Cinéma

Quentin Tarantino

L’enfant terrible du cinéma nous revient à l’affiche avec un nouveau chef-d’œuvre, Inglourious Basterds, l’occasion pour nous de nous pencher sur un destin qui semblait déjà tracé. Souvent décrié pour ses scènes d’une violence extrême, Quentin Tarantino reste un réalisateur de haut vol. Ses films sont souvent cités comme culte : dialogue et humour ciselés accompagnés d’une bande son aux petits oignons. Quentin Tarantino est, et restera, un réalisateur à part…

On dit souvent que nos parents sont nos guides vers la découverte, Quentin Tarantino ne fait pas exception à la règle. Né en 1963 à Knoxville (Tenessee), il est bercé dès son plus jeune âge par le septième art. Vivant dans la banlieue de Los Angeles, sa mère l’emmène très tôt au cinéma. De manière régulière, voire compulsive, Quentin Tarantino s’y rend seul par la suite, pour les séances de 20h et de 22h.

Il consomme à outrance ces films, que ce soit dans les salles de cinéma ou bien chez lui. Il acquière ainsi une vraie passion des films, des acteurs et des réalisateurs (dont il tenait d’ailleurs des fiches sur chaque film). A 16 ans, et très logiquement, il s’oriente donc vers l’art dramatique. Il suit des cours de comédie, lui permettant de rejouer ses scènes favorites. Il continue en parallèle à travailler dans un cinéma, en tant qu’ouvreur au Pussycat Theater (cinéma spécialisé dans les films pornographiques).

Un autre facteur décisif dans nos vies, les lieux et les rencontres que l’on y fait. Pour Quentin Tarantino, en dehors du cinéma, son lieu fétiche : le vidéoclub (encore et toujours en rapport avec le cinéma). Plus précisément, Vidéo Archive, un endroit où il peut avoir accès à toutes sortes de films et échanger avec des gens tout aussi passionnés.

Armé de son magnétoscope, il complète sa filmographie. Le vidéoclub lui permet d’étendre sa culture à des films étrangers. Qu’ils soient bons ou mauvais, peu importe, il étanche sa soif. Mais ce n’est pas la seule chose que lui apportera ce vidéoclub, il y fait une rencontre importante : Roger Avary. Ils partagent cette même passion du septième art, et les discussions entre les deux sont endiablées.

C’est également à cette époque qu’il se lance dans l’écriture de scénarii. En 1986, et pour la première fois, il passe derrière la caméra. Son premier film, My Best Friend’s Birthday, restera malheureusement inachevé. Les bandes ayant été emportées dans un incendie (il ne resterait aujourd’hui qu’une quarantaine de minutes du film).

Mais il ne baisse pas les bras, et poursuit l’écriture de scénarii. En 1990, sa carrière est lancée, il vend deux de ses scénarios (True Romance et Natural Born Killer) et décide de réaliser le troisième : Reservoir Dogs.

Soumis à de fortes critiques (scènes violentes, tortures, morts sanglantes), Quentin Tarantino sort des sentiers battus et invente son propre style. La machine à succès est désormais lancée …

La reconnaissance viendra avec sa palme d’or à Cannes, en 1994 pour le très célèbre Pulp Fiction (scénario écrit avec Roger Avary, souvenez-vous du vidéoclub…). Malgré, là encore, de vives critiques sur son style, toujours jugé très (trop ?) violent. Le film est culte, des acteurs au top (Uma Thurman, John Travolta, Bruce Willis, etc.), un style inimitable, des personnages et une histoire ciselés, de l’humour et une bande son génialissime. Bref, du très grand cinéma comme on l’aime.

L’aventure continue en 1998, avec Jackie Brown, dans un autre style. Peu de violence, mais une vraie histoire, des personnages recherchés et une référence aux films de Blaxpoitation (genre cinématographique revalorisant les acteurs afro-américains dans les années 70). Il réagit donc aux critiques, pour montrer que ses films ne s’arrêtent pas à de la simple violence. La critique et les spectateurs sont unanimes : Jackie Brown est à nouveau un succès total.

Bien évidemment, on ne peut parler de Tarantino sans parler de Kill Bill, ou encore Boulevard de la Mort. Toujours dans un style si particulier, à chaque film sa propre ambiance et pourtant, dès les premières minutes, on sait que c’est un Tarantino.

Toujours truffés de références, ces films peuvent être vus comme des hommages. Kill Bill se situe à l’intersection des films d’actions asiatiques (samouraï et kung fu) et d’un western à la Serigo Leone. Sur fond de vengeance, nous suivons l’histoire d’une jeune mariée. Là encore la référence est évidente au film de François Truffaud, La mariée était en noire (histoire d’une mariée vengeant la mort de son mari, tué par une bande de 5 personnes. Elle les tuera également un à un).

Les références sont un élément essentiel, et Boulevard de la Mort n’y échappe pas. Mais ces références n’apparaissent pas de la même manière : ici, elles sont plus subtiles. Elles apparaissent sur le film en lui-même. L’esthétisme, avec des sauts d’images, des rayures ou encore des grains de poussières font directement référence aux vieux films des années 70. D’autres genres de films peuvent être cités : Hitchcock et sa narration dans Psychose, les vieux road-movie et leurs plans statiques. Là où Boulevard de la Mort se démarque des autres films c’est dans cette recherche d’esthétisme, avec des plans larges, ou encore des plans très détaillés (zoom sur un œil, les pieds, etc.)

A n’en pas douter, les films de Tarantino sont toujours truffés de petits détails, d’anecdotes ou de références… Mais la magie opèrera-t-elle toujours ?

Premiers éléments de réponses, avec Inglorious Basterds. Ce film est dans la lignée des précédents. Il fait carton plein au box office, et c’est tout sauf un hold-up. Encore une fois, Quentin Tarantino nous livre un film génial. Il aura pris son temps, nous aura fait languir, mais il vaut le coup.

Certains crieront au scandale, pourquoi tant de violences gratuites ? Personne ne connait réellement la réponse.

Mais au-delà de la violence, les films proposent ce que l’on se doit d’attendre d’un réalisateur. Nous sommes loin des blockbusters où le héros sauve le monde à la force du biceps… On sent que les personnages ont une histoire, que le film nous livre un message et surtout qu’il est le fruit de recherches et de travail.

La mise en scène fait toujours l’objet d’une attention particulière. Le jeu des acteurs et les dialogues sont pertinents, tentés d’une pointe d’humour. Et que dire de la bande sonore. Pour chaque film, elle fait l’objet d’une attention toute particulière, collant au millimètre à l’ambiance instaurée.

S’inspirer du quotidien pour nous offrir des personnages réalistes, c’est de cette manière que Tarantino se distingue. Il nous livre des acteurs « banals », qui discutent de choses et d’autres, dans des lieux là encore « banals ». Une inspiration qui fait que la magie opère, et nous transporte dans ses films : on se laisse prendre au jeu.

Les dialogues font également partie de l’ambiance à part des films. Totalement inutiles et si importants, Tarantino manie avec excellence ces scènes subtiles. On se délecte de voir ses personnages parler de choses inutiles dans des lieux anodins (un bar, un restaurant, autour d’une table, etc.). La marque de Tarantino se trouve là, dans ces scènes anodines et pourtant si importantes. Le scénario est la clé des films, les lieux et les dialogues participent à la magie.

Voir un film de Tarantino, c’est voir un objet d’art. On se délecte des détails, car on en connait l’importance. Tarantino a inventé son propre style, et il ne s’est pas trompé. En tant que boulimique du septième art, et encyclopédie vivante, il s’inspire de tous ces films et y fait référence. Il voue un respect au spectateur, en nous livrant des œuvres abouties, riches et souvent cultes. Ceux sont des films de cinéastes pour cinéastes !

Un scénariste/réalisateur à part dans le monde du cinéma qui semble s’éloigner de l’art pour se rapprocher de l’argent… Pourtant on sait bien que l’art ne se monnaie pas…

Anecdotes :

Quentin Tarantino laisse toujours une trace des ses films…

Que ce soit des apparitions (Pulp Fiction, Boulevard de la Mort) ou bien simplement avec sa voix (Jackie Brown, Inglorious Basterds), chacun des ses films est marqué de son empreinte.

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1 Comment

  • Reply
    cdw
    2 octobre 2009 at 10:21

    La « trace » à la Hitchcock dans Inglorious Basterds ce n’est pas seulement sa voix, c’est aussi qu’il est figurant : il est le premier allemand scalpé dans la forêt.

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