Créateur de mode

Jean Paul Gaultier

Comment ignorer l’existence dans l’univers de la mode de notre Jean-Paul national ? Je vous vois d’ici, outrés, choqués, semblables au « Cri » de Munch. Evidemment, il est impossible de passer à côté ! Avec sa brosse platine, son kilt, sa marinière, ses collants en lycra et ses Doc Martens, plus qu’un styliste, Jean-Paul Gaultier est devenu une image, et son oeuvre, un classique décalé et provocant.

Son image, l’artiste Chamizo l’a utilisée pour une de ses oeuvres : « Saint Sébastien, Fashion Victim ». En hommage à Jean-Paul Gaultier, l’artiste l’a associé à Saint Sébastien, le Saint Patron d’une grande partie des membres du LGBT (Lesbian, Gay, Bisexual and Transgendered people). Le personnage ainsi sapé à la Jean-Paul Gaultier, fait de notre « enfant terrible de la mode », une icône homosexuelle.

Saint-Sébastien, Fashion Victime (Hommage à Jean-Paul Gaultier),Chamizo

Qui de mieux que Jean-Paul Gaultier, l’artiste Chamizo aurait-il pu choisir comme icône de la communauté ? Outre son talent dans l’univers du vêtement, le créateur est connu et reconnu pour ses dons de provocateur. Il bouscule les idées reçues et n’hésite pas à exprimer son avis et à se lever contre ce qu’il juge inacceptable dans notre société.

Vous l’aurez compris, dans ce portrait de Jean-Paul Gaultier, peu importera le fait que son père soit comptable ou que sa mère soit secrétaire ou caissière selon les sources. Il nous sera inutile de savoir qu’il tient son amour de la couture, de sa grand-mère ; et qu’il s’est improvisé styliste pour la première fois, sur son ours en peluche, Nana. Son parcours professionnel chez Pierre Cardin ou Patou, ne nous sera pas d’une grande utilité non plus. Non, ce qui va nous intéresser ici, c’est son oeuvre, ses idées, son originalité. Tout ce qui fait que Jean-Paul Gaultier est unique. Et ô joie, il est français ! Alors, vous gentils hommes et gentes dames à la recherche de la date et du lieu de naissance de notre créateur, je suis plus que navrée de vous dire que vous ne les trouverez pas ici. Mais, n’ayez pas peur, les mots ne mordent pas alors n’hésitez pas à lire ce qui suit.

Oui, notre Jean-Paul Gaultier national est un créateur, mais c’est un créateur visionnaire, qui n’hésite pas à déplacer et à chambouler les idées reçues : du beau au laid, ou de l’élégant au vulgaire, les frontières n’existent plus. Vous allez me demander comment un homme seul et en jupe est capable d’un tel exploit. Une partie de la réponse se trouve dans la question, et oui, il porte une jupe. Ambiguïté, ambivalence et unisexe caractérisent ainsi son travail.

Aussi, sur les podiums, les hommes défilent-ils en jupettes. « Pourquoi cantonner l’homme au seul rôle de héros en acier inoxydable ? Il a le droit tout comme les femmes, de montrer sa sensibilité, de pleurer, d’entrer dans le jeu de la séduction en dévoilant son sex-appeal. Il est libre de faire ce qu’il entend de son corps et de se présenter comme un homme objet si cela lui plait », a-t-il haut et fort exprimé. Avec Jean-Paul Gaultier, au revoir l’image unique de femme objet et bonjour l’égalité des sexes. L’homme met en avant sa féminité, et Jean-Paul Gaultier offre à la femme force et pouvoir afin qu’elle puisse exprimer sa masculinité. Le « Blond Ambition Tour » de Madonna présente ainsi au grand public, après avoir été exhibé sur les podiums, le fameux bustier aux bonnets coniques réunissant le double symbole de pouvoir et de sensualité. A l’occasion, le créateur avait déclaré, « la poitrine transperce la veste, c’est le pouvoir et la sensualité réunis » : bustier et costume masculin ou la douce androgynie provocante.

Car il provoque, l’ « enfant terrible de la mode », il joue et il s’amuse, dérivant boîtes de conserve et boules à thé de leur rôle premier, pour en faire des bracelets et des boucles d’oreilles. Il recycle le cuir des voitures pour en faire des vêtements. Il bouscule la mode traditionnelle en transformant les dessous en dessus. Les sous-vêtements apparents ? C’est lui ! Qui a osé transformer le bustier, objet hautement symbole de féminité, et de sensualité, sous-vêtement hors de notre temps, en robe ? C’est encore lui ! Mais à quoi pense t-il Jean-Paul Gaultier ? Il est vraiment terrible, il bouscule nos petits neurones, nous montre une toute autre image de la mode, nous prouve que tout ce que nous voyons dans les magazines ne sont que des idées et non des acquis. Oui, selon lui, « ce qui est à la mode c’est d’assumer sa différence, et même de l’utiliser pour s’affirmer. La mode doit aider chaque personne à s’accepter telle qu’elle est ». Le but n’est pas de copier une image telle qu’on la voit, mais on peut s’en inspirer, tant qu’on est à l’aise dans nos baskets.

Du Jean-Paul Gaultier on en voit sur les podiums bien sûr. Mais allez donc faire un tour du côté de votre vidéothèque au coin de la rue, empruntez, « le Cinquième Elément » de Luc Besson, ou « Kika » de Pedro Almodovar, et vous verrez que son talent s’étale jusqu’aux costumes de cinéma. Il est vrai qu’après avoir passé 4h devant la télévision, vous aurez envie de vous aérer, alors sortez. Et pourquoi ne pas aller voir un ballet, celui de Régine Chopinot, ou un concert des Rita Mitsouko, dont Jean-Paul Gaultier a créé certains costumes de scène ?

Affiche du film « Kika » d’Almodovar

Il est partout Jean-Paul, me direz-vous, et vous n’aurez pas tort. Parce qu’il est bon de savoir qu’il a aussi sorti un disque de house music, « How to do that », grâce auquel il popularisera l’univers de la mode. Le tout sera mixé et remixé par des maîtres du rap et du raï. Il n’hésite pas à passer du coq à l’âne créant des bijoux électroniques, des meubles mobiles, ou des parfums. Il a l’art et la manière de rendre l’univers du luxe accessible au commun des mortels. Le grand couturier crée des vêtements pour les podiums, pour les stars ou autres personnes aux moyens suffisamment grand pour porter la marque ; mais on peut, comme je l’ai fais, regarder et écouter sa musique sur YouTube, admirer son travail à l’exposition actuellement présente à Paris au musée de la Mode sur Régine Chopinot et Jean-Paul Gaultier, ou admirer ses confections au cinéma.

Notre Jean-Paul national provoque mais juste ce qu’il faut. On ne peut rien lui reprocher. Parmi les grands thèmes visibles dans son art, on peut noter, le gommage des barrières raciales. Il est provocateur et agitateur, et fier de l’être. « Je me bats contre l’intolérance. Mon expression c’est l’irrespect. En réalisant, par exemple, ma collection « Punk Chic », j’ai souhaité démontrer qu’il ne faut pas mettre de frontières rigides entre les styles. L’élégance n’est pas qu’une affaire de fric. Provocation et tradition peuvent faire un excellent mariage. » Et c’est ce qu’il fait, il choisit minutieusement des genres, les assemble, et touille, touille encore pour brouiller les pistes, rompre les codes et détourner les basiques, et ce qui est fascinant c’est que ça nous plait, et qu’on en redemande.

Entre ambivalence, schizophrénie et anticonformisme, on ne sait plus très bien où le situer. Cependant, l’évidence est qu’il est l’un des créateurs indépendants les plus appréciés : mode de la rue sur les podiums ; frontières entre les sexes, les races et les sexualités estompées ; il s’engage et s’implique.

Comme, je vous l’ai dis, il n’hésite pas à donner son avis à sa manière, sur les actualités récentes. Son implication dans notre société, son opinion sur l’immigration, l’homosexualité, ou les modèles de beauté en sont de bons exemples.

En 1989, trois jeunes musulmanes sont exclues, depuis la rentrée scolaire, du collège Gabriel-Havez à Creil dans l’Oise. Le motif ? Elles refusaient d’ôter leur foulard. Cet épisode de la fin des années 80 engendre un débat national. C’est ainsi que Jean-Paul Gaultier, en référence à l’actualité de l’affaire, fait défiler ses mannequins en voile de religieuse, dans son défilé pour Hermès. Les critiques et les stylistes n’ont pu qu’applaudir la vision du créateur, « la séduction et l’élégance des femmes ainsi drapées ». Il n’hésite pas à faire défiler lors de la Fashion Week en Octobre 2006, un mannequin de 130 kg, Velvet D’Amour. La raison ? Peu de temps précédemment, un mannequin brésilien décédait pour malnutrition, ou plutôt « non-nutrition », ce qui relançait le débat des mannequins trop maigres sur les podiums.

Outre son engagement, il estompe les barrières en employant des gens du 3ème âge pour présenter sa première collection junior. Il fait défiler des femmes sexy habillées de vêtements d’enfants dans sa collection « femmes-enfants ». Il crée sa première ligne de maquillage pour hommes « tout beau, tout propre », et bien d’autres implications farfelues et appréciées.

Il y en a tellement à dire sur ce créateur musicien engagé que j’y passerais volontiers la nuit, mais ce que j’aimerais avant tout, c’est le rencontrer. J’aurais plein de questions à lui poser. Vous n’avez pas envie vous de savoir, d’où vient toute cette implication ? D’où viennent ses idées ? Pourquoi paraît-il plus proche de nous, pauvres mortels, que la majorité des grands couturiers ? Comment fait-il pour durer en se renouvelant ? D’où lui vient cette image qu’il s’est donné ?

J’ai posé la question autour de moi : Connaissez-vous Jean-Paul Gaultier ? Et la réponse fut oui. Puis, j’ai demandé, que connaissez-vous de lui ? La réponse fut, son kilt, sa marinière et le bustier conique de Madonna. Oui c’est l’image de la personne qui prédomine. Mais finalement tout son travail, le maquillage pour homme ; son défilé « Black Beauties » ne faisant défiler que des mannequins noirs, ou « le Troisième millénaire ne sera qu’AMOUR », mettant en scène des couples illustrant le métissage. Tout ce côté du personnage est tellement peu connu, qu’il me paraissait inévitable de vous en parler. Maintenant que c’est chose faite, vous ne pensez pas qu’il est vraiment terrible, cet enfant de la mode ?

Pour approfondir :

« Jean-Paul Gaultier », par Farid Chenoune, Mémoires de la Mode, Editions Assouline.

« Le livre de la Haute-Couture », par Mary Vaudoyer, V&O editions.

« Visionnaries, interviews with fashion designers », by Susannah Frankel.

Site officiel : http://www.jpgaultier.fr

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1 Comment

  • Reply
    cesarini. gabrielle
    4 avril 2012 at 12:34

    bonjour,
    j ai travaille chez lui a la maison mére, a paris lorsqu il a ouvert rue vivienne
    il a beneficier de la presse de maniere favorable; tous les journalistes associes des vetements de manieres jolies mais lui !!!! bof tout etait copie sur la rue londonnienne de l epoque; l ambiance etait malsaine, il aimait ridiculise les femmes version memere ridicule et kitsch
    j etais tres branche fan de mugler montana chantal thomas ou j ai travaille par ls suite
    mais chez lui, qu est ce qu on etait enlaidi!!! ridicule j osais a peine mettre ces vetements pourtant achete peu chere,
    bref j ai deteste;;;; et le personnage et sa mode bon il a evolue mais zero a cote de l image deifiee des femmes de thierry mugler qui est un genie.
    autre epoque maintenant les mannequins sont maigres tronches deprimees
    et j en passe
    heureusement un peu de grace avec victoria secret
    tchou a tous
    une qui a vecu le truc de pres

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