Humeurs Je n'ai pas testé pour vous

Le gloss volumateur : faut-il vraiment souffrir pour être belle ?

Dans les dernières nouveautés de l’industrie cosmétique, Le ‘Lip Instant Volume’… Kézako ? C’est un rouge à lèvres volumateur, un gloss dernière technologie aux microparticules de botox qui pénètrent dans les lèvres et les font gonfler. Magique ! Et sans chirurgie ! C’est incroyable, c’est une révolution, mais pourquoi donc ce gloss, dont on vantait tant les mérites, n’est-il pas sur toutes les bouches ?

Tribulation d’une guerrière des temps modernes -moi, donc- :

Le temps d’une pause déjeuner bien méritée, je me suis accordée une petite escapade dans l’une des grandes enseignes de la cosmétique en me jurant, comme à l’accoutumée, de repartir sans avoir rien dépensé. Entre deux esquives de vendeurs qui veulent joyeusement me vaporiser le corps de leur dernier parfum, je flânais au fil des couleurs, des textures et des senteurs… Au détour d’un rayon, que vois-je, qu’aperçois-je ? Un « gloss volumateur effet glamour 3D au soin pulpeur immédiat révolutionnaire cliniquement prouvé »… Tout ça renfermé dans un petit tube couleur paillette, ben mon vieux ! Au programme des réjouissances, des lèvres qui augmentent de volume en moins de 15 minutes. Je décide alors d’y porter un peu plus d’attention : moi qui pensais avoir tout vu en matière de fards, talons, bling-blings et accessoires, ce que je découvre là me laisse sans voix (oui, je pense sérieusement à me faire poète un jour. Mon prochain article sera d’ailleurs écrit en alexandrins).

Et là, croyez-moi ou pas, moi qui ai une sainte horreur de la niaiserie de ces vendeurs prêts à vous dire les pires absurdités pourvu que vous achetiez leur produit, ma curiosité fut telle que je me décidais à héler l’un des ces T-shirt rose en quête de clients indécis. Il lui fallut moins de 2 secondes pour se saisir de l’objet en question et décrocher son plus beau sourire commercial. Quelques phrases de courtoisie plus tard, et après s’être rendu compte que je n’étais pas de celles qui se laissent facilement impressionner, elle se met à me débiter un discours en 4 paragraphes sur les bienfaits du produit en jargon cosméto-chimique, que pour comprendre, soit tu lui fais une confiance aveugle, soit tu reprends tes études niveau master de chimie (Groumpf… J’aime pas les maths, j’aime pas la physique et je hais la chimie ! C’est clair comme ça ?).

Afin d’achever sa brillante prestation, elle m’assène le coup de grâce en me proposant, le regard entendu, de le tester.
Sans blague, croit-elle sérieusement que je vais appliquer ces « microsphères d’acide hyalonurique » sur mes douces lèvres fragiles ? Elle plaisante ou quoi ? Non mais, je ne vais pas me laisser impressionner par cette bouche parfaitement glossée qui m’achève à coups d’arguments commerciaux depuis tout à l’heure. Et puis, je vous ai peut-être dit que je suis une guerrière des temps modernes, c’est vrai, mais bizarrement beaucoup moins téméraire lorsqu’il s’agit de « molécules stimulatrices de collagène ».

Avant d’avoir pu prononcer un seul mot, une cliente que j’avais à peine remarquée jusqu’ici, mais qui visiblement n’avait pas perdue une miette de notre conversation, s’élance impérieusement au-devant de la vendeuse, pour se porter volontaire à l’essayage. Dans un élan de courage sans faille, elle s’empare du pinceau et se tartine la zone en question de cette texture lisse et collante sous mes yeux ébahis et… pas grand-chose. Au final, c’est comme un gloss normal quoi ! Y’avait pas besoin d’en faire tout un… Avec moins de temps qu’il ne m’en faut pour l’écrire, je vois le feu s’emparer de sa bouche, la jeune femme a du mal à réprimer des gémissements de putois à l’agonie tellement elle a l’air de souffrir. Voyant sa bouche rougie et endolorie, la larme à l’œil et un filet de bave sur le menton (oui, elle ne ressent plus rien), je rattrape la vendeuse en lui demandant si « c’est normal ». « Oui, me répond-elle de son air triomphant, on ressent un léger picotement dû à la stimulation de la micro-circulation sanguine. Mais après, ça passe ! ». Un léger picotement, mes fesses oui, la garçe, elle a bien failli m’avoir ! (Pardon pour cet excès de vulgarité, mais à situation extrême, vocabulaire extrême)

La cliente repart en titubant, l’air hagard, la lèvre enflée et tremblotante, les yeux embués, le mascara dégoulinant… et la dignité dans la poche. Alors vraiment non, je ne me ruinerai pas pour cet instrument de torture moderne (ai-je précisé que j’étais un tantinet douillette ?) et aux ingrédients douteux, parce que pour 34 euros, je peux m’accorder d’autres fantaisies. Alors certes, je vous accorde le fait que les lèvres gonflent effectivement, mais je me demande tout de même jusqu’où ira l’absurdité de certaines en quête de perfection esthétique. En outre de la tyrannie de l’image, copieusement véhiculée par les médias, qui ont pour conséquence la multiplication des maladies psychologiques telles que l’anorexie ou la boulimie, ou encore l’explosion du marché de la chirurgie esthétique, il ne faudrait pas prendre le vieil adage nous dictant qu’il « faut souffrir pour être belle » au pied de la lettre. C’est-à-dire que marcher sur des talons de 8 centimètres de hauteur, je veux bien, de même que la souffrance que l’on s’inflige à grand renfort d’épilateur, mais banaliser l’utilisation du botox, là c’est un peu fort de café…

Et d’abord, Halloween… Ce n’est qu’une seule fois dans l’année. Na ! A bon entendeur :)

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