Littérature

Philippe Besson

Dans son dernier roman, « Se résoudre aux adieux », paru début 2007, Philippe Besson, met en scène une femme dans toute son intimité, dans sa réflexion et sa souffrance.

Louise a été quittée par Clément, l’homme qu’elle aimait. Détruite moralement, elle cherche le salut dans l’exil et dans une correspondance épistolaire qui se révèlera à sens unique. « Se résoudre aux adieux » est donc un portrait bouleversant d’une rupture difficile et du chemin à parcourir pour fuir les souvenirs et espérer enfin tourner la page.

Pour affronter un mur de silence qui ne fait qu’alimenter son incompréhension et sa douleur, Louise commence donc à écrire à son amour perdu. Voici les premières lignes du roman :

« Clément,

J’ai décidé de t’écrire, plutôt que rien.
Plutôt que rester là, comme ça, dans le silence.
Que je te dise : je me suis honnêtement, sérieusement essayée au silence, je l’ai endossé comme on se glisse dans un vêtement, je m’y suis livrée comme on accepte une astreinte. je l’ai fait d’abord pour moi, ne t’y trompe pas, c’était un choix égoiste, même s’il m’a couté. En fait, j’ai pensé que celà me sauverait. Mais le rien-dire ne sauve rien, enfin disons que, moi, il ne m’a pas sauvée. je crois même qu’il m’a enfoncée un peu plus dans le chagrin. Pour être tout à fait honnête, il m’a dévastée parce qu’il est peuplé d’images, le silence, de souvenirs impossibles à chasser, telles ces mouches importunes qui tournent autour du visage, qu’on tente d’éloigner avec de grands mouvements de bras, et qui toujours reviennent. Et puis, dans le silence, on est sans défense : les assauts n’en sont que plus blessants. »

[Philippe Besson, « Se résoudre aux adieux », éditions Julliard, p.13]

Save My Brain a rencontré Philippe Besson pour comprendre la démarche d’un auteur qui se glisse à chaque nouveau roman, dans la peau d’un personnage très différent du précédent.

L’écrivain

Qui est Philippe Besson ?

J’ai quarante ans, je suis romancier. Je me définis vraiment comme romancier. C’est-à-dire quelqu’un qui invente des histoires. J’ai publié huit livres à ce jour et j’ai la chance de ne faire que cela. Je me définis comme un romancier du lien : ce qui m’intéresse c’est de raconter les liens quand ils se nouent ou se dénouent. Des livres autour de la perte, du deuil amoureux ou autre, fraternel parfois. C’est comme ça que je me décrirais, je crois.

Vous avez commencé à écrire à 32 ans. Qu’est-ce qui vous a donné cette envie ?

L’écriture

Comment se passe l’écriture ?

J’ai besoin d’écrire dans la fluidité, dans la facilité. Je ne suis pas un écrivain qui écrit contre quelque chose, qui écrit dans le dur. J’ai besoin au contraire d’écrire quelque chose de fluide. J’ai une idée, un dispositif narratif, une géographie. Je me lance dans l’histoire et il faut que ça coule. Si c’est heurté, difficile, c’est que ce n’est pas ce que je dois écrire. Donc je cherche beaucoup cette fluidité.

C’est important de varier les thèmes ?

Je n’ai qu’une seule hantise, c’est de faire un livre que j’aurais déjà fait. Les livres, je les fais une fois, et j’en fais un autre après. Il faut que ce soit différent. Le plaisir est là, dans la nouveauté, dans le fait d’aller chercher quelque chose qu’on n’a pas encore expérimenté. J’ai un vrai souci de trouver des modes narratifs différents à chaque fois, des géographies différentes, des époques différentes, des temporalités différentes. Ça m’importe. Et d’inventer de nouvelles histoires. C’est vrai que j’ai fait quelque chose sur Rimbaud, sur Proust, sur l’affaire Grégory, sur l’histoire d’un jeune homme mort à Florence. Je change à chaque fois. Pour autant, je pense qu’on n’échappe pas à ce qu’on est profondément, à ce qui nous anime. On creuse toujours un sillon. Et moi, je crois qu’après huit livres, le sillon que je creuse, c’est la perte, c’est comment on fait quand on va perdre ou qu’on a perdu quelqu’un. Comment on fait après la séparation. C’est une chose qui m’intéresse profondément. J’essaye de me dire comment on se débrouille avec les disparus.

Le cinéma

La plupart de vos livres ont été adaptés au cinéma ou sont en cours d’adaptation. Qu’est-ce que ça peut apporter ?

Se résoudre aux adieux (2007)

Vous vous mettez dans la peau d’une femme. Ce qui est flagrant, c’est que l’on ressent vraiment que c’en est une. Comment l’avez-vous abordé ?

D’abord, ça me fait plaisir que vous disiez ça parce que c’est aussi un des objectifs de ce livre, d’arriver à rendre ce personnage de femme crédible, le plus plausible possible. Je pense qu’en fait il y a plusieurs choses. La première, ça correspond à la volonté qui m’anime quand j’écris un livre, c’est d’être un autre. Je suis moi-même tous les jours. Quand j’écris un livre, j’ai envie d’être quelqu’un d’autre. « Je » est un autre. Je cherche un dispositif, un personnage, un évènement, qui ne sont pas forcément les miens et j’investis ce personnage-là comme un comédien interprète un rôle.

Devenir une femme, c’est assez jubilatoire quand on est un homme ; de comprendre les mécanismes de l’esprit féminin et de rendre juste cette problématique-là. Je me méfie extrêmement des généralités, je n’aime pas les phrases comme « les hommes sont comme ça », « les femmes sont comme ça »… Je n’ai pas écrit un livre sur une femme qui voudrait être toutes les femmes. C’est une femme singulière et je suis dans le livre cette femme singulière qui est fragile et lucide. Elle se bat contre des ombres et essaye d’avancer. Pour la construire, j’ai fait plusieurs choses. Observer -les écrivains sont des observateurs de l’instant, des voleurs d’attitudes et de gestes- et j’ai beaucoup poussé à la confidence certaines de mes amies. Et puis après, il y a ce qu’on porte en soi, notre part de féminité. La mienne, je l’assume et la revendique !

Et puis, il y a vraiment ce défi qu’on se donne de raconter avec justesse ce qu’on ne connaît pas. C’est ce qui est intéressant.

Le personnage de Louise n’est pas vraiment identifiable visuellement. Pourquoi ?

Louise voyage tout au long du livre, d’abord par exil puis finalement pour se retrouver. La Havane, New York, Venise, l’Orient Express, Paris. Ce sont des lieux que vous avez visité ?

C’est vous qui avez choisi la couverture du livre ?

Sélections culturelles

Littérature

Marguerite Duras – « L’amant »
Françoise Sagan – « Bonjour Tristesse »
Emily Brontë – « Les Hauts de Hurle-Vent »

Cinéma

« La chatte sur un toit brûlant »
« Un tramway nommé désir »
« Soudain, l ‘été dernier »
« La Reine Margot »
« Sonate d’Automne »
« Les témoins »
« Le dernier roi d’Ecosse »

Musique

Vanessa Paradis – « Divine Idylle »
Mika – « Life in a cartoon motion »
Pour approfondir

Bibliographie :

En l’absence des hommes, 2001
Son frère, 2001
L’Arrière-saison, 2002
Un garçon d’Italie, 2003
Les Jours fragiles, 2004
Un instant d’abandon, 2005
L’Enfant d’octobre, 2006
Se résoudre aux adieux, 2007

Site officiel : http://www.philippebesson.com

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