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A Cure for Life de Gore Verbinski : une expérience de cinéma déroutante mais véritablement prenante

Après quatre années d’errance dans les coulisses d’Hollywood, voici que Gore Verbinski, réalisateur principalement connu pour les trois Pirates des Caraïbes, retourne à la caméra avec A Cure for Life, vendu comme un thriller horrifique, sorti depuis le 15 février dans les salles obscures.  Gore Verbinski est ce qu’on peut appeler un cinéaste éclectique. Il arrive de manière efficace à aborder n’importe quel genre cinématographique, que ce soit le film d’épouvante (le remake de The Ring), l’animation (le farfelu Rango), voire même la comédie familiale (La Souris), tout en conservant une certaine exigence au niveau de sa réalisation. La mise en scène épique des batailles navales dans Pirates des Caraïbes ou l’animation au rendu quasi-« photoréaliste » de Rango prouvent l’ambition formelle de Verbinski, mettant toujours un budget à la mesure de l’ampleur de ses films. En résulte une filmographie caractérisée par un aspect technique admirable ainsi qu’une panoplie de grands morceaux de bravoure.

Son nouveau long-métrage met en scène un jeune cadre, nommé M. Lockhart (Dane DeHaan), qui a pour mission de retrouver son patron dans un bien étrange centre de bien-être, au cœur des Alpes suisses. Arrivé à destination, il va se retrouver peu à peu perdu dans cet institut sinistre, où on lui diagnostique la même maladie que tous les autres patients en attente d’une cure miraculeuse. Ce ne sont là que les prémices d’un long cauchemar qui dépasse tout entendement…

A Cure for Life intriguait déjà par sa bande-annonce mystérieuse, notamment en ce qui concerne le visuel particulièrement stupéfiant. L’esthétique sublime de l’image est certainement ce qui fascinera le plus le public. Car la qualité essentielle du long-métrage, celle que l’on ne peut lui retirer, réside en sa capacité à produire une atmosphère incessamment malsaine dans un espace se voulant apaisant et devenant peu à peu troublant sous la caméra de Gore Verbinski. Celui-ci déclare à propos de ses intentions de réalisation : « On voit le protagoniste Lockhart être avalé par ce procédé [la fameuse cure], en tant que patient, mais en vérité vous êtes le patient. Cette expérience est faite sur vous, dans une salle obscure. ». L’« expérience » mentionnée donne pour résultat cette impression de mal-être ressentie par le personnage principal, et ce malaise se transmet au spectateur à travers une mise en scène majestueuse qui parvient à sublimer ce qui nous apparaît glauque. Dès son ouverture, le film nous plonge dans une sensation de vertige, la caméra longeant l’immensité inquiétante de buildings financiers. Ensuite, arrivé au centre de bien-être, un contraste saisissant se produit : cette institution supposée apaisante pour lespatients, heureux d’être dans un état de paix intérieure, se révèle oppressant pour Lockhart, miroir du spectateur. Le réalisateur arrive à nous perdre dans une spirale infernale dans laquelle le personnage principal, joué impeccablement par Dane DeHaan, est constamment dupé par un docteur ombrageux, incarné avec vigueur par Jason Isaacs. Ce jeu de manipulation est orchestré à la perfection, car, entre des images oniriques et une multitude de séquences éprouvantes (une mention spéciale pour la scène de la dent), il est bien difficile de prédire à l’avance où Verbinski veut nous emmener. Si on peut penser à Shutter Island pour sa structure construite sous forme d’énigmes à résoudre et à Shining pour les plans d’ensemble oppressants rappelant l’hôtel Overlook, le long-métrage de Gore Verbinski se démarque par une brillante mise en image d’un cauchemar éveillé, notamment grâce à la photographie de Bojan Bazelli qui donne une couleur verdâtre propre à l’ambiance anxiogène. Verbinski donne à son long-métrage une ampleur terrifiante à sa mise en scène et nous livre une image d’un écrin cinématographique de toute beauté.

S’il nous transporte dans un univers à part grâce à une mise en scène ingénieuse, A Cure for Life sait également nous surprendre par un étonnant mélange des genres. La mésaventure troublante de Lockhart au sein de cet institut de bien-être macabre se savoure comme un thriller psychologique, puis se métamorphose en film fantastique gothique, voulant susciter une sensation d’angoisse permanente. En multipliant les registres, le réalisateur livre à l’écran une véritable réhabilitation du cinéma de genre, dans la mesure où la veine fantasmagorique de son histoire est assumée jusqu’au bout. Son long-métrage en devient une peinture cinématographique, grandiloquente dans ses effets mais profondément jouissive dans le résultat final. Il se dégage un sentiment de liberté de ton dans cette histoire dramatique aux allures de film de monstres à la Hammer. Une certaine poésie, proche de la sensibilité de Tim Burton, traverse aussi ces images troublantes. Mettant en vedette la jeune talentueuse Mia Goth, femme-enfant sublimement étrange, le film de Verbinski, revisitant le mythe de Frankenstein, verse dans une poétique de l’étrange, où le monstre n’est pas toujours celui que l’on croit. Réduisant la vie de l’homme moderne à une quête insatiable du profit et dénonçant l’instrumentalisation de son état d’esprit par des sociétés arrivistes, le long-métrage de Verbinski nous invite à participer à une expérimentation singulière, purement angoissante et insaisissable.

D’une beauté époustouflante, A Cure for Life de Gore Verbinski est un voyage cinématographique inclassable, quoiqu’envoûtant grâce à son atmosphère lugubre. S’il essaie de préserver son mystère jusqu’au bout, le long-métrage demeure également audacieux, dans la mesure où le cinéaste n’hésite pas à aligner ses influences en terme de cinéma d’épouvante au sein d’une seule et même intrigue. L’esthétique sinistre et la poésie monstrueuse du film créent un pouvoir de fascination véritablement bluffant dans cette mésaventure cauchemardesque qui ne vous laissera pas indifférent.

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