Chanteuse rock

Courtney Love

Et puisqu’il faut parfois aborder les sujets qui fâchent, pourquoi ne pas choisir la personnalité la plus sulfureuse et controversée de l’histoire du rock n’roll ? Elle a beau s’appeler Love, elle n’a pas que des amis et bien au contraire. « Grande gueule », « arriviste », « manipulatrice », « vénale », « méchante », « disjonctée », « junkie », « mauvaise épouse » et « mère indigne », tous les mots ont servi pour qualifier la chanteuse du groupe Hole et la non moins célèbre veuve de Kurt Cobain. 16 ans après la mort douteuse du leader de Nirvana, le fantôme rôde toujours et comme pour s’en émanciper, un nouvel album signé Hole, ou plutôt Courtney : Nobody’s Daughter, sorti le 27 avril dernier. Une déclaration d’intention qui méritait que pour une fois, la biographie musicale l’emporte sur la presse à scandale.

Summer of love

C’est une enfance assez tourmentée qui attend Courtney Michelle Harrison dès sa naissance, le 9 juillet 1964 à San Francisco. Ses parents, Linda Caroll, thérapeute et Hank Harrison, éditeur ex-manager des psychédéliques Grateful Dead, divorcent peu de temps après et c’est dans différentes communautés hippies de l’Oregon que sa mère choisit de lui faire passer les premières années de sa vie. Laissée à la garde d’une des amies de sa mère, tandis que celle-ci est partie s’installer en Nouvelle-Zélande avec son nouveau mari, la fillette reste même un temps sans nouvelles d’elle. La communication mère-fille s’avère délicate d’autant qu’à peine arrivée dans sa nouvelle famille, la gamine passe directement par la case internat.

De plus loin qu’elle s’en souvienne, Courtney n’a qu’une seule obsession : devenir une star. Et pour cela, il faut voir du pays. Aussi décide-t-elle, à seize ans, de s’offrir un road-trip aux Etats-Unis, en Angleterre et en Irlande. Entre des études infructueuses et des petits boulots « artistiques » (ndlr : photographe pour le magazine musical irlandais Hot Press et danseuse érotique sous le nom de scène « Love »), des contacts se créent cependant. Notamment dans la musique, quand celle-ci se marie avec le chanteur « Falling » James Moreland et devient brièvement chanteuse pour le groupe Faith No More. Déjà, son tempérament rebelle et tyrannique commence à faire parler de lui.

Une brève incursion dans l’industrie cinématographique (« Sid and Nancy » et « Straight to Hell ») et voilà que Love revient déjà dans le milieu musical. En 1987, celle-ci forme avec Kat Bjelland une série de groupes punk dont Sugar Baby Doll (parfois dénommé Sugar Babylon), The Pagan Babies et Babes in Toyland. Nuisette, barettes de petites filles et maquillage outrancier : leur style vestimentaire est particulier et sera ensuite repris par les groupes féminins punk des nineties sous le nom explicite de « kinderwhore ». Virée par Bjelland, Courtney décide de monter son propre groupe et Eric Erlandson, guitariste recruté pour l’occasion en sera le co-fondateur : Hole naît en 1989.

Jolie à l’intérieur

A ceux qui trouveraient le nom du groupe un brin vulgaire, Courtney leur répond qu’il leur faut plutôt chercher dans ce passage de Médée d’Euripide : « Il y a un trou qui me traverse de part en part ». Un trou, un manque pointé par sa mère et qui la poursuit depuis l’enfance. Hole ne s’en matérialise pas moins : un premier album, Pretty on the Inside est lancé en septembre 1991 par le label indé Caroline Records. Inspiré par la participation de Kim Gordon (Sonic Youth) en tant que productrice, le single « Teenage Whore » annonce la couleur : des paroles féministes pré « riot grrl » et un vocabulaire cru posés sur un son no wave poussé à l’extrême. En somme, de la violence à l’état pur éclatant « brutalement sans compromis » (allmusic.com) et qui aurait certainement mieux percé s’il n’avait pas été éclipsé par la sortie simultanée du cultissime Nevermind de Nirvana.

Nirvana justement, dont le leader n’est pas étranger à Courtney puisqu’elle sort avec celui-ci depuis déjà quelques mois. Quand le phénomène grunge éclate, le couple se retrouve propulsé sur le devant de la scène médiatique qui se fait l’écho de leurs abus d’alcool, de drogues et de provocations en tout genre. La violence dont Love fait preuve en réponse la fait passer pour une femme incontrôlable voire dangereuse. On la devine manipulatrice, tirant les ficelles de groupe, frustrée qu’elle est de vivre dans l’ombre de Kurt. Une crainte qui ne va pas s’atténuer avec leur mariage célébré le 24 février 1992 suivi six mois plus tard par la naissance de leur fille unique, Frances Bean Cobain.

Néanmoins, Courtney ne se satisfait pas de son statut de « femme de » et prépare en coulisses son retour sur scène. Plusieurs enregistrements seront nécessaires avant de livrer la version finale de Live Through This dont la sortie est programmée le 12 avril 1994 sous DGC.  Quatre jours avant la date prévue, Cobain est retrouvé mort d’une balle dans la tête, dans leur maison à Seattle. La thèse officielle invoque le suicide mais des rumeurs planent sur l’implication présumée de la chanteuse dans ce que certains fans désignent comme un assassinat. Climat tendu pour la sortie du nouveau Hole et pourtant c’est l’ovation générale. Considéré comme leur plus grand disque, Live Through This est également reconnu comme l’un des meilleurs de la décennie, en portant au pinacle les singles « Miss World », « Doll Parts », « Violet » et « Softer, Softest ».  L’influence de Kurt y est palpable, tellement même que certains ne seraient pas étonnés que celui-ci l’ait écrit.

Après avoir supporté une nouvelle tragédie en la mort de leur bassiste Kristen Pfaff, remplacée par Melissa Auf Der Maur, le groupe choisit de sortir une collection de maxis (Ask For It , The First Session) et une compilation (My Body, The Hand Grenade) avant de s’atteler à l’écriture d’un nouveau disque. Commercialisé par Geffen en septembre 1998, Celebrity Skin poursuit l’orientation pop entamée depuis Live Through This et fait des titres « Celebrity Skin », « Malibu » et « Awful » de véritables succès. Même si les critiques ne sont aussi unanimes que pour son prédécesseur, le nouvel album, dont certains morceaux sont co-écrits par le Smashing Pumpkins Billy Corgan, se révèle particulièrement bankable en se classant aux Etats-Unis « Disque de Platine ». En prime, trois nominations aux Grammy Awards pour le « Meilleur Album Rock », la « Meilleure Chanson Rock » et la « Meilleure Performance Vocale ».

La fille de personne

Les tournées s’enchaînent mais l’unité de Hole commence à battre de l’aile. Le départ de Auf Der Maur pour les Smashing Pumpkins et la participation de Erlandson dans d’autres projets musicaux… Mais surtout le succès de Love dans quelques films (« Basquiat », « Feeling Minesota ») dont « Larry Flint » de Milos Forman, où celle-ci campe le rôle de la femme du sulfureux magnat de la presse pornographique et qui lui vaudra une nomination aux Golden Globes en tant que « Meilleure Actrice Dramatique », laisse présager un changement d’orientation pour le groupe. Aussi personne ne s’étonne vraiment à l’annonce officielle de sa dissolution en 2002 via un message posté sur leur site.

Il est loin le cliché de la starlette flirtant avec le tout Hollywood quand sort en 2004 le premier album solo de Courtney, America’s Sweetheart. Détention et consommation de drogue, soustraction supposée de 20 millions en sa possession, accumulation de dettes : l’image publique de la scandaleuse est au plus bas et pire encore, on lui retire la garde de sa fille. Toute cette mauvaise pub ne contribue pas à faire décoller les ventes de son projet personnel, pas même « Mono » et « Hold on to Me » programmés pour être des hits. Verdict : un flop monumental. L’actualité de la chanteuse, ce n’est plus dans les chroniques musicales qu’il faut désormais la chercher mais dans les gros titres des journaux people.

Une cure de désintox, un échec, une autre cure, cette fois-ci réussie, des soupçons de troubles alimentaires et de chirurgie esthétiques, des nouvelles déclarations chocs comme le vol des cendres de son défunt mari bientôt démenti…. Puis un calme apparent qui précède la publication de ses mémoires Dirty Blonde en octobre 2006. En a-t-on fini de Courtney la terrible, dont la part sombre avait été largement exploitée dans le documentaire de Nick Broomfield, « Kurt & Courtney » datant de 1998 ? Le culte qu’elle s’applique à entretenir envers l’ex homme de sa vie ne relève-t-il pas plus du business que de la simple commémoration ? S’est-elle servi de ses célèbres amitiés (Michael Stipe, Billy Corgan) dans le seul but d’asseoir sa carrière ? En répondant à ces questions à sa manière, la chanteuse dresse le début d’un bilan et laisse deviner qu’une page est en train de se tourner dans son existence.

C’est visiblement clean et pleine d’une nouvelle force que « la plus controversée des femmes de l’histoire du rock » dixit Rolling Stone a décidé de revenir sous les spotlights avec Nobody’s Daughter dans les bacs depuis le 27 avril dernier. Un nouvel opus de Hole estampillé Universal qui, après douze ans d’absence, sème encore la controverse puisque c’est Love elle-même qui a décidé de cette reformation, sans juger bon toutefois d’y inclure ses anciens membres. A la place, un line-up flambant neuf avec Micko Larkin à la guitare, Shawn Dailey à la basse et Stu Fisher à la batterie. Une nouvelle mouture pour un nouveau départ : Courtney sait cultiver le suspens, d’autant que les spéculations étaient nombreuses sur la production de Michael Beinhorn, Micko Larkin et  de l’ex Four Non Blonde, Linda Perry.

Il aura en effet fallu quatre ans pour que Nobody’s Daughter colle aux profonds changements opérés par sa génitrice. Des chansons inspirés post rehab (« Letter to God », « Loser Dust », « How Dirty Girls Get Clean ») bien sûr mais aussi un cynisme volontiers provocateur lorsqu’il s’agit de traiter de sa propre renaissance, à l’image du titre phare « Skinny Little Bitch ». Comme celle-ci n’a pas le besoin de l’indiquer : « Les cinq dernières années ont été dures. J’ai fait une dépression nerveuse. Perdu tout mon fric. Gagné du fric. Perdu des mecs, eu d’autres mecs. Perdu ma fille. Maigri. Grossi. La vie, quoi. Ca été une sale période, avec des hauts et des bas. C’est fini tout ça », avant d’ajouter : « J’en peux plus qu’on me considère comme un objet associé à Kurt. Je veux divorcer d’ailleurs, qu’on en finisse » (www.lesinrocks.com).  Courtney est d’ailleurs en train de se tâter si elle ne va pas troquer son nom de scène pour son véritable prénom : Courtney Michelle.

Visionner Skinny Little Bitch

(Les photos proviennent du site http://www.courtney-love.org)

Sources

Sites internet
http://www.courtney-love.org
http://www.holerock.net/
http://fr.wikipedia.org
http://en.wikipedia.org
http://www.myspace.com/hole
http://www.evene.fr

Articles:
Pretty on the Inside review, http://www.allmusic.com/cg/amg.dll?p=amg&sql=10:bmf8zfiheh5k~T1
Nobody’s Daughter, Hole, http://www.lesinrocks.com/nc/musique/musique-article/t/45060/date/2010-05-18/article/nobodys-daughter/?tx_ttnews%5BsViewPointer%5D=1
Courtney Love est morte, vive Courtney Michelle!, http://lci.tf1.fr/people/2010-04/courtney-love-est-morte-vive-courtney-michelle-5825876.html
Courtney Love par Hedi Slimane, http://next.liberation.fr/article/courtney-love-par-hedi-slimane

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