Artiste du mois Musique

Louis-Jean Cormier, Les Grandes Artères

Vive le Québec libre ! La Belle Province regorge d’artistes de talent. Louis-Jean Cormier, superstar dans ses terres francophones d’outre-Atlantique, s’exporte en France avec son nouvel album Les Grandes Artères, qui conserve l’héritage sonore de son époque Karkwa.

Louis Jean Cormier

Louis Jean Cormier, Les Grandes Artères

L’album s’ouvre sur le très folk Si tu reviens. Ce morceau qu’on commence à entendre sur nos ondes se fait nôtre au fil des écoutes. Il sonne comme un hiver rigoureux au coin d’un feu ouvert. Un brin de chaleur qui nous vient du froid, auquel on s’habitue, qui nous habite. Le deuxième titre, St Michel, nous surprend par ses mesures d’un arrière plan saturé, scandé d’une rythmique régulière. Là encore, on finit par ne plus oublier la voix et la batterie. Puis la Fanfare porte bien son nom avec son arrangement festif. Les morceaux se suivent, s’insinuent dans notre esprit… On n’aurait pas vraiment apprécié que Louis-Jean Cormier renonce à s’exporter. Son album intimiste a le léger parfum d’exotisme de ces québécois qui gardent leur accent même en chantant.

Là bas, Les Grandes Artères s’arrache. Karkwa était célèbre, Louis-Jean Cormier l’est encore plus. Avant l’interview à proprement parler, alors qu’on cherche une table dans un coin pour s’installer, il me relate mi amusé mi étonné son succès fulgurant, qui a tout de même un peu changé son quotidien. Depuis sa participation à l’émission La Voix (The Voice chez nous, rappelez-vous que les traductions des titres de film sont toujours spécifiques au Québec), certains magazines l’ont même bombardé au rang de sex-symbol ! Du coup, on l’a senti un peu déçu de voir un homme représenter Save My Brain, magazine avant tout féminin. Il n’empêche que la rencontre fut riche et sympathique.

A écouter : Si tu reviens, St Michel, La Fanfare, Faire semblant, Jouer des tours

Si tu devais te présenter en quelques mots ?

Je suis un sex-symbol québécois… (rires) Non, non n’écris pas ça ! Disons que je suis un auteur compositeur, artisan de la chanson francophone. Je fais du folk orchestral alternatif. On peut dire ça.

Peux-tu nous raconter tes débuts sur scène ?

Ca remonte à loin, à l’époque où j’étais chanteur du groupe Karkwa. C’était en 1998. On a fait quatre albums de chansons originales et un live, ça a été une belle ascension. Les Inrocks nous ont même classé meilleur groupe d’expression francophone. C’est peut-être un peu prétentieux de dire ça mais tout de même, c’est pas petit ! Puis au bout de quinze ans, j’ai voulu faire un album solo, qui a été une explosion vers un succès insoupçonné. C’est une route parallèle qui m’a catapulté vers un sommet que j’avais pas vu venir. Il a été premier des ventes de disques au Québec puis disque d’or dans les semaines qui ont suivi, puis il a gagné une victoire. Ensuite, on m’a proposé de devenir coach pour La Voix. Chez vous, vous appelez ça The Voice, je crois. L’annonce a un peu fait friser les oreilles des fans de Karkwa. Si c’est difficile de faire changer les choses de l’intérieur, ça a permis de soulever de la reconnaissance pour de nouveaux talents. Depuis, je passe dans de plus grands théâtres. Le tout est de rester sur le plancher des vaches, de ne pas devenir prétentieux.

Cela ne te fais pas un décalage quand tu viens en France ?

Le Québec est un territoire qui m’a adopté. Dans l’ordre, on a donc choisi de travailler le Québec de fond en comble, et j’y suis installé pour toujours. Pendant un moment, j’avais un peu perdu foi en l’export en France et c’était un peu idiot de ma part. J’avais un peu de jalousie pour certains amis comme Arcade Fire. Et plutôt que de rester passif à la maison, je me suis dit que c’était tout de même un territoire vachement peuplé de gens qui parlent la même langue que moi. Du coup, j’ai signé avec de plus petites boîtes, vigoureuses et rigoureuses. Je ne voulais pas signer avec une major, où ça aurait été histoire de compromis. Je suis un troubadour terre à terre. J’aime l’idée de faire mon chemin petit à petit, de ne pas être là que pour vendre du plastique.

Tu n’en est pas à ton premier album, comment as-tu envisagé celui-là ?

Je ne fais jamais de disque en toute connaissance de cause. Chez certains, faire un disque c’est une finalité en soi. Je préfère foncer la tête la première et passer au suivant quand c’est fini. Un disque, c’est une empreinte d’un moment. Mon écriture est à la fois thérapeutique et autobiographique. C’est un album de rupture parce que c’est ce que je vivais à l’époque, et c’est aussi ce que vivaient pas mal d’amis. J’écris de façon instinctive sans me poser de questions. Et certains titres ont été prémonitoires : il racontaient un idéal que j’ai obtenu.

Il y a un son très québécois, je trouve. Je pense à Monogrenade par exemple… Ca vient d’où ?

C’est marrant, parce qu’au moment où Monogrenade est sorti, ils étaient catalogués « Karkwa » ! Tout le monde peut y aller de son analyse. Mais on est une petite nation francophone, influencée par la musique nord-américaine. La façon de rocker est différente au Québec et en France. Et notre accent peut arrondir un peu les sonorités, ça amène la langue française à sonner de manière anglo-saxonne. Je trouve ça déplorable de voir des artistes francophones chanter en anglais. En poésie, on ne peut avoir une maîtrise absolue que dans la langue dans laquelle on rêve la nuit.

Louis-Jean Cormier

Comment choisis-tu tes thèmes d’écriture ?

Je suis un amateur de poésie en chanson qui dit quelque chose. L’inspiration peut venir des rêves, de la vie des autres… C’est à la fois abstrait et instinctif.

Plutôt scène ou studio ?

J’aime toutes les sphères de ma profession de manière égalitaire. Le studio est une usine à idées. Mais pour tout le monde qui aime les gens, le contact avec le public est super fort. Sur les grandes scènes tu reçois une dose d’amour, mais avec moins de proximité. Je vis très bien la tournée en Europe où je reviens à la case départ. L’autre jour, j’étais heureux de jouer aux Trois Baudets, où c’était plein.

Des projets à venir ?

J’ai du pain sur la planche ! La tournée solo s’est terminée avec le désir d’une vingtaine de dates dans de petits théâtres, pour me ramener à la terre. En fait, on aurait pu en faire en faire trois-cents comme ça. Les gens aiment tous avoir l’artiste pour eux, comme ça. Mais quand on a des enfants et qu’on est père célibataire comme moi, c’est difficile d’accepter d’être toujours en voyage. Ensuite, je compte faire un album complet de chansons. Puis j’ai mon activité d’animateur télé. J’aimerais bien un peu plus de télé en France, pour m’assurer de la visibilité. Bref, je suis prêt à fouler les planches.

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Notre magazine s’appelle Save My Brain. Suaver les cerveaux… Comment peut-on le faire ?

Ca serait plus simple si on méditait. Ca permettrait de se reconnecter, on passerait moins à côté du bonheur.

Peux-tu nous parler de tes derniers coups de cœur culturels ?

Oui ! Je pense à Blake Mills. C’est un auteur, compositeur, producteur et réalisateur qui fait des disques incroyables. Il a notamment travaillé avec Alabama Shakes ou Andrew Bird. Il me rend jaloux ! Sinon, il y a Philippe Brach. C’est un fou furieux de chanson qui raconte des choses sincères et déjantées. Autrement, Fred Fortin. C’est un auteur compositeur qui s’est créé une œuvre en marge de l’industrie. Il s’est forgé un public fidèle. C’est un peu comme si Claude Debussy et Stravinsky jouaient du Led Zep.

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