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Soviet Suprem, la révolution bolchévique de R.Wan

R.Wan, on le connaissait chez Java et en solo. Le voici maintenant qu’il se drape comme Depardieu dans une ambiance russe décadente. Ca s’appelle Soviet Suprem et on vous en a déjà touché deux mots. L’album L’international est maintenant dans les bacs.

Soviet Suprem L'international

L’album de Soviet Suprem s’appelle donc L’International. Oui, sans le ‘E’ à la fin. Inutile donc de s’attendre à voir R.Wan, par ailleurs leader de Java et auteur de l’album Peau Rouge, chanter le poing en l’air l’hymne communiste. Il faut vivre avec son temps et même si la jaquette fait la part belle au rouge, il n’a rien d’un manifeste d’intention. Il est international au sens premier du terme, traitant en rimes habiles de la crise grecque (Ruiné comme Athènes), tout autant que des émissions de télé crochet (voir le clip de Bolchoï).

Tout fout le camp donc. Comme beaucoup, Soviet Suprem croit maintenant mollement à la révolution bolchévique, malgré une nostalgie évidente de la Propaganda ou des goulags… A moins que ces mots ne soient choisis que pour leur sonorité soviétique. Aujourd’hui, la vision de la Russie a été définitivement déformée par le regard de Beigbeder, de Depardieu et d’Albert Brocolli qui y voient tour à tour un lieu de débauche, un paradis fiscal et une source inépuisable d’espions. Putes, cocaïne et méchants de James Bond : l’idéologie de L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, a salement morflé.

Puisque la Russie est devenue décadente, du mois dans l’esprit populaire, il fallait décader à fond, tel un sénateur Romain qui s’emmerde en Helvétie au point d’envoyer au fond du lac avec de poids aux pieds celui qui a perdu son petit bout de pain dans la fondue. La truculence est évidente avec la photo de cette femme gironde agenouillée dans la glace. Il en va de même avec les arrangements souvent lourds et balkaniques, qui rappellent les chansons de Miss Platnum sur le thème de l’obésité et de la surconsommation. Les chœurs swing puissants se posent à mi-chemin entre l’Armée Rouge (dont l’hommage est rendu à travers le titre Red Army) et Caravan Palace, pour créer une ambiance facile et immédiatement audible.

Derrière le tube facile se cache toutefois une certaine finesse. Fidèle à lui-même, R.Wan maîtrise les mots comme personne et trousse un bon paquet de textes intelligents et chiadés. C’est notamment le cas de Rongrakatikatong, dont le titre tend pourtant à rappeler les meilleurs heures des Bratisla Boys. Contrairement à Michaël Youn, R.Wan a choisi de donner du signifiant à sa farce slave, là où l’autre trublion préférait se lancer dans un album onomatopéïque, grand écart entre Queen et Assurancetourix, élevant la connerie au rang d’art. Bratisla Boys et Soviet Suprem ont toutefois en commun leur chorégraphie sautillante et leurs grimaces figées.

Soviet Suprem est à n’en pas douter une parenthèse dans la carrière de R.Wan. L’album n’a guère d’autre prétention que de faire rigoler et danser, ce qui n’est déjà pas mal. On attend maintenant un équivalent de Fatal Bazooka pour que la boucle soit bouclée.

A écouter : Rongrakatikatong, Soviet Suprem Party, Slow Slavic

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