Chroniques ordinaires Humeurs

Etude anthropologique d’une salle de cinéma

Allons-y, mettons-nous dans la peau du Docteur Brennan (mais pas juste pour pouvoir embrasser l’agent Booth sous le gui ! Quoique…) et allons au cinéma ! A la base, on ne va pas au cinéma pour faire une analyse anthropologique des pignoufs qui sont assis autour de nous, sauf lorsqu’on est arrivés une demi-heure trop tôt ou que la salle est uniquement remplie d’adolescents en pleine crise. N’y aurait-il pas les parents que vous seriez la plus âgée (Harry Potter oblige, j’imagine). Lesdits adolescents ne sont pas assis calmement sans rien dire, évidemment, sinon ce ne seraient pas des adolescents ! Du coup, pour passer le temps, vous les observez et vous remarquez qu’ils présentent des caractéristiques intéressantes dans leur comportement physique et culturel (pour ne pas dire qu’ils vous emmerdent à gigoter, téléphoner et crier). On a tendance à comparer les adolescents à des babouins en cage, mais je dois vous contredire : les animaux ne parlent pas (pour autant qu’on puisse nommer « parler » des onomatopées comme « Ah trop fun, c’est trop lol quoi !»). A quand la création d’un site web sur le modèle d’ « Entendu à Paris » : « Entendu dans la salle de cinéma » ?

La définition de l’anthropologie (retrouvée au fin fond de mon classeur de cours de quatrième année) nous dit que les humains se différencient des animaux par leur langage articulé et figuratif, leur costume, leurs techniques corporelles, instrumentales, de mémorisation, de représentations spatiale et temporelle, … bref, l’homme est un animal savant et l’adolescent est le petit de l’animal savant. En gros, un petit morveux que vous détestez parce que vous étiez vous-même détesté(e) pour les mêmes raisons qui vous poussent à prendre un abonnement dans une salle de tir. Ce jour-là, au cinéma, ils ressemblent à ce que vous étiez adolescent et ils démontrent une réalité connue depuis que vous êtes sortis de cette adolescence : une salle de cinéma au même titre qu’une salle de classe, favorise la rencontre de plusieurs groupes humains aux caractéristiques bien définies et favorise également son étude, sans compter les avantages pour ceux qui sont étudiés. En effet, la promiscuité de la salle de cinéma (et de la salle de classe) permet un mélange des genres sans mélange de groupes. Tout le monde se jauge, se juge et essaie de faire la meilleure figure avec ce qu’il ou elle possède : habits, portable, cheveux, etc. La seule chose qu’ils fassent tous en cœur, c’est de pousser lentement leurs professeurs adorés au suicide. Pire que la clope ces ados… !

Pour les adolescents, la salle de cinéma c’est pour revoir les copains pendant les vacances, pour s’asseoir à côté du garçon « trop mignoooooooon », c’est pour montrer sa nouvelle coupe de cheveux ou ses nouvelles chaussures, bref, on s’en fout du film ! Pour vous, adulte responsable et respectueux de la tranquillité de votre prochain (on peut toujours rêver), une salle de cinéma, c’est juste pour bien s’énerver après une bande de morveux qui tapent contre les sièges et qui empêchent d’apprécier l’intensité du film. C’est vrai quoi, c’est poignant quand Dumbledore meure, on n’a pas envie d’être dérangés par un hurlement hystérique dès que Daniel Radcliff apparaît sur l’écran : « HAAAAAAARRRYYYYYYYYYYYY !!!!!! » ! Et je n’ose même pas imaginer ce que ça devait être avec Robert Pattinson… Un orgasme de masse, probablement.

Le pire fléau d’une salle de cinéma (après son invasion par des adolescents), c’est le téléphone portable. Evidemment, tous les portables sont allumés malgré le rappel du veilleur, tout le monde y répond lorsqu’il sonne pour annoncer une nouvelle qui effectivement, ne pourra pas attendre la fin du film (« G acht le dèrnié Toualaït c tro 2 la bal !! »). Mais ne soyons pas médisants à ce point envers les adolescents, il faut néanmoins leur accorder le bénéfice du copiage. En effet, qui sont les premiers à laisser leurs portables allumés dans les salles de cinéma, qui répondent lorsqu’il sonne et qui achètent ces horreurs à leurs rejetons ? Les parents, évidemment ! Les enfants copient les parents dans leur comportement d’asociaux. N’ai-je pas dit plus haut que les adolescents n’étaient pas des babouins ?

Dans cette salle de ciné on retrouve également tous les schémas qu’on ne connaît en général que du collège. Finalement, le monde ne tourne pas. C’est un éternel recommencement, des schémas qui se répètent comme dans un cercle vicieux, même la mode ne change pas. Vu de loin (du haut de mon grand âge, ahem …), ça donne une image plutôt amusante finalement, sauf quand on s’y retrouve en plein milieu à 14 ans, lorsqu’on est soi-même une adolescente lunetteuse ingrate et haïssant le monde entier (sauf Daniel et Boooooob, quoi que, à l’époque c’était plutôt Bruuuuuuuuce). Ainsi donc, anthropologiquement parlant, on peut distinguer 4 groupes socio-culturels et physiques dans cette salle de cinéma, transformée l’espace d’un ennui en laboratoire d’analyse comportementale (note à moi-même : arrêter de regarder Esprits Criminels…) :

Groupe 1 : Leaders. Ce sont des filles et des garçons qui, en apparence au moins, ont tout pour eux et sont le porte-manteau du marketing. Ils sont rares, mais il y en a au moins un(e) dans chaque salle de classe et ce sont eux qui définissent les activités et la mode du jour. Tout le monde les envie, ils seront toute leur vie la beauté de leur promo, de la salle de cinéma ou de leur entreprise, les cheveux plus-lisse-tu-meurs, ultra minces, toujours entrain de rire et de jeter les cheveux en arrière et que forcément, tout le monde remarque. Au fond, vous la maudissiez cette nana au collège et vous baviez sur son semblable du sexe opposé, non ? NON ? Menteuse !

Groupe 2 : Followers. Ce sont des filles et des garçons, toujours en groupes unisexes bien distincts (en apparence), qui collent aux fesses de leurs potes du groupe 1. Elles s’habillent pareil et tentent de se lisser les cheveux, mais c’est toujours loupé à en juger par l’odeur de brûlé qui règne dans la salle de cinéma. Eux, ce seront toujours les followers, toujours les admiratrices, qui seront les faire-valoir du groupe 1. On les remarque surtout parce qu’ils reproduisent le même comportement de copiage qu’ils avaient avec leurs parents la minute d’avant, sauf que les gestes paraissent moins naturels et moins élégants. N’est pas leader qui veut, c’est la dure loi de mère nature (la vache !).

Groupe 3 : Blaireaux. Eux, ce sont les stéréotypes de l’adolescence. Pas franchement beaux, boutonneux, leur mère n’arrête pas de leur dire qu’ils ne sont qu’un vilain petit canard qui attend de devenir un beau cygne (ah l’amour d’une mère !). Ce sont ceux qui se réclament les plus matures, conscients que le marketing  et les mauvaises fréquentations qui en résultent les feront tomber dans la bêtise. Du coup, ces adolescents-là sont en général doués pour les bonnes notes. Tout le monde les déteste parce que ce seront eux, un jour, qui obtiendront la mention TB au baccalauréat. Dans la salle de cinéma, ce sont ceux qui regardent les deux autres groupes en coin, en critiquant leur mode de mouton et leurs notes moyennes. Eux ne sont pas détestés, eux, on les ignore, on les craint, on les respecte… mais de loin !

Groupe 4 : Cibles. Et enfin il y a ces adolescents qui n’ont rien pour eux, garçons manqués et loosers en puissance, tellement mal dans leur peau que ça se voit dans leur attitude, sur leur visage et dans leur façon de parler aux autres. Celles qui regardent les autres filles en coin, qui les critiquent ouvertement, mais qui finalement, donneraient n’importe quoi pour être dans leur peau une seule journée. Et en plus, ces adolescents-là ne servent à rien, contrairement à ceux du groupe 3, puisqu’ils ont des notes lamentables et sont la honte de leurs parents !

Filles comme garçons, quel que soit le groupe auxquels ils appartiennent, ils ont tous un point commun: ils parlent fort! Les filles parlent de leur acteur préféré (« Il est trop beau! ») en rougissant, elles parlent de certains garçons dans la classe qu’elles veulent à tout prix éviter (mon œil!) et elles parlent de bouffe (eh oui, elles ont encore la chance d’appartenir à la classe d’âge qui ne grossit pas en mangeant). Les garçons parlent de fille, de portable, de musique et d’ordinateur. Souvent les filles sont reléguées en dernière position parce que franchement, le dernier single de Timbaland est bien plus intéressant que des midinettes qui n’ont même pas de seins!

En tous les cas, être un adolescent, ce n’est pas facile, sauf lorsque vous faites partie du groupe 1. Quant à moi, j’appartenais au groupe 4, le groupe des cibles. En plus je portais des lunettes, honte suprême ! Vous ne vous imaginez pas le choc lorsque je suis entrée dans cette salle de cinéma, j’ai cru revivre mes années collèges, les pires de ma vie ! Mais heureusement que j’en suis sortie et que non seulement « la mort est un processus rectiligne »*, mais également la vie. Il ne me reste plus qu’à chantonner la nouvelle chanson de Lilly Allen, F*** You, dès que je croise l’un ou l’autre membre des groupes 1 à 3 dans la rue !

* Daniel Pennac, La petite marchande de prose

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