Humeurs Je n'ai pas testé pour vous

Etre aimable

6h59. Tiiiiiiiiiiiiiiiiit tiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiit. J’ouvre un oeil, vérifie le cadran, et avant même d’avoir eu le temps de soupirer, explose mon point rageur sur ce maudit réveil pour l’arrêter. Mon cher et tendre me regarde d’un air aussi halluciné qu’endormi. « Et alors ? T’as un problème ? », je lui demande, avant de sortir du lit. La journée commence bien…

8h01. Je sors de chez moi, l’humeur maussade. Il pleut et je n’ai pas petit-déjeuné, la faute à une trop longue session douche pour me réveiller. Je me décide à passer dans la première boulangerie que je croise. Le choix est déjà limité, à croire qu’il y a beaucoup de mal lunés le matin dans ce coin. Devant l’absence intolérable de pains au chocolat, je me rabats, dépitée, sur les croissants. Lorsque vient mon tour d’être servie, je me contente d' »un croissant, et ce sera tout », que je paie avec toutes mes pièces jaunes. La vendeuse recompte et constate qu’il manque trois centimes. Je m’insurge, elle sous-entend que je ne sais pas compter ? Me sentant prête à taper mon scandale, elle s’excuse et me tend ma viennoiserie. En sortant, je ne lui souhaite pas une bonne journée, puisque la mienne ne le sera pas, faute de pain au chocolat… Au passage, j’ignore royalement l’ancêtre derrière qui aurait bien aimé, à priori, que je lui tienne la porte. Laquelle porte lui est arrivée en pleine tête. Bah, au pire, ça fera une retraite de moins à payer… Moi, au moins, j’ai gagné trois centimes !

9h32. Premier café de la journée, devant la machine. J’y croise une collègue que je ne peux pas voir en peinture (comme beaucoup d’autres, mais là n’est pas la question). Elle me demande gentiment de lui apporter un dossier qu’elle voudrait traiter. Je marmonne une réponse inaudible et retourne à ma boisson. Une demie-heure plus tard, je me pointe dans son bureau et lui balance le dossier en question, assorti d’un bref mais éloquent « tiens ! » avant de quitter aussi sec son champ de vision. La prochaine fois, si elle n’est pas contente, elle viendra le chercher elle-même, son dossier à la noix.

12h30. C’est l’heure de manger. Je m’avance avec autant de conviction qu’un condamné à mort vers la file de la cantine. Pourtant, j’ai faim ; j’aimerais donc bien que le monsieur devant moi avance un peu plus vite. Je bouscule, l’air de rien, son plateau, et lorsqu’il se retourne vers moi, surpris, je lui lance un regard des plus noirs. Pas d’excuse, évidemment, étant donné que ce n’est quand même pas moi qui ralentit les affamés… Quelques pas plus loin, j’approche des desserts. J’entends mon voisin de derrière saliver devant la dernière part de tarte au citron. Je déteste ça, mais comme ses bavardages incessants qui grésillent dans mon oreille gauche depuis dix minutes me tapent sur le système, je prends la-dite part, le laissant hébêté devant les yaourts 0% et autres salades de fruits louches.

14h12. Ma meilleure amie au téléphone qui ne voit apparemment pas que je suis au travail et que j’ai autre chose à faire qu’écouter ses pleurnicheries. Devant sa crise du siècle -avoir pris 300g-, j’écoute (presque) patiemment, émettant de temps en temps des grognements pour montrer que je suis toujours là. Lorsqu’elle comprend enfin que je ne l’écoute qu’à moitié et que je suis plus concentrée sur mon écran d’ordinateur (traîtres de touches de clavier qui font du bruit…), c’est le drame. Je finis par lui raccrocher au nez, puisqu’il ne sert à rien de gaspiller ma salive si on m’accuse de manquer de compassion… Qu’elle n’espère pas d’excuses de ma part, ce n’est quand même pas moi qui me suis goinfrée hier soir de tiramisu…

18h00. Je rentre chez moi, comme des milliers de parisiens. Le métro est bondé, ça m’énerve vite. Je vois enfin une place assise, je me précipite pour y poser mon postérieur, lorsque j’entends un petit vieux me supplier de le laisser s’assoir. Il a rêvé ou quoi ? J’ai dix stations à faire, je ne vais quand même pas rester debout, au milieu de la foule, c’est l’enfer ! Je fais semblant de n’avoir rien entendu, sors un livre de mon sac et fais semblant de me perdre dans une captivante histoire, hermétique à tout ce qui m’entoure.

18h19. J’arrive en bas de chez moi. Des gamins jouent dans le hall, alors que c’est interdit par le règlement. Je me transforme en ogresse et leur hurle de dégager. « C’est pas un terrain de jeu ici ! « . Ma réputation doit me précéder, aucun marmot ne moufte et ils sortent, l’air penaud, hors de la cage d’escalier. Quant à moi, deux étages plus haut, j’aperçois ma voisine du dessus, une femme d’un certain âge, qui peine à porter ses courses. Ni une ni deux, je prends mon portable et fais semblant d’être accaparée par un appel de la plus haute importance. Je passe l’air de rien devant la vieille, qui a vraiment cru que j’allais l’aider. Comme si je n’avais que ça à faire…

De cette journée, on aurait aussi pu retenir les conversations où j’ai outrageusement coupé la parole à tout bout de champs. Les « s’il vous plait/merci » qu’on apprend aux enfants et que, bizarrement, j’oublie systématiquement dans ma vie d’adulte. Quant aux bonjour/au revoir, à quoi ça sert quand on voit les mêmes personnes tous les jours ? Enfin… Peut-être que je devrais envisager une cure de carottes, ma famille dit que ça rend aimable… En tous cas, si vous vous êtes reconnu(e) dans une de ces situations, je veux bien partager ma future réserve de carotène…

* Cahier de vacances 2010 – Article initialement publié le 25 août 2008

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