Humour, gloire et beauté

Emma m’a tuer

Ne vous trompez pas : sous ses allures de top model inoffensive, Emma Gattuso ose dire tout haut ce que les autres pensent tout bas : un spectacle politiquement incorrect à l’humour corrosif à voir d’urgence. Attention, âmes sensibles s’abstenir…

Save My Brain : Bonjour Emma. Pourrais-tu te présenter en quelques mots pour les lectrices et lecteurs de SMB ?

Emma : Je suis un mélange mi-italien, mi-alsacien qui a grandi à Strasbourg et qui a fait des études bien sérieusement avant de déménager à Paris et de se lancer comme comédienne. Je suis comédienne depuis 8 ans maintenant. J’ai toujours joué dans des troupes, je suis passée un peu par tous les styles au théâtre : comédie, tragédie, boulevard, théâtre contemporain «à se tirer une balle». D’ailleurs, c’est assez marrant, mais là où j’ai pris le plus de plaisir, c’est dans la tragédie. Dire des vers restera mon plus grand bonheur. Et comme je m’éclatais beaucoup sur scène, il y a à peu près deux ans et demi, j’ai décidé de passer en seule en scène et donc de monter mon one woman show.

SMB : Ton spectacle s’appelle «Emma m’a tuer» … Pourquoi ce titre ? Que se cache-t-il derrière ?

E : Déjà, pour annoncer la couleur. Ce titre est un clin d’oeil au fait divers tragique même si je n’en parle pas du tout dans mon spectacle mais comme tout le monde connait ce fait divers et cette petite phrase «Omar m’a tuer», je me suis dis que ça parlerait vraiment au gens, ça les informerait vraiment de ce qu’il vienne voir dans le spectacle en fait. Comme il y a aussi pas mal de références politique ou sur l’actu, ça donne aussi un petit côté fait divers.

Le spectacle est à l’image de l’affiche, du titre, il est saignant, corrosif, il est tel que je suis en fait dans la vraie vie. Le personnage que je présente sur scène est très proche de ce que je suis. Je suis vraiment la personne qui ne mâche pas ses mots, qui va faire rire mais en appuyant là où ça fait mal. En fait c’est un petit peu ça ce spectacle : je mets le doigts sur des tas de choses que l’on peut penser, en appuyant. Je le mélange beaucoup à l’absurde car c’est une manière de faire passer l’humour noir aussi sans heurter mais en faisant passer un message. Du coup, dans ce spectacle, on va retrouver toutes mes observations, traitées avec beaucoup de cynisme, de notre époque, que ce soit à travers le comportement des uns et des autres, à travers les mensonges que l’on nous sert – la publicité, le marketing…

SMB : Tu écris tes textes seule ? Si oui, quelles sont tes sources d’inspiration ?

E : J’ai écrit ce spectacle seule et maintenant je travaille avec un co-auteur qui s’appelle Jeff Didelot. Je tiens à écrire seule, à choisir mes propres thématiques, à les développer – il est très personnel ce spectacle. De toutes manières, je ne voulais pas un co-auteur qui écrive avec moi. Ce que l’on fait avec Jeff, en fait, c’est de la «punchline», c’est à dire qu’une fois que j’ai écrit le spectacle, on repasse ensemble dessus pour rajouter de blagues.

SMB : D’où vient ton goût pour la scène et ton envie de faire un one woman show ?

E : Je vais répondre très honnêtement, je crois que j’ai démarré ce métier pour de mauvaises raisons, c’est-à-dire un besoin de reconnaissance. Comme je ne suis pas timide, que je n’ai pas beaucoup de pudeur sur scène et que j’arrive à donner au gens, je me suis dit « tiens ce besoin de reconnaissance je vais le trouver à travers la scène ». Et heureusement, ce qui m’a sauvé, c’est qu’à partir du moment où j’ai mis les pieds sur scène, je me suis aperçue que c’était vraiment ça que j’aimais et que ce besoin de reconnaissance, j ’en avais plus rien à foutre car je prenais vraiment un plaisir énorme à transmettre des choses au gens. Maintenant, c’est le rire mais avant c’était d’autres émotions. C’est pour ça aussi que mon spectacle est très interactif. Pourquoi un seule en scène ? Parce que je m’éclatais tellement sur scène que j’ai voulu me confronter à cet exercice d’être seule, c’était un réel challenge. Et au delà de ça, j’avais vraiment des choses à dire. J’avais envie de transmettre ma vision qui est un petit peu bizarre mais finalement, beaucoup de femmes peuvent se reconnaître dans ce que je dis.

SMB : Qu’est-ce qui t’as poussé à devenir humoriste ?

E : Dès les cours Florent, mon prof m’a tout de suite dit : « Toi c’est l’humour. Toi c’est clair et net ». Et effectivement, tous les castings de pièces comiques que je passais, je les réussissais systématiquement. On m’a mis finalement sans que je le cherche dans le registre de l’humour en me disant « ça c’est pour toi, tu dois faire rire, c’est ton truc ». Et comme ça me plaît … Pour moi, c’est beaucoup plus dur que le théâtre classique, contemporain.

SMB : As-tu eu des difficultés à t’imposer dans ce milieu réputé masculin ?

E : Les difficultés je ne les ai pas eu par rapport à la misogynie, je l’ai eu par rapport à l’humour que je pratique. Dans le milieu masculin, aucune difficulté, pas de problèmes, les autres humoristes sont très open, ça se passe très bien mais c’est vraie qu’une fille qui fait de l’humour corrosif, politiquement incorrect, ça pose problème car il faut savoir que l’on est encore dans un pays très conservateur et ça peut heurter, choquer certaines personnes qu’une femme tienne des propos pareils sur scène. Donc j’ai dû travailler comme une malade mentale pour amener mes propos différemment et mélanger l’absurde de manière à ce que cela puisse passer sans que j’édulcore mon propos.

SMB : Quels sont les comiques qui t’inspirent ?

E : Coluche, Les Inconnus, Laurent Gerra, Christophe Aleveque. Jérôme Commandeur m’a fait hurler de rire. Je me reconnais totalement dans l’humour masculin.

SMB : As-tu d’autres activités professionnelles en dehors de ce spectacle ?

E : Je suis ma propre productrice qui est un boulot à temps plein. Pour le moment, j’ai tout focalisé sur ce spectacle.

SMB : Quels sont tes projets à court et à long terme ?

E : Alors, à court terme, mon souhait est de repartir sur les routes de France. C’est un plaisir maximal. Et à long terme ? Je n’en ai pas la moindre idée !

SMB : Quels sont en ce moment tes coups de coeurs culturels (spectacle, livre, expo, musique, …) ?

E : Un coup coeur énorme pour le spectacle musical de Julie Victor qui a une voix à tomber par terre. Eric Naulleau m’a fait découvrir un auteur que je ne connaissais pas du tout qui s’appelle Gary Shteyngart – son roman s’appelle «Super triste histoire d’amour». Je suis sûre que je vais me retrouver comme une gamine quand j’irai voir l’expo sur Tim Burton. Une pièce de théâtre que j’ai beaucoup aimé qui s’appelle Eva Evita , sur la vie d’Eva Peròn qui s’est jouée au Théo Théâtre dans le 15ème. La mise en scène de Nicolas Reading est époustouflante. Quant à la musique, je suis restée perchée à Pink Floyd et Noir Désir.

SMB : Notre magazine s’appelle Save My Brain… Sauver les cerveaux. Comment peut-on le faire ?


Comment sauver les cerveaux ? La réponse d’Emma… par savemybrain

Infos pratiques :

Emma m’a tuer au théâtre de Dix heures – du lundi au mercredi à 19h – Son facebook

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