Chanteuse rock

Toni Childs

A la sortie de son premier album, chroniqué entre autres médias par Rolling Stone, Steve Pond qualifiait la musique de Toni Childs d’« évocatrice et évanescente, le prétexte à s’immerger complétement et à se laisser dériver ». Avec son cocktail inédit et rafraîchissant de rock, pop et de sonorités africaines, Union (1988) a non seulement révolutionné le monde de la musique mais aussi la musique du monde. Tout semblait alors possible pour la chanteuse à la voix grave si caractéristique, qu’on voyait volontiers déjà rejoindre la cohorte des folkeuses américaines de renom, Suzanne Vega ou Tracy Chapman, en tête. Que s’est-il passé dans l’ascension presque trop parfaite de Toni Childs ? Cette chronique devrait vous en livrer la clé.


Le monde de la musique

Son premier cri, Toni le pousse le 29 octobre 1957 à Orange, Californie (USA). Et pourtant, c’est dans une multitude de petites villes de l’Arksansas, Oklahoma et du Kansas que la petite sera ballottée par ses parents. Catholiques fondamentalistes, ceux-ci interdissent à leurs enfants d’écouter du rock, de la pop ou même d’aller au ciné… Dyslexique non diagnostiquée, la gamine vit l’école comme un calvaire et se réfugie dans la musique, en imaginant des comédies musicales avant de se mettre, ado, à la pratique de la guitare et de la basse. A 15 ans, celle-ci s’enfuit du climat familial devenu trop répressif et enchaîne les petits boulots, dans le but ultime de devenir chanteuse.

Ainsi libérée du carcan familial, la jeune fille se découvre une passion pour David Bowie, Led Zeppelin, Pink Floyd et rejoint ses premières formations musicales dont les plus notables sont Berlin (ndlr : le groupe au mythique tube « Take My Breathe Away », thème musical de Top Gun) et plus tard son propre groupe, Toni and The Movers. Trop de liberté pour la chanteuse en herbe qui succombe un temps à l’alcool et à la drogue : après un court séjour en prison, la leader se défait de son groupe pour s’envoler vers l’Angleterre où elle se retrouve à travailler pour Island Music. A Londres, la place forte musicale où il fait bon d’être en ce début eighties, Toni multiplie les expériences musicales : David Rhodes, collaborateur de Peter Gabriel, Mike Cotzi (Shreikback), Martin Swaine (The Waterboys, World Party), Duncan Kilburn (The Psychedelic Furs) ou encore The Europeans (ndlr : avec lesquels elle collabore sur le single « A.E.I.O.U ») étant les précieux noms ajoutés à son carnet d’adresses.

Mais cette époque est aussi et surtout celle du début de la musique world. Une thématique qui va clairement influencer la jeune artiste, tellement même qu’à la signature de son contrat avec A&M Records en 1985, celle-ci sait déjà qu’elle en sera la base de son premier album. Signe du destin ? Le jour même où elle signe, la chanteuse emménage à Los Angeles avec le musicien David Ricketts du duo David And David, qui en plus d’en devenir le producteur associé, donnera le ton général de l’album en y allant de sa plume sur de nombreuses chansons.

Et la musique du monde

Fruit d’un travail de terrain de longue haleine (ndlr : Childs et Ricketts ont travaillé d’arrache-pied trois ans durant et sont partis jusqu’en Zambie et Swaziland pour en capturer les accents ethniques), Union sort en 1988. Enregistré entre Londres, Paris, L.A et l’Afrique, ce premier album est celui de la révélation. Et de la réussite la plus complète : critiques et public s’accordent pour faire de « Don’t Walk Away » et « Stop Your Fussin’ » de véritables hits. Chorales africaines, samba caribéenne, mêlés à un songwriting pop/rock : difficile voire quasi impossible de ne pas se laisser porter par la paix et tranquillité qui se dégagent de l’album. En plus de se classer en tête des charts, Union permettra à Childs d’ouvrir en première partie de Bob Dylan, son idole d’enfance et une nomination aux Grammy Awards pour la Meilleure Voix Féminine Rock!

Deux ans plus tard, c’est au tour de House of Hope d’apparaître, dont le titre éponyme figure sur la B.O. du film Thelma & Louise. Plus sombre que le précédent avec des thèmes abordant des sujets aussi graves que la maltraitance conjugale, l’inceste et les abus sexuels, l’addiction et la mort, l’album recèle pourtant de morceaux de bonne facture comme « I Want To Walk With You », « I’ve Got To Go Now » et « The Dead Are Dancing » mais peinent à convaincre le public, à part celui australien où le premier single est rapidement propulsé en hit. A&M refusant de lui accorder un nouveau contrat, c’est chez Geffen que Childs migrera, en signant The Woman’s Boat sur sa filiale DGC Records.

Hymne à la vie et surtout à la femme, The Woman’s Boat sort en 1994. Un son pop en diable et des titres qui n’y vont pas par quatre chemins (« Womb », « Death ») qui est l’œuvre de David Botrill, ingé son de Peter Gabriel, et qui se paye même le luxe d’inviter la star anglaise  en duo sur « I Met a Man » ainsi que le guitariste du groupe King Crimson, Robert Fripp. Qualifié au mieux « d’épique » par la presse magazine, l’album tout de même nominé une nouvelle fois aux Grammy en tant que Meilleure Performance Féminine Rock, n’atteint pas les objectifs prévus et Toni se retrouve une nouvelle fois sans label. Maigre consolation, son premier best of lancé en 1996 devient pourtant le 5e meilleur album vendu en Australie grâce à sa reprise du tube de Jimmy Cliff « Many Rivers to Cross ».

Garder la foi

Il faudra attendre plus d’une décennie pour que sa voix toujours aussi puissante se fasse de nouveau écho sur la scène musicale avec la sortie de Keep The Faith entre 2008 et 2009. Il faut dire qu’entre temps, la chanteuse a abandonné le show-biz (ndlr : celle-ci a été diagnostiquée porteuse du syndrome de Graves-Basedow) pour trouver retraite à Hawaii et s’improviser agricultrice biologique, tout en montant le projet caritatif « Dream a Dolphin » et en signant « Because You’re Beautiful », à la demande de Eve Ensler pour son documentaire Until The Violence Stops. Coup double pour Childs qui, en plus de gagner une amie (ndlr : la première rencontre entre la chanteuse et l’activiste dramaturge avait eu lieu à la fin d’une représentation locale des Monologues du Vagin en 2003) obtient la consécration de sa carrière en raflant en 2004, grâce à cette chanson, le Emmy Award for Outstanding Music & Lyrics ! Une véritable renaissance musicale pour l’artiste qui participera en partie à sa rémission, concomitante à la sortie de l’album.

Florilège de titres écrits dans les années 90, avant la découverte de sa maladie, débordant de vie dont le plus bel exemple : “Because You’re Beautiful,” Keep the Faith sort ainsi en 2009 sur le label 429 Records aux Etats-Unis (ndlr : 2008 pour le restant de la planète) pour le grand bonheur des fans, heureux de retrouver Toni sur le devant de la scène, et qui plus est, guérie. Renouant 20 ans après avec son ancien amour David Ricketts pour les besoins de la production, Keep The Faith est un recueil de 11 titres au fabuleux message d’espoir porté par son titre phare bien sûr mais aussi par d’autres chansons comme « When All Is Said and Done » et « One Life ». L’individuel comme l’universel s’y retrouvent dans cet album marqué par la prépondérance de la guitare acoustique, synonyme d’un retour et d’une approche artistique quasi organique.

“La meilleure partie de ce processus complet qui consistait à se dégager des ténèbres et réapprendre à embrasser la musique est simplement l’opportunité pour moi d’évoluer et de revenir à la base de mon projet. […] Rétrospectivement, c’est un voyage véritablement merveilleux dans le sens où je me sens maintenant tel un phénix renaissant de ses cendres, auparavant réduit à l’état de poussière et sortant de ce feu de forêt en meilleur santé et plus fort que jamais. Je l’en remercie car avec la sortie de Keep the Faith, tout ressemble à une nouvelle chance pour moi. Je vois cette aptitude à écrire, enregistrer et performer comme un merveilleux privilège » (http://www.429records.com/sites/429records/429news/tonichilds3.asp), se plaît à reconnaître Childs littéralement transfigurée par ces événements qu’elle a su dépasser avec philosophie. Quid de sa carrière maintenant ? Installée depuis peu en Australie, l’artiste prépare un nouvel album qui devrait être commercialisé cette année. Citizens Of The Planet, c’est son nom, est un opus pour le moins singulier car c’est en le pré-achetant que les internautes pourront participer au financement de celui-ci comme de sa tournée mondiale (avec 14 pays au total)… Souhaitons bon courage à Toni pour cette nouvelle aventure !

Toni Childs « Because You’re Beautiful »

Sources

Sites

http://www.tonichilds.com/
http://www.429records.com/sites/429records/429news/tonichilds3.asp
http://www.myspace.com/thetonichilds
http://www.allmusic.com

Articles
TONI CHILDS Keep The Faith : http://www.429records.com/sites/429records/429news/tonichilds3.asp
Toni Childs in Le rock dictionnaire illustré, Larousse (1997)
The Real Byron Bay Interviews Toni Childs : http://www.therealbyronbay.com.au/featured/the-real-byron-bay-interviews-toni-childs
Toni Childs – Because She Is Beautiful : http://www.getshotmagazine.com/2012/07/26/toni-childs-because-she-is-beautiful/

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