Films

Bons Baisers de Bruges

Un soir d’août, après plusieurs jours immergés au coeur de la montagne drômoise, sans connection internet, ni téléphone, mon ami et moi revenons à la civilisation. Un appartement généreusement prêté, de l’eau chaude, un frigo, un vrai lit et surtout un ordinateur. Passant la première soirée seule, j’allume l’ordinateur et décide de regarder un film. Je tombe sur Bon Baisers de Bruges dont j’avais entendu beaucoup de bien. Et effectivement je passe une excellente soirée, entre rire et larmes, ce film me laisse bouche bée. J’ai presque envie de le regarder une deuxième fois, de partager la beauté, la magie et l’originalité de ce film, mais je prèfère vous écrire un article.

L’action se déroule au coeur de la cité médiévale de Bruges dont les évocations poétiques sont nombreuses. Le patrimoine architectural de cette ville donne une atmosphère énigmatique, la nuit, dans les petites ruelles brumeuses, le spectateur se laisse guider. C’est l’histoire de deux tueurs à gages : Ray, l’irlandais débutant (Colin Farell) et Ken le sage roublard anglais (Brendan Gleeson), qui sont envoyés à Bruges pour attendre les instructions de leur mystérieux patron, Harry. Au début, on ne comprend pas bien pourquoi ils sont là, et eux non plus. Ken est enchanté par cette vieille ville chargée d’histoire, quant à Ray il trouve cela «merdique» d’entrée. L’histoire ça ne l’intéresse pas, il ne veut pas rester ici. Ken le traine comme un boulet dans toute la ville pour visiter beffroi, églises et musées. Ils sont dans l’attente du coup de fil d’Harry. Entre eux se tisse un lien beau et frêle, une amitié ténue mais réelle, le vieux traitant le jeune tel un fils.

Un soir, alors qu’il se promène dans la ville, Ray rencontre Chloé qui travaille (vous comprendez l’italique en regardant le film) sur un film tourné à Bruges et dont l’acteur principal est un nain américain, un petit homme, prénommé Jimmy et dont la symbolique est très importante dans la film. Tout semble irréel dans ce long métrage, un film dans le film, une peinture de Jérôme Bosch revisitée, «un putain de conte de fée» comme dirait Harry. Celui-ci finit d’ailleurs par appeler, et à ce moment là, on comprend toute la tension dramatique de ce film pourtant soutenu par des dialogues et des situations comiques voire ironiques. On comprend le trouble de Ray et le réconfort de Ken envers celui-ci. Pour sa première mission, Ray a commis l’irréparable et il ne s’en remet pas. Le souvenir de cet acte, cette erreur commise de façon inintentionelle bien sûr, le hante, il est rongé par le remord. Harry appelle et donne à Ken une mission bien inconfortable. Question d’honneur. Bruges c’est comme  un dernier voyage, l’Enfer de Bosch. Théâtre de l’absurde en terre belge. L’originalité décalée d’un «En attendant Godot» de Beckett, la violence d’un film de gangster à la Al Pacino et la beauté d’une peinture flamande.

Rythme effrenné, l’action s’enchaine et on découvre Harry sous les traits de Ralph Fiennes qui débarque à Bruges également. Le destin de chacun se met en route et la trame du film prend une autre tournure. Je ne vous dévoilerais pas la fin, bien entendu, il faut croquer par vous même ce joli bijou extravagant, un peu surréaliste mais tellement prenant. Polar, thriller, drame, comédie, film de gangster boiteux… On ne sait pas trop, un peu de tout ça, un cocktail explosif qui ne vous laisserera pas indifférent, j’en suis certaine. Dialogues incisifs et drôles, situations tragi-comiques, un décor complétement inattendu, tout cela soutenu par une tripotée d’acteurs français (Clémense Poésy), belges (Jérémy Renier) et britanniques, le mélange est juste savoureux. Bonne dégustation, mais attention les chocolats belges ou les fameuses frites ne sont pas au menu, un peu de bière tout au plus et tout plein d’émotions variées.

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