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Marie Darrieussecq

« Toute écriture est politique, puisque toute écriture est une vision du monde »

Ecrivaine, psychanaliste, Marie Darrieussecq est née le 3 janvier 1969 à Bayonne, d’une mère professeur de français, et d’un père technicien. Toute petite, Marie Darrieussecq a la passion de l’écriture et rêve d’être écrivain.

Elle obtient son baccalauréat L en 1996 et étudie hypokhâgne et khâgne à Bordeaux. Elle reçoit le prix du jeune écrivain de langue française pour sa nouvelle « la randonneuse » en 1988, (qui paraîtra dans le recueil « Zoo » en 2006). Puis elle intègre l’école normale à Paris en 1990. Sortie 6ème de l’agrégation de lettres modernes, elle donne des cours à l’université de Lille et écrit sa thèse en 1997 « Moments critiques dans l’autobiographie contemporaine, ironie tragique et autofiction chez Georges Pérec, Michel leiris, Serge Doubrovsky et Hervé Guibert ».

Marie Darrieussecq a écrit cinq romans jamais publiés, son 6ème roman « Truismes », écrit en six semaines, sera publié en 1996 et sera un succès.

Passionnée de voyages, de sciences et de sa famille, cette mère de deux enfants est aussi une femme engagée et marraine dans deux associations « Réseau DEF France » qui apporte aide et information aux victimes du distilbène, et « Bibliothèque sans frontières », une ONG qui oeuvre pour un accès plus facile au savoir dans les pays en voie de développement.

En septembre 2011, elle tient une chronique hebdomadaire, « place aux femmes », dans l’émission  » Les Matins » sur France Culture.

Bibliographie :

aux éditions POL : « Truismes » 1996, « Naissance des Fantômes » 1998, « Le Mal de Mer » et « Précisions sur les vagues » 1999, « Bref séjour chez les vivants » 2001, « Le Bébé » 2002, « White » 2003, « Le Pays » 2005, « Zoo » 2006, « Tom est mort » 2007, « Tristes Pontiques d’Ovide » traduction en 2008, « Le Musée dela Mer » pièce de théatre en 2009, « Rapport de police » récit en 2010, « Clèves » 2011.

aux éditions des femmes : « Claire dans la forêt » et « Penthésilée, premier combat » en 2004

aux éditions scali : « Mrs Ombrella et les musées du désert » 2007

aux éditions flammation : « Péronille la chevalière » récit jeunesse en 2008, « Tigre, tigre » traduction de margaux Fragoso, et « La mer console de toutes les laideurs » recueil de textes en 2012

Livres d’arts: « Dans la Maison de Louise » CAPC Bordeaux en 1998, « Il était une fois… la plage » photographies de Roger-Viollet édition Plume en 2000, « Sculptures » de Lydie Aricks, textes et photographies, édition Artémoins en 2001

Marie Darrieussecq a également écrit des textes dans des magazines et des préfaces.

Ses romans « Le Bébé », « Naissance des Fantômes », « le Musée de la Mer », « Truismes » et « Tom est Mort » ont été adaptés au théatre.

Ecriture

Ecrivaine de notre temps, Marie Darrieussecq écrit de la fiction en rendant mieux compte du monde par le biais de la métaphore et en racontant sa vie et celle des autres. Dans chacun de ses livres Marie Darrieussecq se met dans la peau du personnage en essayant de trouver le rythme, la musique et l’harmonie ou la dysharmonie des mots. Ses romans naissent de ses hantises, de ses souvenirs d’enfance, ils sont souvent construits autour d’une rupture, d’un évènement, de relations humaines. Les thèmes abordés sont sur la solitude, l’abandon, la métamorphose, l’absence, les fantômes, l’amour, le désir, la sensation, le déracinement, la mort, la passion, le vide, l’emprisonnement, les relations familiales, la mémoire, la subjectivité de la perception des évènements. De sa plume acérée, Marie Darrieussecq dépèce chaque phrase, avec un style percutant, montrant ainsi sa conviction et implication d’écrivaine. Au travers de son écriture, elle invite le lecteur à regarder le monde d’une façon différente et à s’interroger sur lui-même, et le confronte à la fragilité de la vie. Cette exploratrice de l’écriture et des mots, dont la finesse d’écriture et l’originalité, détonne dans le milieu littéraire, est un auteure qui a du tempérament et un talent réel pour mettre en mots l’insaississable et la vie.

« pour écrire, il faut avoir un imaginaire qui tend vers les autres »

quelques livres

« Truismes » : ce récit raconte la transformation d’une femme en truie. C’est le récit d’une puberté monstrueuse, une mutation, mais surtout l’attitude de la personne qui se transforme. Zoé, la narratrice, se métamorphose sous les yeux de son mari Honoré. Esthéticienne, Zoé va quitter la parfumerie où elle travaille. Elle prend du poids, se découvre une aversion pour la charcuterie, erre dans les égouts et les jardins publics, se nourrisssant de débris végétaux, met bas à des porcelets, devient l’égérie d’Edgar, Président de la république, avant de devenir l’amante d’un loup, mangeur de livreur de pizzas..

« Naissance des fantômes » : ce roman évoque le vide et l’absence. C’est l’histoire d’une femme dont le mari disparait en allant acheter une baguette de pain. L’auteure raconte la réaction de la femme face à cette perte, d’abord au niveau physique, puis au niveau de l’esprit. La narratrice, femme bien éduquée et cultivée, n’est pourtant pas capable de maîtriser la dure réalité de cet abandon. Dans sa détresse, la narratrice peuple sa solitude de fantômes. Ce livre est aussi un livre sur l’angoisse et sur l’attente, sur la solitude de la femme abandonnée.

« Le mal de mer », dans ce roman, Marie Darrieussecq raconte la fugue spontanée d’une jeune mère et de sa petite fille. Un jour, sans raison apparente, une jeune mère décide de quitter la capitale avec sa petite fille, pour aller au bord de la mer à Biarritz sur la côte basque. Le mari qui ne comprend pas les raisons de cette fuite, engage un détective pour récupérer sa petite fille. Mais en fait, cette jeune mère ne va nulle part, elle fuit tout simplement. Ce roman nous fait considérer et reconsidérer notre raison d’être, notre raison de fuir, cette pulsion de partir et cette envie brutale de casser la routine avec ce besoin de mer, ou de mort, mais selon l’auteure « la mer calme, mais ne résoud rien ».

« Bref séjour chez les vivants » est l’histoire d’une famille, la famille Johnson, composée du père, de la mère, des trois filles, et d’un fantôme, le petit frère de la famille noyé à l’âge de trois ans. C’est l’histoire d’une famille détruite par la mort d’un des enfants, les parents sont séparés, les filles se sont dispersées. Eléonore, dite Nore, vit avec sa mère, Jeanne la soeur ainée vit à Buenos Aires, Anne à Paris, et leur père John vit à Gibraltar. Chacun des personnages devient tour à tour le narrateur de l’histoire et livre leurs tourments, leurs désirs, leurs angoisses en racontant leur quotidien.

« Le bébé » : La narratrice décrit ses nouvelles émotions et ses expériences avec la venue de son bébé. Le livre évoque la naissance, la petite enfance et tous les changements, excitations et peurs qui accompagnent cette partie de la vie. D’un ton à la fois créatif, sarcastique et détaillé, Marie Darrieussecq donne une perspective intéressante de l’esprit d’une mère qui voit grandir son amour maternel après la naissance de son bébé. Les évènements sont racontés dans le désordre, sans structure, ce qui renforce ainsi le côté réaliste de la vie au quotidien. C’est un récit rempli d’émotion où l’amour, l’obsession et le stress occupe la vie et les pensées d’une mère.

« White » est un roman d’amour qui raconte le cheminement de deux personnes qui vont vivre une histoire d’amour par – 40 °. Cette histoire burlesque et fantastique raconte l’histoire d’Edmée, ingénieur en télécommunication canadienne, et Peter, ingénieur chauffagiste islandais, envoyés en mission au Pôle Sud pour le projet « White ».

« Le pays » est un roman d’autofiction. Marie Rivière, personnage principal du roman est une écrivaine qui vient de quitter Paris, pour rentrer dans son pays natal, le pays basque, avec son mari et ses enfants. Alors qu’elle commence à écrire son roman, elle découvre qu’elle est enceinte et déménage. C’est un retour aux origines dans lequel Marie passe en revue les lieux familiers de son enfance, son histoire, sa famille et ses névroses, sa mère remariée, son père, ruiné et son frère, mort.

« Tom est mort » Avec ce témoignage fictif et non autobiographique, Marie Darrieussecq raconte le récit tragique et puissant d’un drame terrible : la perte d’un enfant. Une mère, la narratrice, française, âgée de 35 ans, cherche un appartement pour s’installer à Sydney, avec ses trois enfants, Vince, 7 ans, Tom, 4 ans et demi et Stella, 18 mois. Le père, Stuart, ingénieur canadien, les rejoindra plus tard. Trois semaines après leur installation, Tom meurt subitement. Dix ans après cette tragédie, cette mère endeuillée continue à pleurer la mort de son fils, pour laquelle elle éprouve de la culpabilité. Elle décide alors de livrer sa détresse et raconte les dix ans de chagrin suivant la mort de son fils. Elle écrit pour empêcher l’oubli, elle écrit l’histoire de la mort de son petit garçon, l’après, les heures, les jours, les semaines qui ont suivi, l’aberration de la vie qui continue avec ses démarches à accomplir, la souffrance, la folie, les souvenirs de Tom. Elle écrit son chagrin, sa colère, sa douleur, ses rêves et ses espoirs. Avec une écriture simple, dépouillée et vive, Marie Darrieussecq écrit un récit venu des tripes, une histoire bouleversante d’une sensibilité rare et touchante. C’est un texte extraordinaire sur le deuil, la mort et la vie, dans lequel l’auteure investit un personnage et ses douleurs en tentant de retranscrire l’indicible. C’est aussi le portrait d’une femme, d’une mère à la dérive, terrassée par la perte de son enfant, mais qui malgré tout, se bat pour tenter de reconstruire une existence, son existence.

« Rapport de police, accusations de plagiat et autres modes de surveillance de la fiction » est un essai traitant du plagiat dans la littérature. Accusée à deux reprises de plagiat (par M’Diaye en 1988, qui l’accuse de singeries pour le livre « Naissance des fantômes », et Camille Laurens en 2007 qui lui reproche d’oser écrire sur un sujet douloureux qu’elle n’a pas vécu, l’accusant de « plagiat psychique », pour le livre « Tom est mort »), Marie Darrieussecq a voulu comprendre ce qui lui était arrivé et se défendre de cette accusation renouvelée, accusation très douloureuse et très salissante, comparée à une tentative d’assassinat. Atteinte dans sa chair de mots et son honneur d’écrivain, Marie Darrieussecq, par survie et par colère, et pour aider les futurs écrivains incriminés, et devant le manque de littérature traitant le sujet du plagiat, décide d’écrire cet essai. Pour Marie Darrieussecq, le plagiat relève d’une histoire de personnes, de rivalités, de malentendus, une tentative de se débarrasser d’un concurrent : la plagiommie. Elle s’est alors penchée sur l’histoire de ce concept à travers la littérature depuis l’antiquité à nos jours, et s’est aperçue que de nombreux écrivains connus (Daphné du maurier, Zola, Appolinaire, Freud, Paul Cea…) ont eu à subir cette accusation. Marie Darrieussecq dans son essai s’interroge sur la notion de plagiat en littérature, et étudie les attaques des dénonciateurs. En littérature le plagiat est considéré comme le plus grand crime. Puis, Marie Darrieussecq compare sa situation au monde littéraire d’aujourd’hui et conclut qu’il faut que les auteurs se réconcilient, n’ayant pas le monopole des idées de leurs écrits, même si elle n’occulte pas le fait qu’il existe des « malfrats » qui plagient certains textes.

« Clèves » est un roman sur l’apprentissage de la sexualité par une très jeune fille. Ce roman se passe dans les années 80, en province, en France, à Clèves dans une petite bourgade. Ce roman évoque les hommes et les femmes, les garçons et les filles et le malentendu énorme et originel entre eux. C’est un écrit sur la différence entre les hommes et les femmes, sur la violence, le consentement. C’est aussi un portrait de la France des années 80 dans lequel l’auteur raconte le changement du corps à la puberté d’une jeune fille Solange. Ecrit à patir de son journal intime, ce roman, un peu autobiographique par moments, est un livre à la fois mélancolique et comique sur l’adolescence, sur la noirceur des échecs récurrents des premières fois, de la solitude avec son corps, de la relation avec ses parents. Ce texte est aussi un roman sur le désir féminin, sur la sensation, et raconte sans détours l’expérience sexuelle d’une jeune fille. Il se déroule en trois parties : les avoir (les règles), la première fois (faire l’amour, le refaire (l’amour). Solange, héroïne du livre, avide et innocente, pucelle, ballotée entre son père extraverti, absent et coureur de jupons, et sa mère insomniaque, qui n’a pas le temps, va découvrir l’éveil à la sexualité. Ce récit évoque en termes crus et denses, sans mièvrerie aucune, le périple très sensible au pays des désirs et des doutes, c’est un roman féministe qui frappe par sa justesse et raconte la métamorphose d’une jeune fille à l’aube des années 80. Ce roman témoigne de la confusion des sentiments  autant que des errements du désir.

« aimer, écrire, sont les seuls remparts que j’ai trouvé contre l’omniprésence de la mort et de la dépression »

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