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L’Elégance du Hérisson – Muriel Barbery

Lorsqu’en 2006 Gallimard décide de publier le nouveau roman de Muriel Barbery, « L’Elégance du Hérisson », les éditeurs ne s’attendaient sûrement pas à un tel succès ! L’auteur non plus d’ailleurs… Pas de promotion médiatique prévue ni de lancement. Pourtant, trois ans après sa sortie, le Hérisson de Muriel Barbery continue de faire parler de lui et sa version de poche, publiée en juin dernier, se vend comme des petits pains !

L’histoire :

Renée Michel a 54 ans. Elle est la concierge du 7 Rue de Grenelle, un hôtel particulier qui abrite un microcosme de riches individus. Et quand on parle de riches individus, Mme Michel fait davantage référence au poids de leur porte feuille qu’à leurs capacités intellectuelles. Parce que Mme Michel n’est pas celle que l’on croit. Certes, comme toute bonne concierge qui se respecte, elle est petite, laide, grassouillette, a des oignons aux pieds et une haleine de mammouth, et elle le reconnait volontiers ! Mais surtout, Mme Michel met un point d’honneur à coller au stéréotype de la concierge bête et antipathique. Pourtant, Renée est très intelligente, et cultivée. Sans doute plus que tous les bourgeois réunis du 7 Rue de Grenelle. Mais Mme Michel veut lire Tolstoï et regarder les films d’Ozu en paix, hors de question pour elle donc d’être démasquée ! Sauf…

Dans le même immeuble, Paloma, 12 ans, un QI digne d’Einstein, s’ennuie royalement et méprise les membres de sa famille, qu’elle juge idiots, cinglés, pathétiques ou tout simplement sans intérêt. Colombe est la fille d’un député et d’une diplômée de Lettres qui passe plus de temps à arroser ses plantes vertes qu’à s’occuper de sa progéniture. Paloma a aussi une sœur, Colombe. Colombe est arrogante et se croit supérieure à tout le monde sous prétexte qu’elle est issue d’un milieu aisé et qu’elle fait des études supérieures. Paloma ne supporte plus sa famille et l’absence de sens de son existence, aussi pour remédier à ces deux problèmes qui lui pourrissent la vie, Paloma a décidé que, le jour de ses 13 ans, elle se suiciderait et mettrait le feu à l’appartement de ses parents.

Le tableau peut sembler un peu caricatural, mais ne vous fiez pas aux apparences. Car Muriel Barbery ne se contente pas ici de nous conter l’histoire de ces deux âmes, à priori, perdues. Non. Elle va plus loin. Parce que rien n’est jamais définitif et que la vie peut parfois nous réserver de belles surprises (ici en la personne de M. Ozu), Muriel Barbery, professeur de philosophie, amène pas à pas et non sans humour et raffinement ses deux personnages, et aussi ses lecteurs, à reconsidérer le sens de leur vie. Les fois ne sont pas rares où Mme Michel et Paloma, à coups de concepts philosophiques et de références artistiques, remettent les choses en question pour en arriver finalement à la conclusion que : oui, la vie est difficile, injuste et parfois triste, mais la vie, aussi compliquée qu’elle puisse être, ce n’est pas seulement ça. La vie, et ce qui fait sa force, ce sont aussi ces moments de pure beauté, où quelques notes de musique, quelques images, quelques lignes « ouvrent une parenthèse dans le temps, une suspension, un ailleurs ici même, un toujours dans le jamais. » Paloma, page 409.

C’est ce que Muriel Barbery tente de faire comprendre à son lecteur. Alors certains lui reprocheront son écriture trop philosophique et parfois peu abordable, mais le style se devait d’être à la hauteur de la leçon à tirer de ce roman, cette aventure humaine au cœur du 7 Rue de Grenelle, ce conte moderne, cette réflexion philosophique sur le sens de la vie.

Pourquoi « L’élégance du Hérisson » finalement ? Une fois de plus, c’est Paloma qui nous l’explique : « Mme Michel, elle a l’élégance du hérisson : à l’extérieur, elle est bardée de piquants, une vraie forteresse, mais j’ai l’intuition qu’à l’intérieur, elle est aussi simplement raffinée que les hérissons, qui sont des petites bêtes faussement indolentes, farouchement solitaires et terriblement élégantes. »

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3 Comments

  • Reply
    Cam
    11 octobre 2009 at 19:50

    J’avoue ne pas être allée voir le film, surtout par peur d’être déçue. Je me demande comment un livre tel que celui-ci peut être adapté avec succès au cinéma en sachant que tout se passe intérieurement, dans le sens où il y a peu de dialogues. Comment par exemple retranscrire à l’écran les Pensées Profondes ou le Journal des Mouvements du Monde? Je ne suis vraiment pas convaincue que la réalisatrice qui l’a adpaté ait fait du bon boulot. J’ai donc préféré m’abstenir plutôt que d’être VRAIMENT déçue.
    Mais deux trois personnes de mon entourage l’ont vu, et elles n’en ont pas pensé du bien… Cependant, chacun doit se faire son opinion :)

  • Reply
    Ciskae
    11 octobre 2009 at 17:34

    Très bon livre effectivement, quoique parfois pas très évident à lire : les tournures de phrases sont assez complexes… Et le film ? Est-ce qu’il vaut le coup ? Comme souvent dans les adaptations Livres/Films, j’imagine qu’il est moins bon, non ?

  • Reply
    pierrafette
    10 octobre 2009 at 13:06

    Bonjour,
    j’ai lu ce livre il y a quelques temps déjà, et j’avais vraiment aimé !!! Il est très bien écrit et en plus elle fouille vraiment la personnalité de ses protagonistes !

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