Femme de légende

Louise Michel, rebelle dans l’âme

Louise Michel, vous avez déjà entendu ce nom… Celui d’une femme qui, tout au long de sa vie, a dérangé la société par son avant-gardisme, ses actions militantes, son indépendance et sa différence. Une femme au caractère bien trempé qui n’hésita pas à faire plusieurs années de prison ou d’esclavage afin d’exprimer ses idées révolutionnaires pour l’époque.

Née au château de Vroncourt en Haute-Marne et élevée par ses grands-parents, elle reçoit une bonne instruction et une éducation très libérale. Initiée très tôt à la lecture, à la philosophie et à la musique, elle baigne dans un univers intellectuel qui la détermine, mais elle se construit seule par sa curiosité et sa vivacité d’esprit, ce qui lui permet d’obtenir son brevet de capacité quelques années plus tard et de devenir institutrice. Mais Louise se fait déjà remarquer en refusant de prêter serment à l’empereur et ouvre alors une école privée en 1853 où elle distille « un enseignement concret et inspiré de sentiments républicains — non sans avoir subi quelques réprimandes des autorités ». Puis vient ensuite la période parisienne de sa vie durant lequel elle va enseigner dans une institution près du Château-d’Eau et découvrir une vie militante et culturelle engagée.

I) Louise Michelle, entourée et engagée

A Paris, Louise Michel fait la rencontre de nombreux intellectuels tels que Jules Vallès, Eugène Varlin, Raoul Rigault, ةmile Eudes et surtout Théophile Ferré, qu’elle aimera passionnément. Louise Michel connaît alors une activité très prolifique d’écrivain et de poète — elle adressa quelques poèmes à Victor Hugo — collaborant aux journaux d’opposition, suivant des cours du soir, fréquentant les réunions publiques… Selon un rapport de police du 5 avril 1883, Louise Michel « a commencé à prendre part au mouvement politique dès les premiers jours de l’année 1869 ». Son nom est cité dans « La Marseillaise » du 21 décembre 1869 comme étant celui de la secrétaire de la  » Société démocratique de moralisation, ayant pour but d’aider les ouvrières à vivre par le travail dans le devoir ou à y rentrer « . Mais on peut penser que Louise Michel, de nature indépendante, n’a pas attendu d’avoir trente-neuf ans pour agir. On dit également que celle-ci faisait partie des francs-maçons. En 1870, elle est élue présidente du Comité de vigilance des citoyennes du XVIIIe arrondissement de Paris et adhère selon toute vraisemblance à l’Internationale. Le soir, elle fréquente les réunions et le jour, elle dirige l’école sise. Le 22 janvier 1871, quand Paris manifeste contre le gouvernement qu’il accuse d’inertie, puis d’esprit de capitulation (après la lourde défaite contre la Prusse ; cf. Guerre de 1870), Louise Michel, en habit de garde national, tire le coup de feu place de l’Hôtel de Ville. Le 18 mars, sa carabine sous son manteau, avec les membres actifs du Comité de Vigilance de Montmartre elle monte « à l’assaut des Buttes ». Femme d’action, elle n’avait peur de quasiment rien, surtout pas des réprimandes de l’Etat.

II) Louise Michel, la communarde en arme

Louise Michel en costume de fédéré

Louise Michel, est l’une des rares femmes à ne pas hésiter à prendre les armes et à participer activement à la Commune en combattant sur les barricades en 1871. Très active pendant la Commune,elle fait partie de la frange révolutionnaire la plus radicale et se porte même volontaire pour aller seule à Versailles tuer Adolphe Thiers. Habillée en uniforme de la Garde nationale, elle a marché au combat avec le 61e bataillon de Montmartre ; elle a grimpé à l’assaut des troupes versaillaises, brandissant un drapeau ; elle a tiré à la carabine sans peur aucune ; des nuits entières, elle a défendu des tranchées pilonnées par les obus de l’armée de Thiers ; elle a tenu le cimetière Montmartre parmi les derniers irréductibles, pendant la Semaine sanglante. Sa témérité impressionna. Victor Hugo, avec qui elle échangeait une correspondance abondante lui dédia d’ailleurs un poème intitulé « Viro Major ». Ce qui fit d’elle l’âme de la Commune, ce fut sa parole, elle a poussé, galvanisé, exhorté et harangué tout un peuple. Des paroles provocatrices réitérées dans toute la presse en firent la figure de proue de la Commune de Paris.

Louise Michel harangue les communards

Faite prisonnière lors de l’écrasement de la Commune, elle assiste aux exécutions, et comme femme, elle échappe à la peine de mort. Elle est condamnée le 16 décembre 1871 à la déportation dans une enceinte fortifiée. Ayant vu mourir tout ses amis et surtout Ferré, elle réclame la mort au tribunal « Si vous n’êtes pas des lâches, tuez-moi ». Pour son amour de toujours, elle écrira un poème émouvant « Les œillets rouges ».

En Nouvelle-Calédonie, où elle purge sa peine pendant sept ans, sa voix fait encore merveille : enseignement aux petites Caldoches, discours de rébellion aux Canaques. C’est également à ce moment qu’elle adhère au mouvement anarchiste, au contact de Nathalie Lemel, une des animatrices de la Commune déportée avec elle, et propose le drapeau noir comme symbole.

Le 9 novembre 1880, elle arrive à Paris. C’est un retour triomphal pour Louise Michel que la foule attendait. « Un visage aux traits masculins, d’une laideur de peuple, creusé à coups de hache dans le cœur d’un bois plus dur que le granit… telle apparaissait, au déclin de son âge, celle que les gazettes capitalistes nommaient la Vierge rouge, la Bonne Louise » (Laurent Tailhade).

III) La lutte continue : militante et anarchiste jusqu’au bout

Attentat contre Louise Michel lors d’une conférence en 1888 (Le Havre)

Louise Michel semble infatigable. De retour en France, elle parcourt le pays, et va même jusqu’en Angleterre, en Belgique et aux Pays-Bas pour donner des conférences sur l’épisode de la Commune, prophétisant l’avenir radieux de l’anarchie. Elle intervient dans des meetings, défend l’abolition de la peine de mort, les ouvriers et les chômeurs, elle développe une propagande en faveur de la grève générale qu’elle associe, en 1890, au 1er mai. Sa virulence est telle qu’elle finit par être victime d’un attentat contre sa personne. Louise était une femme de conviction qui jusqu’au bout voulait faire entendre ses idées, elle fut arrêtée plusieurs fois lors de manifestations, fit encore au moins trois années de prison, mais fut toujours relâchée parfois grâce à des personnalités importantes telles que Clemenceau.

Cependant, lasse de tout cela, elle part s’installer à Londres en 1890 où elle dirige une école libertaire mais revient cinq ans plus tard. Elle meurt d’une pneumonie à Marseille au cours d’une tournée de conférences dans le sud de la France. Une foule de 120 000 personnes l’accompagne lors de ses funérailles jusqu’au cimetière de Levallois.

Toute sa vie « la Bonne Louise » ou « La vierge rouge », comme aimait à la surnommer le peuple et les journaux de l’époque, aura était une personne dérangeante : une petite fille parfois trop curieuse aux concepts voltairiens, une institutrice aux méthodes révolutionnaires, une célibataire endurcie, une déportée solidaire des colons, anticléricale et antireligieuse résolue. Toute sa vie, Louise milita pour le bien, pour la justice sociale et pour l’égalité des droits. « Généreuse, dévouée à la cause des plus démunis, c’est sans nul doute son courage qui caractérise le mieux sa personnalité »

Anecdotes : Le saviez-vous ?

1) Le problème s’est posé, à la suite d’une affirmation d’Ernest Girault dans « La Bonne Louise » paru en 1906, de savoir si Louise Michel était en tout ou en partie l’auteur du roman de Jules Verne, « Vingt mille lieues sous les mers ». Après étude attentive du cas par Hem Day (Cahiers Pensée et Action, n° 9, janvier-mars 1959) et Lorulot (L’Idée Libre, avril 1959), il semble qu’il faille conclure par la négative… Mais sait-on jamais…

2) Le groupe de rock français Louise Attaque tire son nom du personnage ainsi que le groupe de punk rock expérimental français Les Louise Mitchels.

3) Louise Michel n’hésitait pas à porter le costume masculin quand bon lui semblait, à l’image de Georges Sand, seule à l’avoir également portée.

4) Le prochain film de l’équipe délurée de Groland, Gustave de Kervern et Benoît Delépine, s’intitule « Louise Michel »… sortie prévue le 25juin 2008 .

Liens utiles :

http://increvablesanarchistes.org/articles/…

http://increvablesanarchistes.org/articles/…

http://fr.wikipedia.org/wiki/Louise_Michel

http://www.chez.com/durru/lmichel/…

http://fr.wikipedia.org/wiki/Communes_de_France

http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_franco-allemande_de_1870

http://fr.wikisource.org/wiki/Les_%C5%93illets_rouges

http://www.ac-noumea.nc/lettres/LVMHNC/LMVH.htm

http://www.caricaturesetcaricature.com/article-10302057.html

A lire :

* La Révolte au féminin, De 1789 à nos jours, de Carole Bitoun (coup de cœur)

« La Révolte au féminin » réunit vingt portraits de femmes exemplaires. Figures emblématiques de la révolte, elles se sont élevées, à travers leurs actes contre l’ordre établi, parfois au péril de leur vie. Toutes ces femmes ont en commun une révolte individuelle jaillie de la colère et de l’indignation contre l’injustice, qui a transformé leur vie en combat. Olympe de Gouges, Charlotte Corday sous la Révolution, Claire Demar, Flora Tristant dans la première moitié du XIXe siècle ; Louise Michel sous la Commune de Paris, les sufragettes en Angleterre, Rosa Luxemburg ou Simone Weil avant la Seconde Guerre mondiale. Pendant la guerre, ce sont des femmes peu connues comme Juliette Témine, ou célébrées comme Bertie Albrecht, Danièle Casanova, toutes deux mortes au combat, qui sont mises en lumière. Citons encore : Sophie Scholl, décapitée à vingt-deux ans en Allemagne, et Geneviève Anthonioz de Gaulle qui poursuit son action dans la défense des exclus après la guerre. Dans les années 1970, il s’agit de figures plus franchement féministes de Simone de Beauvoir à Angela Davis. Si ces femmes du passé ont incarné l’avenir, leurs traces sont indissociables des combattantes d’aujourd’ hui. Elles se rencontrent plus volontiers dans les pays du tiers monde : la Kurde de Turquie, Leyla Zana, les Indiennes Arondhati Roy et Phoolan Devi, la Birmane Han San Su Kieen, la Bangladaise Talisma Nasreen, ou la Somalienne Ayann Hirsi Ali…

* Louise Michel : Histoire de ma vie, éditions des Presses Universitaires de Lyon, 2000.

* Louise Michel ou la parole des tempêtes, en vente à l’Association Louise Michel (1 rue de la Croisette, 52200 Langres), 2001.

* Lettres à Victor Hugo, Mercure de France, collection Petit Mercure, 2005.

* Mémoires de Louise Michel, 1ère, 2ème et 3ème partie, éditions Tribord, 2005. (coup de cœur)

* « Je vous écris de ma nuit « . Correspondance générale de Louise Michel, Editions de Paris, 1999. Réédition revue et augmentée, janvier 2005. Par Xaviere Gauthier.

* La déportation de Louise Michel, Joël Dauphiné, Les Indes savantes, 2006.

* Légendes et chants de gestes canaques. Présentation. Gérard Oberlé. Edition 1900. 1988. (coup de cœur)

A voir :

La Commune (Paris 1871), film français sortie le 7 Novembre 2007 ; Réalisé par Peter Watkins et avec Eliane Annie Adalto, Pierre Barbieux, Bernard Bombeau.

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