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Les écrivains débattent autour du livre numérique

A l’occasion du lancement de sa tablette Galaxy Note 8.0, optimisée pour la lecture, Samsung avait réuni quelques écrivains célèbres pour un débat autour du livre numérique. Françoise Bourdin, Maxime Chattam, Marc Lévy, Irène Frain et Joël Dicker nous donnent leur point de vue.

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Françoise Bourdin : « Au niveau pratique, la tablette est un instrument génial. En tant que lectrice toutefois, j’aime bien pouvoir plier mon livre, me tortiller au lit avec quand je le lis. C’est plus difficile avec une tablette. Mais celle-ci a l’avantage de pouvoir lire au lit sans allumer la lumière et sans faire de bruit. Donc de ne pas réveiller le voisin. Et c’est également quelque chose de génial pour les élèves qui n’auront plus à transporter dix kilos de livres pour aller à l’école.»

Maxime Chattam : « La tablette peut amener à une autre forme de lecture. J’ai toujours aimé conseiller en aparté de mes livres les musiques que j’écoute au moment où j’écris. J’imagine qu’avec l’avancée de la technologie, on pourra déterminer par la caméra de la tablette dans quelle direction ira le regard du lecteur. Comme la tablette saura à quel point il en est dans sa lecture, il pourra diffuser au fur et à mesure des sons, des ambiances qui correspondent à ce moment. Rien ne nous empêchera de lire un livre à l’ancienne toutefois. La tablette a aussi une question pratique. J’aime avoir le choix. J’ai envie de lire le livre que je veux sur la pile à côté de mon lit et non celui qui reste. C’est pour ça que j’en achète toujours d’avance. Quand je pars en vacances, j’emmène une moitié de valise remplie de livres, pour avoir le choix. Avec une tablette, tout est chargé en un seul objet et c’est bien plus pratique. »

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Marc Lévy : « Ce n’est pas la tablette qui fera la mort du livre ou du libraire. Je pense plutôt que c’est le wifi dans le train et dans tous les lieux publics. La lecture est une activité de dernier refuge, dans laquelle on se glisse quand on n’a plus rien d’autre à faire. Avec Facebook, les SMS et les connexions permanentes, on repousse sans cesse les limites de cet instant. Concernant le futur du livre sur la tablette, je ne suis pas du tout d’accord avec ce que dit Maxime ! Pour moi la lecture stimule l’imaginaire. D’ailleurs, nombre de gens sont souvent déçus à l’adaptation d’un livre au cinéma parce qu’ils n’y ont pas trouvé leur imaginaire. Tant mieux ! Enfin, pas pour le réalisateur mais pour la puissance du livre. Quant on me demande si mon héroïne est blonde ou brune, je réponds que c’est au lecteur de l’imaginer. Mais ce qui me flanque une peur bleue, c’est la nouvelle attitude des gens face à la lecture. De plus en plus, quand je fais une fin de roman ouverte, on me demande « Alors, il la retrouve ? ». Je réponds : « A votre avis ? ». Et là on me rétorque : « Ce n’est pas à mon avis ! Il la retrouve ou pas ? ». Si le livre perd ce pouvoir de l’imaginaire, c’est vraiment dommage. La question du support importe peu. Concernant l’écriture, ça peut être une aide. Ca m’est arrivée d’écrire un texte de cinq pages sur un smartphone parce que j’étais en vacances et je n’avais rien d’autre sous la main à ce moment-là. J’avais promis à l’Est Républicain de participer à un cadavre exquis et j’avais complètement oublié ! »

Irène Frain : « J’ai été une des premières à écrire sur un Macintosh. A une époque où il fallait cinq minutes pour graver une disquette et où vous perdiez tout s’il y avait une coupure de courant. J’ai perdu des textes comme ça mais j’ai toujours trouvé ça pratique. A l’époque, les dinosaures de l’édition me disaient que je tuais le livre. Mais les dinosaures, on les a à l’usure et comme je suis obstinée, ils sont morts et pas moi. Je trouve la tablette géniale, surtout pour quelqu’un de bordélique comme moi. Je ne risque plus de perdre mes carnets, c’est parfait pour prendre des notes. Du point de vue du lecteur, tout le monde est passé du vinyle au CD sans que cela ne pose de problème. Il faut juste que le monde de l’édition s’adapte au progrès. Aujourd’hui, la lecture a changé avec toutes les sollicitations auxquelles nous sommes soumis. On s’est aperçus que l’œil balaie l’écran à la recherche de l’information, face au bombardement d’actualité. »

Joël Dicker : « Pour moi, le livre est indissociable du papier. Et si je ne propose pas mes textes en version numérique, c’est pour ne pas tuer les libraires. Je suis incapable de corriger un texte sur écran et j’utilise donc toujours des carnets, avant de mettre le texte au propre sur traitement de texte. Si l’aspect pratique de la tablette est réel, le livre papier reste pour moi le meilleur support. Son intérêt est toutefois indéniable pour les élèves : plus de manuel scolaire obsolète, tout pourra être mis à jour en temps réel et c’est bien plus léger. »

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Et puisque Save My Brain parle aussi très souvent de musique, nous ne pouvons nous empêcher de faire le rapport entre le livre numérique et le MP3. Aujourd’hui, la musique dématérialisée est largement répandue. Le côté pratique est indéniable et change de manière notoire l’écoute. Nombreux sont les iPods et ordinateurs surchargés de fichiers audio téléchargés au petit bonheur la chance et classés sans ordre réel. Tout cela tourne en mode aléatoire, pour une écoute passive : on écoute plus la musique, on l’entend. Avec mes étagères remplies de CD (voire de 33T), je passe pour vieux jeu. Idem, quand je râle parce qu’une voiture n’offre pas de lecteur CD mais une simple prise MP3. Mais j’ai au moins le plaisir de passer mon doigt sur l’étagère, de regarder les couvertures et des albums et d’en choisir un. Et surtout de l’écouter d’un bout à l’autre, de partager une petite partie de la vie de l’artiste à un moment donné. J’ai l’impression d’écouter la musique, pas de l’entendre.

Pour le livre, numérique ou non, le choix est obligatoire. Mais le rapport à l’objet est encore plus important. Je ne me vois pas me passer du plaisir de tourner les pages. Et même si la tablette Samsung permet de surligner des phraser sans saloper le livre, même si des liseuses parviennent à ne pas esquinter les yeux, je resterai un incorrigible vieux con (même si je suis jeune). Et parce qu’aussi, une photo n’est jamais aussi belle qu’imprimée, je ne m’imagine pas lire un livre sur l’histoire de Saint Laurent, Van Gogh ou Aston Martin sur un écran.

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