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Guillaume Guéraud, écrivain insoumis et diablement attachant

En avril 2009, Save my Brain avait déjà évoqué l’auteur Guillaume Guéraud dans la BD « je mourrai pas gibier » illustrée par Alfred. Guillaume Guéraud vient d’écrire un roman pour adultes dans la collection La Brune « Baignade surveillée » qui  à l’évidence s’annonce comme un roman fort et incontournable.

Gueraud-Guillaume

Biographie :

Guillaume Guéraud a 41 ans, il est né à Bordeaux et vit à Marseille depuis 10 ans. Il a grandi dans une cité à Floirac près de Bordeaux où chômage et échec scolaire dominaient. Bon élève, il allait au cinéma voir des classiques, avec sa mère, et voulait devenir critique de cinéma. Après son bac, il entre à l’école de journalisme de Bordeaux et travaille à Sud Ouest, le journal de presse quotidienne régionale, en CDD. Au chômage à 24 ans, il décide d’écrire en roman, les histoires qu’il ne peut raconter dans les journaux et à 25 ans il sort son premier roman « Nique le Ciel », proche de son vécu dans la cité de sa jeunesse et où sont concentrées toutes les violences de son quartier. Ce premier roman qui était au départ un scénario pour le cinéma, mais par manque d’argent est devenu un roman noir pour ados, raconte la vie de jeunes exclus, issus du milieu populaire et d’origine étrangère et n’est pas un genre commun en littérature jeunesse ou générale sauf dans les polars.

Depuis Guillaume Guéraud a écrit plus d’une vingtaine de romans en édition jeunesse,  et des albums, aux éditions du Rouergue, dans la collection doAdo et Zig Zag, dont deux romans adultes dans la collection La Brune, mais également aux éditions Sarbacane, Thierry Magnier, Milan, Nathan, folio junior et Panama.

Guillaume Guéraud s’occupe également de la nouvelle collection Plan B chez Sarbacane, bouquins à mi chemin entre le comix et le roman graphique, courts récits d’action déjantés, westerns, films d’horreur, polars de seconde zone, histoires à l’eau de rose écrites par sa plume et illustré par un artiste de maintenant.

Guillaume Guéraud réalise également des petits films, petites leçons d’écriture qui sont publiées sur le site de partage youtube. Il s’agit d’autofilms dont les captations sont faites par téléphone portable, et met également sur sa chaîne des petits clips sur ses derniers titres.

 

Romans :

– Cité Nique-le-Ciel (Éditions du Rouergue – 1998)
– Chassé-Croisé (Éditions du Rouergue – 1999)
– Les Chiens écrasés (Éditions du Rouergue – 1999)
– Coup de sabre (Éditions du Rouergue – 2000)
– Affreux, sales et gentils (illustré par Martin Matje) (Nathan – 2000)
– La Plus belle fille de la planète (illustré par Frédéric Rébéna) (Milan – 2001)
– Dernier western (Éditions du Rouergue – 2001)
– Apache (Éditions du Rouergue – 2002)
– Arrête ton cinéma ! (illustré par Henri Meunier) (Éditions du Rouergue – 2003)
– Ça va déménager (Éditions Thierry Magnier – 2003)
– Couscous Clan (Éditions du Rouergue – 2004)
– La Plus belle fille de mes rêves (illustré par Benjamin Samson) (Milan – 2005)
– Manga (Éditions du Rouergue – 2005)
– Je mourrai pas gibier (Éditions du Rouergue – 2006) (Adapté en BD par Alfred – Delcourt – 2009)
– La Plus belle fille de tous les temps (illustré par Laurent Richard) (Milan – 2007)
– Ça va mal finir (Éditions Thierry Magnier – 2007)
– La Brigade de l’Œil (Éditions du Rouergue – 2007) (Éditions Folio SF – 2009)
– La Grande bagarre (illustré par Olivier Balez) (Milan 2008)
– Le Contour de toutes les peurs (Éditions du Rouergue – 2008)
– Ça va valser (Éditions Thierry Magnier – 2009)
– Déroute sauvage (Éditions du Rouergue – 2009)
– Sans la télé (Éditions du Rouergue – 2010)
– Anka, roman (Éditions du Rouergue coll. DoAdo Noir 2012)

Albums :

– La Belle est la bête (illustré par Claire Franek) (Éditions Thierry Magnier – 2002)

– Ma rue (illustré par Anne Von Karstedt) (Éditions du Rouergue – 2004)
– Arc-en-Fiel (illustré par Goele Dewanckel) (Éditions du Rouergue – 2004)
– Va savoir comment (illustré par Régis Lejonc) (Éditions Sarbacane – 2006)
– Raspoutine (illustré par Marc Daniau) (Éditions du Rouergue – 2008)
– Oméga et l’ourse (illustré par Beatrice Alemagna) (Éditions du Panama – 2008)

 

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Ecriture :

Les romans de Guillaume Guéraud sont toujours d’actualité, ils ne prennent pas une ride.

Au travers de ses romans, Guillaume Guéraud pose des questions, expose des problèmes dont il n’a pas la solution, à part faire la révolution. Il invente des histoires avec des situations problématiques en espérant que ça ouvre les yeux des lecteurs. Il sait mettre avec talent des personnages qu’il mène au bout d’une histoire et dans lesquelles ses personnages sont toujours en lutte pour se sortir de quelque chose et portés par la violence, ce sont des anti-héros, écrasés par la misère, l’exclusion et la violence sociale.

Ses livres du début racontent des choses vécues dans son quartier, son entourage, sa culture politique, dans lesquels se dégage une spontanéité et un franc parler, où souvent les adolescents découvrent l’injustice et la violence. Nostalgique de ses années d’adolescence, l’âge des extrêmes, des découvertes, de l’amour de l’injustice et la violence, Guillaume Guéraud a un vrai talent pour restituer les choses de la vie face à un monde violent. Ses romans dans les collections ados s’adressent tout aussi bien à un public adulte.

Une des meilleures plumes jeunesse, il est aussi et surtout un auteur incontournable pour ses textes percutants, pertinents et singuliers. Guillaume Guéraud est le maître incontestable pour ses textes forts, et toujours maîtrisés, au style vif, où la justesse de l’écriture incisive, sait donner de l’épaisseur à ses personnages, et dont la plume efficace et déterminée raconte des tranches de vie dans lesquelles il décortique les émotions et les relations humaines.

Guillaume Guéraud a une rare puissance d’écriture qui en fait sa particularité et son talent.

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« Baignade Surveillée » est le deuxième roman pour adultes de Guillaume Guéraud

Arnaud, le narrateur, part en vacances à l’océan sur le Bassin d’Arcachon avec sa femme Estelle, et leur fils Auguste, 9 ans. Ils vont passer quelques jours au camping au Cap Ferret, quand surgit Max, le frère d’Arnaud, au passé chaotique. Au travers de ce huit clos étouffant, Guillaume Guéraud raconte l’enfance des deux frères entre la cité de Bordeaux et les vacances au Cap Ferret dans un cabanon familial, puis les deux frères se sont séparés : le narrateur travaille aux dockers à Marseille, son frère Max, qui a mal tourné, est un ancien taulard qui a suivi une formation de grutier pour travailler sur les chantiers. Le couple formé par le narrateur et Estelle est un couple à la dérive, où passion et désir ne sont plus là, la routine s’est installée. L’arrivée de Max est annonciatrice d’un drame qui touchera chacun des personnages.

Dans ce roman noir, Guillaume Guéraud pose un regard juste sur les liens fraternels en évoquant les relations du couple, et la fin de la relation amoureuse du narrateur, ainsi que la relation entre les deux frères que tout oppose alors que l’enfance a créé des liens indestructibles entre eux. L’auteur sait bousculer les certitudes et creuse l’humain en profondeur en maniant avec dextérité les ressentiments et la tendresse. Ses personnages sont empreints d’une intensité émotionnelle. Son roman fort et émouvant est mené par une plume acérée, avec des dialogues au scalpel, à la narration maîtrisée, au script serré où les plans cinématographiques s’enchaînent sans temps mort. Dans cet univers violent et touchant, Guillaume Guéraud raconte l’histoire d’une vie qui vole en éclats, dans lequel l’iode, le bois des pins, les embruns, le sable, les vagues de l’atlantique, la chaleur écrasante d’un mois d’août et en toile de fond la Dune du Pyla et le Cap Ferret portent le lecteur dans cette histoire particulière et forte, une histoire qui prend aux tripes, comme toujours dans les romans de Guillaume Guéraud, et dont la virtuosité de son auteur est remarquable.

 

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Guillaume Guéraud est également un écrivain révolté et engagé comme le démontre le texte suivant qu’il a récemment publié en février 2014, suite à la mise à l’index du livre « Tous à Poil »:

« Pervertir la jeunesse est un devoir »

« Dans un pays où un livre est désigné comme une menace par un homme politique à la ramasse, dans un pays où la liberté d’expression est mise en danger par des grappes de parents dérangés, dans un pays dont les dirigeants considèrent que le principal objectif est la relance de la croissance économique et pas celle des idées, dans un monde dont le slogan permanent résume le bonheur à la consommation, dans un monde où accélérer-écraser-conquérir est un modèle de réussite, dans des rues où l’intolérance des cons gagnent du terrain sur tous les fronts, dans des rues où les affiches exposent des canons de beauté lisses et interchangeables retouchés sur photoshop, dans ces rues-là, dans ce monde-là, dans ce pays-là, si pervertir la jeunesse correspond à lui proposer autre chose, alors pervertir la jeunesse est le devoir de chaque auteur, chaque illustrateur, chaque créateur, avec ses mots, ses pinceaux, ses images et toutes les armes dont il dispose, pervertir la jeunesse dans son ensemble, aussi bien celle abandonnée qui reste scotchée devant Grand Theft Auto que celle qui est élevée les yeux fermés devant l’Origine du monde de Gustave Courbet, aussi bien la jeunesse qui n’a jamais mis les pieds en Italie que celle qui a visité la Chapelle Sixtine en baissant la tête, la jeunesse qui montre son cul en riant comme celle qui atteindra l’âge adulte sans voir l’ombre d’une bite ou d’une chatte, même si cette jeunesse immaculée-là n’existe pas, évidemment, « Couvrez ce sein que je ne saurais voir ! », même Jean-François Coppé devait regarder sa bite à quatre ans et demi en se posant des questions, avec ou sans livre, avec ou sans vulgarité, avec ou sans humour, mais il se trouve que Tous à poil ! de Claire Franek et Marc Daniau est un livre sans vulgarité et plein d’humour, il mérite d’avoir sa place dans chaque classe, chaque librairie, chaque bibliothèque, en toute liberté, envers et contre toutes les envies immatures de censure, parce que pervertir la jeunesse est une nécessité, pour lui ouvrir les yeux sur la réalité et sur d’autres possibilités, alors que c’est malheureusement trop tard pour les adultes. »

Guillaume Guéraud

 

 

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