Chroniques ordinaires Humeurs

Les cabines d’essayage

C’est fou de voir à quel point une séance de lèche vitrine entre copines peut vite tourner en torture -mentale- organisée. Imaginez-vous au beau milieu d’un magasin de vêtements « à la mode » avec une copine plus mince, mais alors vraiment plus mince que vous. C’est bien entendu le genre de boutiques dans lesquelles trouver une taille 40 relève du miracle, ou de l’expédition savamment préparée au moins trois semaines à l’avance. Parce que, dans ces endroits-là, les tailles 34 et 36 (celles de votre copine, donc) occupent 90% de la surface exploitable. Mais bon, pour être « branchée », voire « fashion », il faut bien passer par ce genre de lieux, quitte à en ressortir démoralisée, voire suicidaire.

De la recherche du vêtement idéal à la cabine d’essayage

Après avoir exploré en vain le magasin de fond en comble à la recherche du vêtement de vos rêves, aperçu entre les chaussures et les petites culottes, vous vous rabattez sur une pâle copie, informe, et à priori trop petite -soit dit en passant, absolument pas le colori que vous recherchiez à la base-. Mais bon, tant pis, vous le prenez quand même en priant pour ne pas ressembler à un rôti de bœuf au niveau des cuisses… Après ce moment de solitude, vous préférez ne pas chercher autre chose et vous dirigez vers la file d’attente de ce qu’on appelle la cabine d’essayage. Ce qu’il faut comprendre par cabine d’essayage quand vous faites du 40 au milieu de maigrichonnes, c’est « Petite pièce isolée du reste de la boutique, dans lequel vous pouvez être un peu trop grosse pour les vêtements sans en être complexée »… En clair, c’est le seul endroit où vous pouvez ne pas vous sentir observée.

Vous faîtes la queue quand soudain, un tas de vêtements mobiles vient se mettre à côté de vous. C’est votre copine qui a choisi de se refaire une garde robe, et qui a dû oublier que dans les cabines, c’était cinq articles maximum. Arrive votre tour -et celui de votre copine qui se voit refuser l’accès à la cabine par un « vous avez trop de vêtement, mademoiselle ». Au vu de la tête de la vendeuse, elle a l’air aussi étonnée que vous. Dans un élan de gentillesse, vous prenez une partie de ses vêtements et on vous attribue les deux cabines du fond.

Petit, vous avez dit, petit ?

Comme par hasard, la cabine du fond, c’est la seule qui n’a pas de miroir derrière, celui qui fait qu’on sait si le pantalon nous va ou pas. Tant pis, vous tentez quand même l’aventure jusqu’au bout (c’est comme à Koh Lanta). Ce n’est quand même pas un pantalon qui va faire la loi ! Vous commencez par vous déshabiller et, horreur, vous vous regardez dans le miroir pour comparer la taille de vos cuisses et celle du pantalon… Vous essayez quand même et… miracle !!! Ca passe ! Enfin, ça passe jusqu’à ce que vous tentiez de fermer le bouton du pantalon.

S’offre alors à vous deux possibilités :
– Soit le pantalon refuse de fermer, et dans ce cas, c’est réglé, il ne vous va pas, et vous ne voulez plus en entendre parler.
– Soit vous parvenez à le fermer mais le pantalon est tellement serré que vous vous demandez comment vous arrivez encore à respirer.

Votre copine vient ensuite récupérer sa demi-montagne de vêtements, et vous voit, la mine déconfite, en train de vous scruter les cuisses. Elle vous propose d’aller prendre la taille au dessus. Elle récupère donc votre pantalon, vous laissant démoralisée dans votre cabine. Le temps qu’elle revienne, vous continuez de vous scruter le gras du cuissot, tout en vous préparant mentalement à faire un régime strict « de chez strict ». Pas le temps de sortir de votre réflexion idéaliste que vous voyez le rideau s’ouvrir, vous en petite culotte et la vendeuse qui vous tend « le 40, c’est pour vous jeune fille ? ». Vous le prenez, rouge de honte parce qu’en plus de connaître votre taille, tout le magasin vous a vu à moitié déshabillée. Finalement, le pantalon vous va, c’est déjà ça de pris, avec la honte. Vous êtes plus ou moins contente parce que si le pantalon vous va, vous auriez préféré rentrer dans ce fichu 38.

Au sortir de l’enfer

En sortant de la cabine, vous espérez ne croiser personne de votre connaissance. Vous avez eu l’impression de vivre l’apocalypse. Vous faîtes profil bas jusqu’à la caisse où votre copine vous attend chaleureusement avec un « alors, ça allait ? ». Oui oui, ça vous allait, mais en attendant, elle, elle a pris TOUS les vêtements qu’elle avait essayés, qui lui allaient comme des gants sans la boudiner ni lui couper la respiration.

Le seul avantage que vous tirez de cette expérience est celui d’avoir payé votre pantalon 30 euros, alors que votre copine en a eu pour « 245 euros et 75 centimes, s’il vous plaît ». En sortant du magasin, votre copine a donc un peu la mine déconfite d’avoir autant allégé son déjà-maigre porte-monnaie et vous la consolez autour d’un thé pour vous, et d’un moelleux au chocolat pour elle.

Conclusion

Vous vous dites que vous ne remettrez plus les pieds dans ce magasin, que vous ferez votre shopping toute seule à l’avenir et que participerez à la prochaine saison de Koh Lanta parce qu’ils perdent tous au moins 10 kilos quand ils ne se font pas éjecter à la première épreuve. Avec un peu de chance, vous feriez un petit 34 en rentrant.

Mais pour l’heure, vous pensez : « Ce soir, c’est soupe de légumes au poisson… non pas de poisson… Oh et puis, pas de légumes non plus… Et si je sautais le repas de ce soir ?… »

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