Cinéma Films

Terry Gilliam, le conteur des travers absurdes du réel à petit budget

Aujourd’hui, focus sur Terry Gilliam, qui a marqué le cinéma avec des films comme L’armée des 12 singes ou Las Vegas Parano…

I) Le chemin initiatique d’un dessinateur aux délires artistiques


1) Les péripéties d’un artiste diplômé :

Déstabilisé depuis toujours par les valeurs essentielles de l’Amérique, Terry Vance Gilliam est bien né dans ce pays malgré lui, le 22 novembre 1940. Venant de Minneapolis, il déménage lors de ses 12 ans à Panorama City, en Californie, à cause de la pneumonie de sa soeur, avant d’étudier à l’Occidental College en 1958 pour en sortir en 1962 avec un diplôme de sciences politiques entre ses mains.  Terry Gilliam prend à l’université le poste de directeur d’une revue littéraire, la changeant en magazine satirique nommé Fang, renfermant le plus grand nombre de ses illustrations, dont l’influence vient d’Harvey Kurtzman.

Après avoir terminé ses études, il se met en route pour New York, où il trouve le poste de rédacteur en chef adJoint d’un magazine créé par son idole, Kurtzman, comme travail. Voyageant de Los Angeles à Londres, en passant par la France (petite collaboration avec René Goscinny pour le magazine Pilote), il devient dessinateur de publicité pour les films du studio Universal Pictures grâce à Joel Siegel, collaborateur du livre « The Cocktail People », dans le début des années 60.

2) Essai cinématographie :

Terry Gilliam utilise un temps ses économies pour s’acheter une caméra 16mm et tourne son tout premier court-métrage d’animation, une histoire se passant sur la planète Mars, qui ne verra malheureusement jamais le jour. En revanche, par cet intermédiaire, le cinéaste en herbe rencontre l’acteur John Cheese, lui proposant de s’occuper des animations d’une émission télévisée, dans laquelle celui-ci joue avec notamment Eric Idle, Terry Jones, etc.. ; la série ne remporte que très peu de succès. Commence alors une aventure incroyable avec une troupe de cinéma foolklorique et pythoresque…

3) Monty Python, une histoire absurde :

C’est à partir de 1969 que naît la célèbre troupe loufoque des Monty Python. Composée de Grahan Chapman (décédé en 1989 suite à un cancer), John Cleese, Terry Jones, Eric Idle, Michael Palin et bien sûr notre cher Terry Gilliam, son succès commence par la série télévisée Monty Python’s Flying Circus.

Cette émission est une folle série à sketches à l’humour so british, présentant tout le temps ou presque les six compères (cinq britanniques, sauf Terry Gilliam naturalisé anglais en 1968) devant la caméra. La série, dont le pied de Cupidon ci-dessus en est l’emblème, se centre principalement sur un humour « non sens », mouvement littéraire, faisant passer de courtes histoires simples dans tous les sens, ponctuées de critiques sociales déjantées touchant tous les sujets (l’école, l’administration, la religion, le sport, etc…)

Arrêtant la production en 1974 à cause de l’absence de John Cheese dans la quatrième saison, les comiques continuent leur carrière au cinéma avec trois films, dont un à part en 1971 (Le Première Folie des Monty Python ou Pataquesse lors de sa sortie française), patchwork de leurs meilleurs sketches : Sacré Graal ! Premier film réalisé par Terry Gilliam et Terry Jones en 1975, est un pastiche de la légende du roi Arthur et de la quête du Graal, volontairement kitch de par ses animations et le manque de budget certain ; La vie de Brian sort en 1980 et critique la religion avec moins de non-sens néanmoins ; Le Sens de la Vie demeure leur dernière collaboration en 1983. Considéré comme leur plus dérangeante aventure cinématographique pour le public, il est pour moi le plus réussi de tous car le plus fou, n’ayant comme fil conducteur le débat sur le sens de la vie, poussant à l’extrême l’absurdité irrésistible des scènes, en caricaturant toutes les figures de la société (catholiques, protestants, bourgeois, militaires…) et en dévoilant cependant une lumière de philosophie (qu’est ce réellement la vie ? Existe-t-il quelque chose après la mort ?). A noter que Terry Gilliam a réalisé seul un court-métrage amusant de 11 minutes, qui figure comme scène d’ouverture du film.

II) La vision de Terry Gilliam sur le monde à travers le cinéma :

1) Jabberwocky, une farce médievale carrollienne :

Premier vrai long-métrage de Terry Gilliam en 1977, celui-ci a voulu se détacher de l’univers de ses anciens collaborateurs pour foisonner son propre imaginaire. Malheureusement, le monde l’associe toujours à la marque des Monty Python pour le vendre, et le film n’a pas trouvé sa place auprès du public…

Jabberwocky est une vision libre du poème éponyme de Lewis Carroll, auteur du classique « Alice au Pays des merveilles ». Pastiche du genre littéraire médieval, l’ex-Monty Python met tout l’amour qu’il porte envers Carroll pour livrer une curieuse et fidèle adaptation, allant dans les délires les plus extravagants jusqu’aux ambiances dérangeantes et étranges, au centre d’un monstre en carton pâte (manque de budget) du plus bel effet humoristique. Ce manque de budget ajoute cependant un cachet d’absurdité tout à fait en accord avec l’oeuvre originale. Bref, à quand est prévu le voyage d’Alice dans le Pays merveilleux de Gilliam ?

2) Bandits, bandits ! Un conte à la magie burlesque :

Le deuxième long-métrage de Gilliam, sorti en 1981, met en scène les mésaventures d’un garçon à l’ntérieur de son armoire aux pouvoirs spatio-temporels. Bandits, Bandits est le conte de fée dans toute sa splendeur, n »hésitant pas à montrer les travers sombres des ogres et autres lutins, qui vire dans une folie sans pareil à coup de gags osés et délurés. Dans une ambiance des plus foutraques, on peut admirer un Napoléon ridicule et sidérant de bêtise. Le deuxième long-métrage de Terry Gilliam est certainement l’oeuvre la plus absurde du cinéaste, n’hésitant pas à faire surgir son esprit farceur pour se moquer de toutes les figures classiques ou emblématiques de la culture populaire.

3) Brazil, le fondement même du cinéma de Terry Gilliam :

C’est précisément en 1985 que le réalisateur devient célèbre pour le grand public avec sa désormais plus grande oeuvre cinématoraphique : Brazil. Ce film est visionnaire car on peut le considérer comme l’un des tout premiers films d’anticipation. Il conte les péripéties oppressantes d’un homme contrôlé dans une société coincée dans le temps, équipée de machines futuristes et où la tenue vestimentaire viendrait presque des années 50. C’est surtout une société totalitaire que nous dépeint Terry Gilliam : une Amérique terrifiante où les gens sont manipulés vingt-quatre heures sur vingt-quatre, observés partout par des caméras envahissantes et sont toujours prêts à disparaître du commun des mortels à tout moment, s’ils n’obéissent pas aux règles des entreprises (le travail non-stop, la meilleure façon de dénoncer la surexploitation des ouvriers). Jonathan Pryce nous livre un jeu éblouissant en interprétant cet anti-héros romantique purement innoncent, coincé entre le réel et ses fantasmes amoureux. Le spectateur se retrouve par ailleurs dans la même situation que le personnage principal, c’est-à-dire bloqué entre le rêve éblouissant et cette ville froide et glauque, qui a l’air finalement aussi irréaliste. Gilliam nous offre tout simplement l’une des plus surprenantes et l’une des plus novatrices critiques de la société contemporaine, en dénoncant certains sujets loin d’être fictifs (les vieilles personnes s’habituant à aller chez le chirurgien esthétique pour se rajeunir), en osant assombrir la plus célèbre figure américaine des enfants (vous verrez dès à présent le Père Noël d’une autre manière !) et en multipliant les plans de vue les plus dérangeants jamais vus au cinéma auparavant.

Brazil était non seulement l’oeuvre la plus difficile à concevoir pour un cinéaste en marge de l’industrie cinématographique (problèmes de durée, disputes avec la production), mais aussi la pièce maîtresse du réalisateur, affirmant ses propres thématiques dans un seul film.

4) Les Aventures du Baron de Münchausen, le plus bel hommage donné au pouvoir de l’imagination :

Terry Gilliam signe plus tard un accord avec les studios de production Cinecitta et Pinewood pour transporter à l’écran le personnage du Baron de Münchausen, figure mythique et historique allemande. Pendant le tournage, le cinéaste connait plusieurs malchances : le temps du tournage devient de plus en plus limité étant donné que le film a subit un dépassement du budget initial. Malgré cela, la production de Gilliam sort en 1988 et ne connait un succès considérable qu’en vidéo.

Les Aventures du Baron de Münchausen est tout simplement l’oeuvre la plus riche du réalisateur. Usant de sa folie esthétique avec des artifices mécaniques originaux, le personnage principal, baron charismatique à la fois malicieux et galant, est l’acteur dominant d’une histoire, ayant une chronologie théatrale et livrant une belle parole rendant grâce au pouvoir de l’imagination. Son périple enchaîne sans cesse des situations débridées et poétiques, tout en se confrontant aux éléments facteurs du monde réel, présenté comme un paysage dangereux et trop terre-à-terre. C’est là que Gilliam exprime son point de vue onirique  : la réalité n’est pas celle que l’on croit, car elle peut être modifiée par nos pensées intimes (cf. Brazil) ou par la créativité de notre imagination mentale.

5) Le Roi Pêcheur, une fable sociale sous la vision poétique de Gilliam :

Après les difficultés budgétaires subies pendant le tournage de son précédent film, Terry Gilliam continue son parcours cinématOgraphique avec sa propre version du Roi Pêcheur, figure de la légende du roi Arthur. Mettant en scène la rédemption d’un vicieux homme intégré face à un mendiant fantaisiste ayant perdu sa vie à cause de lui, le réalisateur naturalisé anglais peint le portrait romanesque d’un personnage romantique incarné brillamment par Robin Williams, coincé entre ses sentiments amoureux et sa fausse identité de chevalier à la conquête du Saint Graal. Placé dans un décor social, le film raconte les tribulations relationnelles d’un couple invraisemablable et il est témoin d’un poésie entre la folie douce du Baron de Münchausen et la fragilité de Jonathan Pryce dans Brazil, coincé entre la réalité et ses démons hallucinatoires intérieurs Terry Gilliam exploite avec une franche réussite la complicité de deux personnages totalement contraires : un artiste égoïste intégré et un protagoniste philanthrope rejeté au sein de la société.

Disposant des thèmes essentiels du cinéma de Gilliam (confrontation du réel et du fictif, ode à l’imaginaire, perte de repères, personnages romantiques), Fisher King, est son film le plus humain, touchant une sensibilité poétique propre au cinéaste.

6) L’Armée des 12 singes, la maîtrise parfaite de l’univers d’un auteur dans une production hollywoodienne à but commercial :


Le magicien ambulant d’Hollywood se retrouve forcé de réaliser une réinterprétation du film français « Le Jeté » de Chris Maker, en 1962. Devenant réalisateur d’un produit voulu commercial au départ, Terry Gilliam arrive à imposer son point de vue face aux exigences de la production (présence de Bruce Willis et Brad Pitt). Sorti en salles en 1995, le film devient un succès autant critique que commercial qui a surpris les producteurs et le réalisateur.

L’Armée des 12 singes est la preuve de l’indépendance artistique de Gilliam. Utilisant le thème du voyage dans le temps, le film se centre sur la quête morale d’uun survivant du futur apocalyptique, envoyé dans le passé pour chercher l’origine de la future menace mortelle sur Terre. Cette oeuvre cinématographique explore la psychologie du personnage principal, perdu entre sa mission et ses tourments imaginaires. Terry Gilliam met en place ses thématiques principales : le héros tourmenté placé dans un décor oscillant entre la réalité et l’imaginaire. En instaurant une ambiance oppressante et cauchemardesque, le cinéaste démontre les travers d’une réalité manipulatrice et exténuante. A travers le conflit de deux personnages opposants (Bruce Willis convainquant et Brad Pitt étonnant et talentueux), ce film d’anticipation met en scène un cercle vicieux et à la limite de la folie : le voyae dans le temps.

7) Las Vegas Parano, un voyage dérangeant dans une Amérique effrayante :

Le succès du précédent film de Gilliam lui garantit un respect libérateur avec les producteurs, en plus de quelques poignées de dollars. C’est pourquoi il décide d’apporter sa vision au roman véridique de Hunter S. Thmpson. Projet initialement réalisé par Martin Scorsese, les écrits de Thompson semblent parfaitement correspondre à l’univers du cinéaste. Malgré une pression critique en plein festival de Cannes en 2008, le film a su tirer profit du public avec sa sortie en vidéo. Gagnant un titre de film culte, Terry Gilliam signe clairement son film le plus irrévérencieux de sa carrière.

Chronique d’une Amérique des années 70, Las Vegas Parano se vit comme un trip hallucinatoire viscéral. N’hésitant pas à dérouter le spectateur, le film se noie entre les délires dérangeants des personnages principaux et le limax étrange de Las Vegas. L’aventure prend son intérêt quant on se tourne vers la psychologie maladive de Raoul Duke, double de Hunter Thompson, incarné par la fureur de l’acteur caméléon Johnny Deep. Personnage totalement névrosé, celui-ci se perd dans un cauchemar sans issue et il est sans cesse confronté à sa propre vision de la réalité et aux exigences de sa mauvaise conscience, joué par un Benicio del Toro habité et méconnaissable dans son rôle.

l’adaptation du livre de Hunter S. Thompson marque l’identification d’un univers propre à Terry Gilliam pour donner une expérience cinématographique unique, à ne pas conseiller toutefois à tout le monde.

8) Les Frères Grimm, hommage aussi éblouissant que complexe sur les contes :

Les Frères Grimm est assurément la plus mauvaise expérience de Terry Gilliam, constamment en conflit avec les producteurs du film. Le film original a été censuré par la production, le jugeant trop inaccessible pour une oeuvre commerciale. Gilliam s’en est sorti avec un semi-échec au cinéma en 2005, consterné car surveillé tout le temps pendant le tournage.

Toutefois, le nouveau film du cinéaste n’est pas mauvais pour autant. En effet, il s’agit tout simplement de la meilleure représentation des contes de Grimm à ce jour. Malgré une folie moins osée, il reste un film tout à fait diverissant et original dans sa manière de raconter la vie de ces auteurs dans le contexte de leurs oeuvres.

9) Tideland, un voyage unique dans l’esprit des enfants :

Adaptation d’un livre américain, ce film de Terry Gilliam, sorti en 2006, est plus intimiste et reste fidèle aux thématiques initiées par le cinéaste. Empruntant un fil narratif semblable à l’Alice de Lewis Carroll, le nouveau trip du réalisateur est devenu plus noir et plus écarté des succès commerciaux habituels des films étrangers.

Tideland est la traversée mentale d’une petite fille vouée à elle-même et s’éloignant de la réalité la plus sordide, la mort de son père drogué. Un voyage unique et sans limite offert au spectateur. Enfermée dans son subconscient, la petite Alice de Gilliam est au centre d’un périple initiatique où dominent personnages marginaux et rêveurs et figures de ses émotions intérieures. Terry Gilliam propose au spectateur une vision glauque de l’innocence d’une petite fille dans une réalité insalubre.

10) L »Imaginarium du Docteur Parnassius, un véritable conte dans toute sa (dé)mesure :

Projet difficile à tourner (mort de Heath Ledger pendant le tournage), la dernière folie de Terry Gilliam vaut le coup d’oeil car, tout en étant une thèse de ses thèmes centraux, elle se veut décomplexée et sans limite.

Sorti à la fin de l’année 2009, L’Imaginarium du Docteur Parnassius est une oeuvre riche et complexe, ancrée directement dans l’univers des contes de fées. Respectant à la fois le style narratif du conte et celui du réalisateur, ce film met en scène le conflit ambigu entre le Dieu Parnassius et le Diable, deux personnages en même temps contraires et égaux. Présentant des personnages sans moralité (le Diable est un personnage grotesque assez amusant, soit-dit-en-passant), dans un cadre loufoque, le film est au service d’une structure narrative allant dans tous les sens, sans pour autant suivre une logique propre au cinéaste.

A la fois délirant et malin, ce film constitue tout ce qu’il y a de meilleur et d’emblématique dans le cinéma de Terry Gilliam.

III) Les projets fantasmagoriques de Terry Gilliam

1) Attente du projet maudit sur Don Quichotte :

L’homme qui tua Don Quichotte est devenu la malédiction de Terry Gilliam. Tourné tout d’abord en 2001, avec Jean Rochefort, Johnny Deep et Vanessa Paradis, le projet a été abandonné à cause de nombreux problèmes : soucis de scénario et de distribution, conditions de tournage désagréables dans un désert (tempêtes de sables), soucis techniques, manque de moyens matérieux et absence de l’acteur principal Jean Rochefort, dû à un accident lors d’une montée à cheval. En ce moment, le projet refait surface avec un scénario réécrit et de nouveaux acteurs (Ewen McGregor et Robert Duvall) mais il est toujours en attente de confirmation pour le tournage, Gilliam gardant un grand espoir sur cette nouvelle oeuvre.

2) Nouvelle adaptation littéraire au cinéma :

Terry Gilliam a confirmé récemment qu’il doit réaliser l’adaptation au cinéma d’un célèbre conte anglais, M. Vertigo écrit par Paul Austier, racontant le voyage initiatique d’un enfant seul capable de voler. Le cinéaste supervise lui-même le scénario et attend avec impatience la confirmation d’un studio pour pouvoir tourner ce projet.

IV) Résumé sur le magicien déluré d’Hollywood : Terry Gilliam

Terry Gilliam est un cinéaste indépendant qui bat de ses propres ailes. Malchanceux et complexe, le réalisateur a su démontrer son univers au monde entier et créer des bases solides ainsi que des thématiques propres à sa pensée :  l’ode à l’imaginaire ou bien la vision critique d’une société dictatrice à l’aide du pouvoir de l’imagination.

Ses personnages principaux suivent tous un chemin unique et, pourtant ils appartiennent à une catégorie semblable. Ce sont des figures romantiques propres au mouvement littéraire original, coincées entre les choix qui leur sont imposés et leurs propres décisions.

La confusion entre la réalité et les univers fictifs étant le cadre artistique central de toute sa filmographie, ses oeuvres cinématographiques sont en l’état une traversée dans des mondes imaginaires plutôt qu’une histoire linéaire et classique. Le cinéma de Gilliam se vit ainsi comme des expériences uniques dans des univers parallèles.

Parcourant un chemin original et affirmant ses propres thèmes artistiques, Terry Giliam est un trublion talentueux de l’industrie cinématographique américaine.

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