands noms sont passés chez Castelbajac, ou plus exactement chez Ko & Co. Parmi eux Chantal Thomass et Kenzo Takeda.

Son style

Le style Castelbajac affiche une philosophie assez différente de la majorité des grandes maisons. Là où Valentino ou Chanel, par exemple, recherchent le plus souvent l’élégance suprême, Castelbajac propose des créations plus insolentes, moins « portables » aussi. Une philosophie de la couture qui le rapproche plutôt de Rei Kawakubo (Comme des Garçons) ou Garreth Pugh. Cependant, Jean-Charles de Castelbajac a ses propres spécificités qui rendent son style reconnaissable entre tous. Un mélange de plusieurs univers.

Une influence évidente est celle du rock, que ce soit dans les noms utilisés ou certains graphismes. Ainsi, les initiales JC DC sont parfois détournées pour former un logo rappelant fortement celui du groupe AC DC. Sa collection Rockmantica, ou l’exposition Gallierock qui lui est consacrée trahissent également cette inspiration musicale. Plus qu’une simple source graphique, le rock influe aussi la manière générale de travailler de Castelbajac. C’est ainsi qu’au sein d’une collection, apparaît souvent un élément répétitif, sorte de gimmick visuel. Pour Rockmantica, il s’agit de la Toile de Jouy ; pour Once Upon a time, c’est le smiley.

Diamétralement opposé à cela est l’influence d’un univers enfantin, celui du jouet, omniprésent dans les formes et couleurs. Des teintes vives et tranchées, des coupes simples… Certains motifs semblent directement issus d’un magasin de jouets, Rubik’s cube ou Lego paraissant les inspirations de certaines pièces particulièrement typées. Au-delà de cet aspect, Castelbajac semble se nourrir du monde des contes merveilleux. Les couleurs évoluent alors vers les pastels pour plus de douceur et le blanc synonyme de pureté est à la base de tout.

Castelbajac et l’Art

Si les ponts entre l’art et la mode sont de plus en plus nombreux, Jean-Charles de Castelbajac y est certainement pour quelque chose. Tout a commencé avec les robes-objet. Celles-ci s’inscrivaient dans la lignée du pop art : l’objet, la société de consommation mise en exergue. Le sujet devient le quotidien, à l’époque l’American Dream et la publicité qui en découle, avec ses images au graphisme immédiatement reconnaissable. C’est ainsi qu’Andy Warhol, publicitaire à ses débuts, peint une boîte de Campbell’s Soup. Par la suite, Castelbajac lui rend hommage avec la robe boîte de soupe directement extrapolée de ce tableau.

Jean-Charles de Castelbajac creuse cette idée et la développe, au point de s’affranchir de l’oeuvre de départ. Naît ainsi une série de robes objets, reprenant la philosophie publicitaire de Warhol. L’influence du pop art est toujours là, pour des formes inhabituelles.

Le couturier va plus loin avec les robes-tableau. Sur ces dernières, il convient de s’interroger sur le statut de cette création. Oeuvre d’art ou objet de mode ? La toile est une robe toute simple, confiée par Castelbajac à un artiste pour qu’il s’exprime dessus à loisir. Bien entendu, chacun le fait selon sa sensibilité et philosophie, de manière que les robes tableaux affichent une belle diversité. Une des plus célèbres est celles de Ben. Selon ses propres termes, l’initiateur du mouvement Fluxus signe tout. Et avant de parapher les chaussettes, trousses, cartables ou autres prêts bancaires, Ben a inscrit en lettres blanches « Je suis toute nue en dessous » sur une robe noire. Vérité ? On peut en douter, chacune ayant à loisir de la porter comme bon lui semble. Le site de Castelbajac affiche d’ailleurs en surimpression cette robe et un « Oooops I lied » révélateur. Il n’empêche que l’inscription est là pour interpeler, amuser et faire réfléchir celui (ou celle) qui la lit. La philosophie de Ben qui tient en une phrase, comme sur chacune de ses productions.

Célébrités

Que serait un couturier sans ses muses ? Nous l’avons vu, l’art contemporain a une importance capitale dans la démarche de Jean-Charles de Castelbajac. En partie liée à son amitié avec des artistes. Ceci lui a valu d’habiller Andy Warhol, notamment. Voici quelques autres célébrités habillées par Castelbajac.

Une des commandes les plus extraordinaires eut sans doute lieu en 1997. Les Journées Mondiales de la Jeunesse se tenaient alors à Paris. Jean-Charles de Castelbajac eut pour mission de signer les habits du pape Jean-Paul II. Une création où le style Castelbajac est sublimé, avec un fond de blancheur faisant ressortir des croix chrétiennes de toutes les couleurs. Des couleurs qui répondent aux habits des ecclésiastiques, comportant un arc en ciel dans le dos.

Changement total de registre quelques années plus tard avec la jeune chanteuse Alizée. La protégée de Mylène Farmer cartonne alors avec son premier album, Gourmandises. Lors des prestations télévisées, Alizée défend la chanson titre de l’album en Castelbajac. Une petite robe assez simple dans sa coupe, mais colorée comme l’est du Castelbajac. La ceinture « Miam Miam » finit d’ajouter la touche de fantaisie et d’humour nécessaire tout en faisant écho au titre du single.

Bien entendu, Mareva Galanter, l’ex miss France et chère et tendre de notre couturier s’habille en Castelbajac. Et lorsque Mareva se lance dans la musique, avec son album Yukuyéyé, Jean-Charles est de la partie, notamment pour les tenues des clips. Il lui a même écrit un titre, Miss Hinano.

Après l’immense succès de Notre-Dame de Paris, Richard Cocciante espère rempiler avec une nouvelle comédie musicale, Le Petit Prince. Daniel Lavoie est de nouveau de l’aventure, dans le rôle de l’aviateur, habillé comme tous les autres personnages par Castelbajac. Des costumes d’une pureté extraordinaire, reflétant parfaitement l’ambiance onirique et merveilleuse de l’oeuvre de Saint Exupéry.

Dernière muse en date, l’insolente chanteuse belge Yelle. Le clip de Je veux te voir est totalement dans le style Castelbajac. Robe smiley issue de la collection Once Upon a time, couleurs vives et formes simples. La philosophie impertinente et rebelle de Yelle est en adéquation avec celle de JC DC. Pas de recherche de l’harmonie musicale, une volonté évidente de provoquer… Pas de doute, Yelle semble être une ambassadrice parfaite de la griffe Castelbajac.

Design

Une des particularités de Castelbajac est d’être très éclectique. A la manière d’un Courrèges, par exemple, Jean-Charles est un véritable touche à tout, un trait de caractère sans doute dû à son style particulier, qu’il cherche à transposer dans tous les domaines. Passionné de mécanique, il a signé plusieurs automobiles. La première fut la Rinspeed Mono Ego, en 1997. Rinspeed est un petit carrossier suisse (officiant également dans la personnalisation sur Porsche), parmi les plus fantaisistes et créatifs au monde. Un bon exemple est sa dernière création, la sQuba, voiture sous-marine inspirée par James Bond. Destinée à fêter les vingt ans de Rinspeed, la Mono Ego se veut l’interprétation moderne des monoplaces classiques des années 1950. La décoration enjolive des lignes assez molles tout en affirmant la signature Castelbajac par ses couleurs et son graphisme.

En 2000, Castelbajac a en quelque sorte transposé son concept de robe-tableau sur une voiture. La première collaboration du genre eut lieu en 1973. Il s’agissait alors d’une demande d’Hervé Poulain, commissaire-priseur et gentleman-driver à son ami Alexander Calder pour décorer sa BMW en vue des 24 heures du Mans. La série s’est ensuite poursuivie avec de grands noms : Andy Warhol, Frank Stella, Arman… Jean-Luc Maury-Laribière, coéquipier et ami d’Hervé Poulain a ensuite repris le flambeau choisissant de se tourner vers Castelbajac en 2000, toujours pour les 24 heures du Mans. Une décoration douce et colorée, avec une carrosserie blanche constellée de petits oiseaux multicolores.

Mais c’est en 2004 que Castelbajac a sans doute eu l’idée la plus intéressante. En collaboration avec Smart, le couturier a créé le prêt à porter automobile. Explication. Il s’agissait d’un kit vendu séparément, adaptable sur n’importe laquelle des versions de la petite citadine. Ce kit comportait un jeu d’autocollants pour recouvrir les panneaux de carrosserie, des housses de sièges (sur laquelle était inscrite la définition du mot « smart » issue du petit Larousse), un sac assorti à la carrosserie et un nounours, du même tissu que le sac. Plusieurs modèles étaient disponibles, camouflage militaire, mots croisés, décor indien… Une initiative intéressante, non renouvelée pour l’instant. Il faut dire que le kit était assez cher (1100€ pour la version camouflage limitée à 100exemplaires, 1700€ pour les autres). A noter qu’il était présenté en concession sur un cintre.

Le domaine du mobilier est certainement un des domaines où les designers trouvent le plus à s’exprimer. En toute logique, Castelbajac s’y est essayé, avec des pièces qui lui ressemblent : lignes simples et couleurs vives, à l’image de ce fauteuil.

* Cahier de vacances 2010 – Article initialement publié le 23 juin 2008

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