Chanteuse rock

Patti Smith

« Je n’ai pas baisé avec le passé mais je l’ai fait assez avec le futur. Sur mes seins, il y a des échardes des étapes et des murs que j’ai caressés. Chaque piton de bois était mon régal comme la croix d’Hélène… » Chemin de croix à valeur autobiographique, les paroles de Babelogue renseignent l’amateur le moins averti sur les hauts et les bas d’une des plus grandes artistes du rock : Patti Smith. Un premier album « Horses » immédiatement propulsé au panthéon des réalisations rock suivi d’une longue période de convalescence, un succès planétaire basé sur un titre co-écrit avec Bruce Springsteen, une reconnaissance artistique endeuillée par la perte de ses plus proches collaborateurs… On aurait pu gager que la sphère d’influence de la chanteuse ne passerait pas le tournant des années 90. Cela aurait été sans compter sur la formidable force de caractère et le pouvoir d’adaptation quasi surhumain de cette mamie du rock qui, cette année, fêtera ses 61 ans ! Trois ans après son « Trampin’ Tour », l’artiste a redémarré l’année sur les chapeaux de roue avec « Twelve » sorti en avril dernier, un album qui reprend les plus grands standards du rock, en passant de Jimi Hendrix à Nirvana et des Beatles à Stevie Wonder. Classée n° 47 par le magazine Rolling Stone au rang des 100 plus grands artistes de tous les temps, Patti Smith n’a jamais voulu se borner à la catégorie « chanteuse protopunk » qu’on a voulu lui assigner depuis la sortie de « Horses » en 1975. Tour à tour poétesse undergound et artiste pluridisciplinaire, musicienne, songwriteuse, peintre et écrivain, Patti a réussi le pari de faire fusionner l’univers « Beat » à un rock épuré, le tout à contre-courant du mouvement disco émergent… Sa réussite ? Peut-être la doit-elle à sa silhouette androgyne, son franc parler et à ses références littéraires !

Jersey girl

« Je suis née dans l’Illinois… grande ligne de l’Amérique […] J’étais un vilain petit canard boiteux mais j’ai eu de la chance, Maman m’a nourri de fantaisie.. mes ours dansaient à minuit, même ma boîte à jouets avait une âme, Maman m’appelait biquette… Brebis galeuse […] » Comme Patti l’écrit elle-même en 1971 dans un article destiné au magazine Creem, le mystique et l’imagination font sa marque de fabrique. Née à Chicago le 30 décembre 1946 mais élevée entre une bergerie du Tennessee et Woodbury, South Jersey, Patricia Lee Smith a très tôt le sens des responsabilités. Pour contrer les moqueries des autres enfants, la frêle Patti riposte par son imagination fertile et met en scène des petites histoires et des pièces de théâtre pour le plus grand plaisir de son frère et de ses sœurs. Chez les Smith, il n’y a certes pas beaucoup d’argent mais il y a de l’amour et de la nourriture spirituelle. Partagée entre un père athée et une mère témoin de Jéhovah, la légende dit que l’imaginaire fécond de la petite fille connaît une phase ascensionnelle lors de ses 7 ans après une crise de scarlatine… Entre mythe et authenticité, paradis et chaos, où commence le rêve et où finit chez elle la réalité ? Ainsi posées, les lignes directrices du destin de cette Pythie moderne vont louvoyer tant le tragique que l’exquis, entre parts d’ombre et moments de gloire volés. Nourrie de Bible et de revues de science-fictions durant son enfance, l’adolescente commence à s’intéresser au funk, à la folk et au rock à travers James Brown, Bob Dylan et les Rolling Stones. A la poésie également, comme un échappatoire au pénible travail d’ouvrière d’usine où elle travaille après ses heures de cours. Rimbaud et ses Illuminations, plus particulièrement. Combinée au rock, la poésie est une révélation. Elle est le médium que Patti attendait pour s’exprimer et communiquer avec ses congénères. Ce qu’elle ne manquera pas de faire dès 1974 avec sa première chanson « Piss Factory » : « Sixteen and time to pay off/ I got this job in a piss factory inspecting pipe/ Forty hours thirty-six dollars a week/ But it’s paycheck, Jack./ It’s so hot in here, hot like Sahara/ You could faint in the heat/ But these bitches are too lame to understand/ Too goddamned grateful to get this job/ To know they’re getting screwed up the ass « Ce qui donnerait en français : « 16 ans et du temps à perdre/ J’ai eu ce job dans une usine de pisse pour inspecter les canalisations/ Quarante heures trente-six dollars par semaine/ Mais c’est un salaire, Jack./Il fait si chaud là dedans, chaud comme le Sahara/ Tu pourrais t’évanouir dans la chaleur/ Mais ces putes sont trop connes pour comprendre / Putain trop reconnaissantes d’avoir ce boulot/ Pour réaliser qu’elles se font carrément avoir »[…]

Le temps passe mais pas les épreuves : une grossesse non désirée plus tard, Patti décide de faire adopter son enfant et de partir en 1967 vers les lumières de la ville, direction New York. Tandis qu’elle travaille dans une librairie, celle-ci rencontre le futur orfèvre de ses couvertures de disques, le photographe Robert Mapplethorpe alors étudiant en art. Soudain les choses vont s’accélérer. Sur les conseils de son nouveau mentor, Patti se met sérieusement à dessiner, à écrire sur ses dessins et à progressivement glisser vers la poésie. « J’étais si éparpillée quand je suis arrivée à New York […] Et j’ai rencontré Robert qui m’a aidée à prendre toute cette énergie diffuse et à la mettre en forme », comme Patti le livre-t-elle au cours d’une interview accordée en Janvier 1976 à Rolling Stone. Fortes de ces précieux conseils, l’aspirante artiste décide de partir en 1969 pour Paris avec sa sœur pour y étudier l’Art. Séjour express puisque après avoir partagé le quotidien d’une troupe ambulante pendant près de six mois, les sœurs Smith décident de revenir aux States guidées par l’étrange rêve prémonitoire de Patti qui y voit son père malade. Une fois revenue à New York, Patti s’installe avec Mapplethorpe dans une chambre du Chelsea Hotel, repère de tous les artistes Beat tels que Janis Joplin, Jefferson Airplaine, l’écrivain William Burroughs ou le dramaturge Sam Shepard. Alors qu’une amitié se lie avec Burroughs, une complicité se noue avec Shepard qui pousse Patti à collaborer à ses pièces de théâtre. Dans la même interview, Patti raconte « Il voyait en moi une autre espèce de truc. Sam aimait la façon dont je marchais. Il m’a toujours poussée à créer des disputes dans les bars. Il a toujours poussé cette espèce de truc hors de moi ». Après avoir co-écrit plusieurs pièces rock réunies dans le recueil Mad Dog Blues et s’être produite sur scène, à Patti d’explorer d’autres horizons. Sans pour autant oublier la poésie, son premier amour, Patti s’essaye à l’écriture rock en signant des critiques pour des magazines tels que Rock Magazine, Creem ou Rolling Stone. A la composition musicale également en écrivant les paroles de « Debbie Denise », « Career of Evil », « Fire of Unknown Origin », « The Revenge of Vera Gemini » et « Shooting Shark » pour Allen Lanier, son compagnon d’alors et clavier du groupe Blue Oyster Cult. Dans la foulée, Patti publie ses premiers recueils de poésie, Seventh Heaven, Kodak et Witt respectivement en 1971 et les deux années suivantes. Le tournant dans sa carrière intervient en février de cette même année lorsqu’on lui propose de faire l’ouverture d’une lecture hebdomadaire de poésie à l’Eglise St Mark. Galvanisée par le chaleureux accueil du public et rejoint sur scène par le critique rock et guitariste Lenny Kaye, Patti sent qu’une alchimie est en train de se créer. Sa prestation a tout simplement renversé Steve Paul, manager en quête de nouveaux talents. Convaincu que Patti est plus faite pour le rock que pour la poésie, Paul tente de faire basculer ses projets d’avenir : « Steve a été l’une des premières personnes à me dire : Tu ne perceras jamais dans la poésie, rentre toi bien ça dans la tête. Je pense qu’il voulait faire de moi une sorte de Liza Minnelli tout de cuir vêtue. Mais le truc le plus important que Steve ait fait pour moi c’est qu’il m’a fait me battre pour ce en quoi je croyais. C’est parce qu’il était si inflexible que je le suis devenue aussi. Nous nous sommes séparés sur ces mots : Je ne ferai jamais ce genre de merde. Je n’enregistrerai jamais un disque à moins qu’on me laisse faire exactement ce que je veux faire » (sic).

Patti ne le réalise peut-être encore mais elle n’a jamais été aussi bien inspirée. Il y faudra encore trois ans avant de mener à bien ses projets mais, tout du moins, son intégrité en tant qu’artiste est préservée. Toujours en contact avec Kaye, Patti persiste et signe dans un genre nouveau maintes fois imité mais jamais égalé : la poésie rock.

My Generation

Grande fan de Bob Dylan, des Doors et du Velvet Undergound, Patti déplore le manque de créativité musical des années 70. Comme celle-ci le confie à Burroughs en 1988 au détour d’une interview pour Spin : « Quand je me suis mise au rock, je l’ai fait d’un point de vue politique et pas carriériste. Je ne sais pas si c’est à côté de la plaque mais j’y suis venue parce que je sentais que le rock’n’roll, après la mort de beaucoup de personnes des Sixties, et après la désillusion de pas mal de ceux de la décade d’après, les gens voulaient juste qu’on les laisse tranquille un petit bout de temps. Je ne me suis pas inquiétée au départ en 1970-71, même 1972. Je pensais que peut-être ils voulaient recharger leurs accus. Mais quand 73 est arrivé, et bientôt 74, ça allait juste de plus en plus mal et il n’y avait aucune piste de nouveauté, pas même n’importe quoi capable de rassembler leur force et d’agir en retour. J’estimais que c’était important pour certains d’entre nous qui disposaient de pas mal de force d’être à la base d’une énergie nouvelle. […] La radio était redevenue comme celle des Fifties et la radio alternative que nous avions bâtie dans les années 60 était en train de devenir très commerciale et programmée comme un vulgaire Top 50 ». Certes, la poésie chantée n’est pas en elle-même une nouveauté : portée par le folk ou la protest song chères à Joan Baez ou à d’autres Bob Dylan, c’est même un exercice de style qui fut bien rôdé pendant la décennie écoulée. Mais en ce début des années 70, ce qui distingue Patti des autres chanteuses c’est son allure androgyne et dégingandée, son parler franc et lascif, ses allusions tantôt sans détour tantôt éthérées… Tout un paradoxe ! Qui attire ou qui rebute mais qui est loin de laisser indifférent. Son accent rugueux et ses intonations masculines, Patti les revendique comme marque de fabrique : […] « Oui, je suis juste une fille du Jersey. […] J’y ai appris à danser vraiment bien… il y a pas mal de trucs familiers que j’ai piqué de là-bas, y compris mon mauvais langage. Même si mon père était un intellectuel, je voulais faire pareil que les enfants qui étaient avec moi à l’école c’est pourquoi je n’ai jamais appris intentionnellement à bien parler, même si je le regrette maintenant parce que ça handicape parfois mon travail. Je pensais que ça ne me servirait pas sur la piste de danse alors à quoi bon ça pouvait servir ? »[…] (in Interview, 1973)

Après s’être essayée à la scène en faisant la première partie des New York Dolls et fréquenté les endroits les plus branchés (Club CBCG, Max’s Kansas City, Mercer Arts Center), Patti toujours accompagnée de son acolyte Lenny Kaye multiplie les représentations, glissant progressivement de la lecture poétique aux concerts de rock proprement dits. Manque à cela d’autres musiciens pour former ce groupe en gestation. Chose faite en Novembre 1973 où le guitariste Ivan Kral et le batteur Jay Dee Daugherty se joignent à Smith et Kaye sur la scène du « Rock’n’Rimbaud ». Avec l’arrivée du pianiste Richard Sohl quelques mois plus tard, le Patti Smith Group est né.

Tout va alors très vite s’enchaîner. Managé par Jane Friedman, pour qui le rock business n’a pas de secrets, la formation rentre en studio courant 1974 pour y enregistrer son premier single « Piss Factory/ Hey Joe » sur le label Mer Records, financé entre autres par Kaye et Mapplethorpe. Un titre de leur composition et une reprise d’un des plus grands standards du rock que Patti a modernisé en y incorporant un couplet sur l’enlèvement de Patti Hearst : […] « Patti Hearst, tu te tiens là devant le drapeau de l’Armée Symbionese de Liberation, avec tes jambes étendues, je me demandais si tu aurais apprécié de passer chaque nuit avec un révolutionnaire noir et sa femme… » […]. Après avoir écumé les salles de concert et autres bars dans l’espoir de se faire un nom, le groupe commence peu à peu à se faire remarquer. Auprès d’un public grandissant tout d’abord, puis de Clive Davis, président du label Arista Records en particulier. Le producteur qui lui fait défaut, le groupe le trouve en la personne de John Cale, l’un des musiciens du célèbre Velvet Underground. Le ton est donné pour un premier album. Enregistré et remixé par Bernie Kirsh, « Horses » sort en novembre 1975. Si son succès commercial reste modeste (il se place 47e au Top 100 US des albums Pop), son impact réel en a été bien plus important. Posant les bases de la rythmique punk, « Horses » sonne également blues et motown (cf le titre phare « Gloria »), jazz (« Birdland ») et même reggae (« Redondo Beach » et « Free Money »). La poésie, Patti s’y attaque d’un point de vue presque surréaliste sur les deux morceaux « Birdland » et « Land ». Beau début pour deux morceaux qui totalisent presque 20 minutes à eux seuls !

© Angelo Cricchi

Après un début acclamé par le public et une couverture qui s’inscrira dans la mémoire comme l’un des plus légendaires portraits rock (merci la photo N&B de Mapplethorpe), Patti Smith et son groupe entame une tournée éreintante qui les mènera des Etats-Unis à travers toute l’Europe. A peine revenus chez l’Oncle Sam que ceux-ci commencent à enregistrer les chansons de leur nouvel album « Radio Ethiopia », dont la sortie est prévue pour octobre 1976. Produite cette fois-ci par Jack Douglas, la nouvelle mouture est supposée écraser le succès du premier. Malgré toutes ces bonnes intentions, Radio Ethiopia est bien moins accueillie que son prédécesseur chez la critique comme les fans. Inspiré, ambitieux, expérimental pour certains, auto-complaisant, fade et manquant de structure musical pour d’autres, R.E n’arrive pas à hisser des chansons telles que « Pissing in A River », « Ain’t It Strange » ou « Radio Ethiopia » à la hauteur de tubes. Encaissant le coup, Patti et sa bande repartent de plus belle sur la route pour assurer la promotion de l’album. Ironie du sort, celle-ci tombe de scène en plein show à Tampa et se brise accidentellement deux vertèbres dans le coup… Forcée d’entreprendre une longue période de convalescence, l’artiste ne baisse cependant pas les bras et consacre son temps libre à l’écriture d’un nouveau recueil de poésie, Babel, sans perdre de vue son prochain retour sur scène. Celui-ci coïncidera avec la sortie d’ « Easter » deux ans plus tard, qui restera son plus grand succès commercial. Son titre leader « Because The Night » déferle sur la planète et la fait découvrir à un public qui ne la connaissait pas encore. Outre ce titre classé 13e au Billboard US, l’album s’inscrit dans l’air de l’époque et privilégie les riffs agressifs (« Rock N Roll Nigger », « Babelogue »).

Pour les ballades romantiques, il faudra encore attendre l’album suivant « Wave » sorti dans les bacs en 1979. En signant des titres comme « Frederick » ou « Dancing Barefoot », Patti semble préparer ses fans à sa prochaine retraite. Elle a en effet rencontré l’homme qui deviendra son mari l’année suivante, Fred « Sonic » Smith, ancien guitariste du groupe MC5. Patti veut prendre du temps pour elle et se centrer sur la famille qu’elle est sur le point de fonder, aussi décide-t-elle de quitter temporairement son groupe. Deux enfants plus tard (Jackson et Jesse), celle-ci revient sur la scène qu’elle avait délaissée pendant près d’une décennie avec la sortie de « Dream of Life » en 1988. Cette fois salué par la critique, l’album malgré des titres de bonne facture tels que « People Have the Power » ou « Paths That Cross » n’a malheureusement presque aucune retombée commerciale. Mauvais départ pour la première collaboration du couple qui avait pourtant essayé de renouveler l’univers musical du groupe en s’attaquant par exemple à des berceuses pour enfants (« The Jackson Song »)…

Le come back de Patti quelque peu compromis, celle-ci n’en décide pas moins de retourner à ses premiers amours et publie de nouveau deux ouvrages : Early Work, florilège de ses premières réalisations poétiques, Wool Gathering, avant de s’attaquer à l’écriture d’un roman. Fred et Patti continuent également d’écrire à quatre mains les futurs morceaux du prochain album prévu pour l’année 1995. Même si leur travail n’est pas reconnu dans le présent, ils sont sûrs qu’il le sera dans le futur. Contre toute attente, la tableau s’assombrit ce 4 novembre 1994 avec la mort fulgurante de Fred, terrassé par un infarctus… Il faut croire que la loi des séries s’acharne sur la vie de la chanteuse : déjà totalement anéantie, Patti perd également son frère Todd dans les mêmes circonstances à peine un mois plus tard. Il lui faudra tout le soutien de ses amis Allen Ginsberg et Michael Stipe des R.E.M pour arriver à sublimer son chagrin dans le travail. Après avoir fait quelques dates avec Bob Dylan au cours de décembre 1995, la chanteuse retrouve ses compagnons de galère l’année suivante pour l’enregistrement de leur sixième album. Titre évocateur, Gone Again est un album où plane indubitablement l’ombre de la mort. Celle de son mari d’abord, qui trouve une résonance toute particulière sur les derniers morceaux qu’ils avaient composés ensemble (« Gone Again », « Summer Cannibals ») et celle également de ses proches : Todd Smith, Robert Mapplethorpe, Richard Sohl et Kurt Cobain, à qui Patti dédie la chanson « About a Boy ». Porté par la voix cristalline de Jeff Buckley sur certains des titres, Gone Again est un album très noir et nostalgique à valeur expiatrice et commémorative. Une atmosphère un peu plus sereine règne sur les deux albums suivants « Peace and Noise » et « Gung Ho » sortis respectivement en 1997 et 2002, même si Patti est désormais consciente que le bonheur n’est pas éternel.

Jesus died for somebody’s sins… but not mine

© Angelo Cricchi

Temps fort dans la carrière de l’artiste, « Land » est le best-of qui relancera le phénomène Patti Smith. Sortie courant 2002, la compilation revient sur l’indispensable de ses huit albums et réserve plusieurs surprises à ses fans inconditionnels comme des performances lives dont le fameux « Birdland » enregistré lors du concert parisien de 2001 ainsi que des démos et des titres inédits (pêle-mêle : « Redondo Beach », « Distant Fingers », « Wander I Go », « Higher Learning » et « Notes to The Future », qui donne de sérieuses indications sur le nouveau départ de l’artiste). Avec ce phénomène d’annonce, Patti ne pouvait espérer réaliser un meilleur coup : après avoir réussi à rallier ses fans quelques peu dispersés par sa carrière en dent de scies, celle-ci réalise la performance d’intéresser un public jeune qui met désormais un nom sur ses chansons. Fort de ce constat, l’artiste persiste et signe. Sorti le 148e jour de la naissance d’Arthur Rimbaud sous l’étiquette Columbia Records (le label de Bob Dylan !), Trampin’ est l’album de la transfiguration. Recentré sur l’esprit revendicatif de ses débuts Smith y signe de belles chansons, alternant tour à tour entre positivisme (« My Blakean Year », « Peacable Kingdom ») et radicalisme (« Radio Baghdad », diatribe anti-Bush de 12 minutes).

Le glissement du « je » au « nous » renoue définitivement les liens qui unissaient Patti à ses fans, lesquels comprennent tacitement qu’ils n’en ont pas fini d’entendre parler d’elle ! De nouveau sur le devant de la scène pour crier haut et fort les injustices, les compositions de la chanteuse prennent des sonorités politiques. Après que le Parti Vert se positionne en lice dans la campagne présidentielle américaine de 2000, Patti y apporte tout son soutien en transformant son « People Have the Power » en hymne écologiste à dimension universelle. Egalement farouchement opposée à la politique israélienne et pro-Bush, l’artiste récidive en septembre 2006 dans la catégorie « protest song » : tandis que « Qana » dénonce l’attaque aérienne du village libanais éponyme, « Without Chains » charge la condamnation du présumé terroriste Murat Kurnaz dans la tristement célèbre base de Guatanamo. Dans l’interview qu’elle accorde le même mois à The Independent, Patti explique le pourquoi du comment : « J’ai écrit ces deux chansons directement en réponse aux événements qui m’ont outragée. Ce sont des injustices pour les enfants ainsi que les jeunes hommes et femmes qui sont actuellement incarcérés. Je suis américaine, je paye des impôts en mon nom et l’Etat donne des millions et des millions de dollars à des pays comme l’Israël qui fabrique des bombes et de la technologie défensive pour ensuite les balancer sur des civils à Qana. C’est intolérable. C’est une violation envers les droits de l’homme ». N.R : En terme d’humanité, Patti sait de quoi elle parle : quelques mois auparavant, le 19 mars 2006 plus précisément, celle-ci avait fait la clôture des jeux paralympiques de Turin en y donnant un concert mémorable.

Après une longue période d’errance, tant physique que spirituelle, Patti semble s’être remise dans les rails et avoir fait de la mort sa meilleure ennemie. Hommage aux artistes qui l’ont largement inspirée, Twelve, son dernier album (sorti le 24 avril 2007) pourrait paraître à première vue hétéroclite. Car comment réunir sur un même disque des artistes d’horizons aussi divers que Jimi Hendrix, Tears For Fears, Neil Young, les Beatles, Nirvana ou Stevie Wonder ? Impossible mais pas Smith ! Avec la reprise de classiques tels que « Are You Experienced ? », « Everybody Wants to Rule the World », « Helpless », « Within You Without You », « Smells Like Teen Spirits », « Pastime Paradise », sans oublier « Gimme Shelter « , « White Rabbit » ou « Smells Like Teen Spirits », l’enfant terrible du rock réussit un tour de force incroyable : garder l’esprit original des compositions en les interprétant avec une profondeur inégalée. Mention toute spéciale pour un « Changing of the Guards » où l’élève surpasse presque le maître Dylan. Un album à mettre entre toutes les mains pour découvrir ou redécouvrir cette grande dame introduite depuis peu au Rock’n’Roll Hall of Fame, récompense s’il en est Outre-Atlantique… N’ayez pas peur de rentrer dans l’univers mystico-esthétique de Patti pour ne plus jamais vous en départir.

(Les photos proviennent des sites http://www.pattismith.net/ et http://www.oceanstar.com/patti/)

Sites consultés :

* http://www.pattismith.net/
* http://www.myspace.com/pattismith
* http://www.oceanstar.com/patti/
* Wikipedia


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