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Adrienne Pauly

Impossible d’être passé à côté de son tube « J’veux un mec ». En une chanson, Adrienne Pauly donne le ton. Celui d’une chanteuse au caractère bien trempé, à la classe indéniable et à la désinvolture étonnante.

Adrienne Pauly, c’est un timbre de voix si particulier qu’on le croirait ivre, une gestuelle désabusée, parfois stressée, mais toujours gracieuse. Save My Brain vous propose donc de découvrir une chanteuse talentueuse qui a su avec son premier album dépeindre son univers torturé avec dérision et sensibilité.

Partie 1 : Premiers pas d’artiste dans le cinéma

© Thierry Bouët

Tu viens d’une famille évoluant dans le cinéma, ton père est réalisateur, ta mère scénariste. Tu as commencé dans ce milieu par conviction ou parce que ta famille y était ?

Quand as-tu commencé ?

J’ai fait quelques petits trucs vers 7 ans, sur la scène du Club Med, et j’ai chanté à ce moment-là :

Après, j’ai fait quelques petits trucs, comme ça, légèrement, mais j’ai vraiment commencé vers 18 ans. Jusqu’à mes 24 ans, j’étais comédienne.

Tu as travaillé avec de grands réalisateurs ?

J’ai tourné avec Chabrol, Jean-Pierre Mocky, avec mon père. Avec d’autres gens, mais je ne me rappelle plus. J’ai fait pas mal de téléfilms et voilà…

Partie 2 : Après le cinéma, la musique.

© Thierry Bouët

La musique est devenue plus concrète pour toi grâce à une rencontre…

ndlr : Il s’agit de Christophe Ernault

Tu as sorti ton premier album le 16 octobre 2006. Comment s’est passé l’enregistrement ? ça s’est fait naturellement pour toi ?

Naturellement… Disons que ça n’est pas comme si je me posais sur le pot des cabinets (rires). Mais ça s’est fait avec du travail et des discussions. C’était super.

Tu as complétement arrêté le cinéma ?

Je n’ai pas l’impression d’avoir complétement arrêté. Ce qui me plaisait dans le cinéma, c’était de passer d’un costume à un autre et quand je chante mes chansons, sur scène par exemple, j’ai l’impression que ça continue. Et même quand je les écris, d’une certaine manière, même si je parle un peu de moi, d’écrire des chansons, ça tue un peu des monstres en moi. Donc, je les sors ces montres-là, c’est un peu d’autres personnages. Dès que j’écris, j’ai l’impression de repartir dans un cinéma, dans une histoire et à jouer ça un peu sur scène.

Partie 3 : Les personnages

© Thierry Bouët

Parlons de ces personnages. D’où puises-tu l’inspiration pour brosser ces portraits-là ?

J’ai commencé à écrire d’abord par nécessité parce qu’il fallait absolument que j’articule un peu ce que j’avais dans la tête. Et puis, j’étais dans un moment où j’étais larguée par rapport à ma vie. Je n’arrivais pas à faire le lien entre mes rêveries et la réalité que j’avais du mal à affronter. En ayant ces problèmes-là, qui sont peut-être un peu ceux d’un adolescent retardé, je me suis mise à observer des gens qui avaient peut-être les mêmes problèmes que moi.

Tu as un univers très visuel…

L’idée, c’est que j’ai des images. Et après, c’est comment de manière la plus précise, je peux trouver le mot exact pour décrire cette image.

Bonus : A propos du méchant cafard…

Partie 4 : Qui est vraiment Adrienne Pauly ?

© Thierry Bouët

Adrienne Pauly est-elle un personnage ? Parfois, on se demande si la chanteuse n’est pas un peu actrice quand elle chante…

D’abord, je peux te dire que je suis moi, parce que si je fais un concert où je me sens assez libre, c’est que je ne me pose plus la question d’avoir l’air comme ci ou comme ça et c’est que je suis dans une forme de naturel. Après, être soi-même, qu’est-ce que ça veut dire ? En essayant d’être la plus précise sur ce que je veux dire quand j’écris les textes et après de l’exprimer de façon la plus précise possible, je donne à voir quelque chose qui a un sens, une forme, une expression, qui peut paraître comme un personnage, et tout. J’essaye de dire la vérité.

Juste une question sur ton look. C’est voulu tous ces vêtements noirs (robe noire, imperméable noir, etc.) ?

Partie 5 : Les influences musicales

La dernière chanson de l’album est une reprise de Gainsbourg, « L’herbe tendre ». Pourquoi celle-ci ?

En dehors de Gainsbourg, quelles sont tes influences ?

Il y a beaucoup de chansons que j’aime. J’ai beaucoup écouté, quand j’étais petite, Billie Holiday. J’ai écouté Fréhel aussi, qui est une chanteuse des années trente et que j’aimais bien parce qu’il y a quelque chose. Elle raconte des histoires d’amour banales mais elle veut toujours que ce soit plus fort et plus merveilleux que la vie. Mais à la fin, ça retombe parce qu’elle prend de la coke et qu’elle se flingue. Et c’est tellement horrible et délirant que ça en devient libérateur, exutoire et marrant aussi. Il y a un côté un peu opérette exagérée que j’aime beaucoup. J’aimais bien Michel Jonasz aussi et Charles Trenet. Et puis, j’ai écouté du rock. Genre Lou Reed ou les Stranglers.

Partie 6 : La littérature et l’univers cinématographique

Quels sont tes livres fétiches ?

J’ai lu pas mal de livres. J’aime bien Cioran, Sacha Guitry. Ce sont des trucs que je relis régulièrement. J’aime bien quand Cioran dit quelque chose comme « quand je me lève le matin, j’ai envie de retomber sur mon lit et de pleurer ». Mais en même temps, moi, je trouve ça très drôle. C’est un type qui avait une sorte de dépression mais où il lâchait prise en même temps. Il a évité à beaucoup de gens un suicide peut-être, en ricanant de l’absurdité du monde parfois.

Et Ionesco aussi, j’aime beaucoup pour ça. La première pièce que j’ai lu, c’était une petite pièce qu’il avait écrit sur des enfants qui vont faire une boum. Et à la fin, ils deviennent dingues, ils jettent tout par les fenêtres. Et quand les parents arrivent, ils les jettent aussi par les fenêtres.

Tu aimes beaucoup l’absurde, une dérision finalement de tout ce qui est déprimant.

Je ne supporte pas le quotidien de la vie que je trouve donc absurde et la manière dont on se parle sans se parler. Et tout un tas de choses qui font que j’aime l’absurde. J’aime Charlie Chaplin, ou des choses comme ça.

Quels sont justement les films que tu aimes ?

Beaucoup de choses ! Les films de Truffaut, « Les quatre cents coups », les westerns de John Ford, les films de Sacha Guitry, les comédies musicales, Marilyn Monroe, « Chantons sous la pluie », Bergman.

Partie 7 : Pour finir en musique

© Thierry Bouët

Finalement, tu es surtout portée sur la culture passée ?

Qu’est-ce qu’il y a comme culture maintenant ? Je trouve qu’il y a beaucoup de vendeurs de cravates. Je trouve qu’on vend beaucoup de cravates. Tout est beaucoup sur la formule. Je ne dis pas que je suis une grande artiste, mais j’essaye de ne pas rester en surface. J’essaye vraiment d’exprimer quelque chose. Je ne fais pas ça pour être une star du rock ou je ne sais pas quoi. Même si ça m’amuse, même s’il y a ce jeu-là. Il y a peut-être cette culture dans le rock d’un personnage qui serait là, avec des paillettes.

Tu viens de nous présenter une nouvelle chanson. Tu écris tout le temps ou tu travailles sur un nouvel album ?

Oui, là, je suis en train de travailler sur d’autres chansons.

Discographie :

Album éponyme sorti en 2006


1. Pourquoi
2. La fille au Prisunic
3. L’amour avec un con
4. C’est quand
5. J’veux un mec
6. Dans mes bras
7. Méchant cafard
8. Vas-y viens
9. Nazebroke
10. Chut
11. L’herbe tendre

A écouter : « Pourquoi », « Méchant cafard », « J’veux un mec »

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