Cinéma

La meileure façon de marcher

« Je crois que je suis profondément en empathie avec la souffrance d’autrui. Voilà ce qu’il m’intéresse de montrer » [Claude Miller]

Le réalisateur

Claude Miller est un réalisateur français né en 1942. Il débute au service cinématographique de l’armée, puis devient major de la promo de l’IDHEC. Il débutera aux côtés du réalisateur Marcel Carné, ainsi qu’aux côtés de Jacques Demy et deviendra directeur de production de François Truffaut et réalisera ses premiers courts métrages.

Son premier court métrage « Juliet dans Paris » en 1967 avec l’actrice Juliet Bertot est une histoire humoristique de vampires. « La question ordinaire » fut interdite plusieurs mois par la censure, le sujet étant la torture, quant au troisième « Camille ou la comédie catastrophique » fut interdit aux moins de 18 ans, et ridiculisait l’armée.

C’est donc en 1975 qu’il réalise son premier long métrage « la meilleure façon de marcher » avec Patrick Dewaere et Patrick Bouchitey sur le thème de l’homosexualité, suivra « dites lui que je l’aime » avec Gérard Depardieu et Miou-Miou, films dans lesquels on retrouve la même violence.

En 1981, il remportera 4 césars dont celui du meilleur scénario pour le film policier « Garde à vue », avec Lino Ventura, Michel Serrault, et Romy Schneider dans un huit clos.

C’est avec « l’Effrontée », et la « Petite Voleuse », qu’il met en scène l’actrice Charlotte Gainsbourg, dont le talent éclate au grand jour, deux films sur la chronique adolescente, deux comédies dramatiques. A noter que « la petite voleuse » est un scénario inédit de François Truffaut.

Suivront en 1992, « l’Accompagnatrice », « la classe de neige » en 1998 pour lequel il obtiendra le prix du Jury au festival de Cannes, puis retour au roman noir avec « Betty Fischer et autres histoires », « la petite lili » en 2003, et le roman de Philippe Grimbert « le secret » en 2007.

En 2008, il est l’un des membres du Club des 13 qui rassemble des réalisateurs, scénaristes, producteurs de cinéma qui ont écrit 13 propositions pour relancer et améliorer le système cinématographie français.

Fin observateur du comportement humain mais aussi transgresseur des codes moraux, Claude Miller aime jouer avec les genres cinématographiques telles que les scènes de torture, l’antimilitarisme, l’adolescence, le polar, le roman noir.

Cet admirateur du réalisateur Bergman nous met face à l’absurdité humaine, tout en explorant également le mystère de l’enfance et de son imagination. Claude Miller, provocateur, traitant de sujets transgressifs a toujours fait preuve d’une maturité incroyable et d’une maîtrise dramatique en choisissant des sujets délicats. C’est un immense réalisateur français.

Fin 2007, un livre « serrer sa chance » écrit avec Claire Vassé, est un bilan de sa vie sous forme d’entretiens dans lesquels on plonge dans l’univers singulier d’un réalisateur, un créateur dont l’obsession est de mettre à nu les mystères de la nature humaine et qui a donné naissance à des films bien différents.

Le film

Ce film sorti en 1975 est donc le premier long métrage de Claude Miller. Il y évoque le thème de l’homosexualité, sujet provocateur pour l’époque, mais qu’il a su mener de façon magistrale tant le film est fort. Ce drame étrange, surprenant et ambigü à la fois est un scénario rarissime sur la confrontation entre un jeune macho et un jeune homme « à fleur de peau ».

Des répliques cinglantes sur le thème de l’homosexualité, un jeu d’acteur incroyable d’authenticité, ce film quelque peu autobiographique dans lequel Claude Miller a fait appel à ses souvenirs d’adolescents dans une colonie de vacances, démontre l’hypocrisie et l’ambiguité des rapports humains, mais également comment l’homosexualité est considérée par une majorité d’entre nous.

La confrontation de deux caractères troublants, dans lesquels il faut souligner le brio des deux acteurs : fascinant, Patrick Dewaere impose sa présence face au vassal Patrick Bouchitey, qui est remarquable dans son jeu d’acteur.

En 1960, Marc (Patrick Dewaere) et Philippe (Patrick Bouchitey) sont moniteurs dans une colonie de vacances en Auvergne. Tout les oppose, Marc, sportif, braillard, macho, vulgaire et prétentieux entraîne les enfants au football tandis que Philippe, sensible, rêveur et secret, initie les siens à la lecture et au théatre. C’est alors qu’une relation ambiguë s’intaure entre les deux hommes faites de répliques cinglantes, de bousculades le tout sur une ambiance électrique et tendue à la fois où sadisme et vénération règnent.

Le jeu des acteurs est époustouflant. Patrick Dewaere a un rôle qui lui sied à merveille et dont il a su rendre avec justesse et finesse la complexité du personnage. C’est Philippe Léotard qui devait tourner ce rôle, et Patrick Dewaere prouve là encore son immense talent d’acteur. Quant à Patrick Bouchitey, dont ce fut LE rôle le plus intéressant de sa carrière, il joue un personnage dont la sensibilité et la tendresse sont mis en valeur par le comédien dont bien des réalisateurs auraient pu s’inspirer par la suite car c’est lui aussi un très grand acteur.

Tout est dans le non dit, la manipulation, la confrontation entre ces deux êtres, ce film sado-masochiste est l’affrontement de deux corps qui jouent une sorte de jeu d’attraction/répulsion filmé par la caméra de Claude Miller qui par ses plans furtifs, ses dialogues ciselés, remplis de sous-entendus, crée une tension permanente tout au long du film. A noter les autres acteurs, tels que Michel Blanc, autre moniteur de colonie, Claude Pieplu qui joue le rôle du directeur de la colonie, et la regrettée Christine Pascal la fiancée de Patrick Bouchitey dans le film.

Claude Miller a écrit l’argument en trois jours. Si l’intolérance à l’étrangeté de l’autre, la violence et l’humour sont le cocktail du scénario, le réalisateur a rassemblé ses souvenirs de colonies qui pour lui représentaient un côté disciplinaire et ressemblaient à l’école, une ambiance virile et un climat d’enfance où les gens étaient innocents de leurs pulsions sexuelles.

Le sujet est vraiment provocateur pour l’époque, en 1975, l’homosexualité était encore un sujet tabou. Pourtant, le cinéaste a réussi à traiter avec sensibilité une question délicate, celle de l’éveil à sa propre sexualité et de l’affirmation de soi, mais également éveiller en chacun notre positionnement face à qui est différent de soi.

Un film excellent, à voir, ou à revoir, absolument, toujours d’actualité et qui n’a pas pris une ride.

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