Livres

Je mourrai pas gibier

« Je mourrai pas gibier » est un roman de Guillaume Guéraud, illustré par Lionel Paganelli, plus connu sous le pseudonyme d’Alfred.

Un auteur, rebelle et tendre à la fois

Guillaume Guéraud est un auteur né en 1972 à Bordeaux, diplômé de l’IUT de journalisme, il a travaillé dans divers quotidiens régionaux dont il s’est fait viré car il ne rentrait pas dans le moule. Il écrit des romans publiés aux éditions du Rouergue entre autres.

Dans ses livres, Guillaume Guéraud laisse la place à l’ambiguïté, ses personnages ont un point commun, ils sont portés par la violence et en révolte pour en sortir. Ce sont des adolescents dont l’auteur est nostalgique de cette époque puisque c’est l’âge des découvertes, des extrêmes, de l’amour, de l’injustice et de la violence.
Guillaume Guéraud suscite la polémique dans le monde de littérature jeunesse pour sa violence et ses histoires dans lesquelles sont visés les flics, les journalistes, les riches, pour lui, le pouvoir est une cible, et son arme en est l’amour.

Mais au delà de la violence décrite dans ses livres, l’auteur écrit avec des mots qui claquent, pour dire la réalité des banlieues, se faire entendre, se rebeller et s’armer face à un monde violent qui reflète la réalité du quotidien.

Révolte et amour rythment ses histoires avec une écriture sêche, directe au travers de textes courts et tranchants.

Guillaume Guéraud écrit parce qu’il est révolté et ouvre ainsi les yeux aux lecteurs en écrivant des romans noirs, des romans ancrés dans une réalité sociale contemporaine plutôt rude et qui s’adresse pas seulement à un public jeune.

Un roman noir

« Je mourrai pas gibier » a été écrit en 2005, c’est le premier titre de la collection jeunesse doAdo Noir lancée par les éditions du Rouergue.

L’histoire de « je mourrai pas gibier » est l’histoire d’un carnage, d’un coup de folie, le massacre d’un village par un adolescent Martial devenu fou. Frustré par sa famille, révolté par l’injustice, choqué par la bêtise des siens, Martial jeune adolescent, va commettre l’irréparable le jour du mariage de son frère.

Inspiré entre autres par le massacre final du film « la horde sauvage » de Sam Peckinpah, ce livre cruel, froid et dérangeant est sans doute l’un des meilleurs de l’auteur.

Guillaume Guéraud dépeint un univers cauchemardesque et clos, dominé par la bêtise et l’absence de remords. Une atmosphère glauque, et une froideur, l’auteur raconte ces campagnes tristes et boueuses où les préjugés mènent à la folie et à la bestialité.

Roman percutant, cru, direct, cette réflexion sur un fait divers tragique en fait un livre fort, violent et beau à la fois.

L’écriture de Guillaume Guéraud est très cinématographique et s’adapte donc très bien à la BD. Ce roman court est une forte réussite. L’adaptation en BD est encore plus magnifique.

Entre un auteur et un illustrateur, il n’y avait qu’un pas pour en faire une bd…

Un illustrateur prometteur

Alfred né en 1976 à Grenoble, est un illustrateur, autodidacte il a fondé sa propre maison d’édition Ciel Ether, qui lui permettra de publier quelques ouvrages et collaborer avec Corbeyran, avec des albums publiés aux éditions Delcourt. Puis, Il collectionne les projets et travaille notamment avec son ami Olivier Ka. Il adapte des histoires dont notamment « le café panique » de Roland Topor, ou le très beau « Pourquoi j’ai tué Pierre » d’Olivier Ka.

Alfred fait partie de ces artistes atypiques qui bouscule l’univers de la bande dessinée.

Dans « je mourrai pas gibier », Alfred a pris le pari fort réussi d’ailleurs, d’adapter en images tout en préservant la force d’un texte sans concessions. Alfred en lisant le roman de Guillaume Guéraud a eu un vrai choc émotionnel et il s’est approprié le texte au travers du dessin, tout en respectant le texte et en trouvant ainsi un équilibre entre les deux.

Alfred depuis « pourquoi j’ai tué Pierre » et « je mourrai pas gibier » s’intéresse à l’enfance blessée. Ce qui le fascine c’est de creuser ces blessures de l’enfance qui font ce que l’on devient pour toute sa vie. Ce qui guide son travail, c’est le travail sur l’humain.
Pour l’adaptation du roman de Guillaume Guéraud, Alfred met en scène un faits divers sanglant avec sobriété et son talent pour les ambiances oppressantes.

Alfred a su retranscrire les émotions, les images, les odeurs, les sons qui jalonnent la lecture de ce roman. Dans la bd, le personnage de Martial est effrayant et fascinant à la fois. Le dessin sombre et sec d’Alfred montre bien l’ambiance pesante. Au fil des pages, le dessin se fait de plus en plus nerveux en parfait accord avec la tension de l’histoire. Alfred a su trouvé le graphisme pour le récit. La violence est abordée par un dessin âpre, fiévreux et convulsif et rend la tension plus effrayante. Le trait d’Alfred tour à tour tendre, enragé mais affirmé montre son talent évident de raconter les humeurs du récit. Alfred a su décrire cette violence physique, morale, sociale et psychologique tout en évitant la surenchère visuelle.

Au final Alfred a su bien raconter et le retranscrire en étant graphiquement le plus cohérent avec les mots de l’histoire.

Sans oublier le talent d’Henri Meunier, coloriste, dont l’ambiance du récit est parfaitement retranscrite, au travers de couleurs sourdes et légères pour ne pas étouffer le trait, avec des couleurs réelles mais affectives.

Alfred démontre depuis des années l’évolution de son talent, au fil des ans son dessin se bonifie, et l’univers graphique de cet illustrateur de grand talent donnera peut être un jour l’envie à son auteur d’offrir à ses lecteurs une BD écrite et illustrée par lui seul.

En attendant si vous le pouvez, je vous conseille d’aller à la rencontre de ces deux auteur/illustrateur dont on peut voir parfois lors de salons du livre et autres rencontres, une « lecture-dessinée » de la bande dessinée de « je mourrai pas gibier », pendant que Guillaume Guéraud lit des passages de son histoire, Alfred à ses côtés dessine et saisit sur l’instant des moments de lecture, un instant de partage intéressant et émouvant, ces deux artistes fort talentueux, et humbles à la fois, savent partager leur art avec brio.

Et pour aller plus loin, pour ceux que cela intéresse, Guillaume (le tendre rebelle), a fait des vidéos sur l’écriture, sorte « d’ateliers d’écriture », des petits films amusants mais pas seulement, que l’on peut voir sur youtube.

http://www.youtube.com/user/guillaumegueraud

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