Culture et confiture

Depuis quand les prêtres catholiques sont-ils célibataires ?

Lors du repas du nouvel an que je passais avec des amis musulmans, un débat théologique intéressant est survenu et nous sommes arrivés au sujet du célibat des prêtres catholiques. Etant minoritaire dans l’assemblée, j’entrepris d’expliquer le pourquoi du comment (en dépit d’un taux d’alcoolémie déjà fortement prononcé) et quelle ne fut pas ma surprise de voir que beaucoup de gens en ignorent la raison. Aussi, maintenant que j’ai dessoûlé, je vais m’atteler à la cause sainte qui consiste à vous éclaircir les synapses !

DEPUIS QUAND LES PRÊTRES CATHOLIQUES SONT-ILS CÉLIBATAIRES ?

Depuis plusieurs années, la question du célibat des prêtres est souvent évoquée comme raison première du déclin des vocations et de la désertification des églises. Le plus surprenant, c’est que l’Eglise a autorisé le mariage de ses prêtres.

Les premiers siècles qui suivirent la crucifixion de Jésus ne sont pas riches en sources écrites. Le christianisme était une religion interdite, souvent martyrisée, et encore marginale. Il y a peu ou pas de traces écrites objectives sur l’histoire de l’Eglise à ses débuts. Son passage au statut d’Eglise officielle de l’Empire romain au IVe siècle l’a fait se stabiliser. Jusque là, la tradition orale voulait que les prêtres suivent les exemples des apôtres, qui avaient (selon le Nouveau Testament) quitté leurs femmes (pour ceux qui en avaient) afin de suivre le Christ. Le but était de montrer que l’amour de Dieu était plus fort que les basses attirances charnelles de ce monde, mais aussi de montrer au peuple que les prêtres étaient des hommes capables de résister à ses dernières.

Pourtant dans les siècles qui suivirent, la règle (qui en fait, n’en est pas une) s’assouplit, puisqu’il y a de nombreuses traces de prêtres mariés, qui vivent avec leurs familles. Le célibat n’est pas une obligation, même si il est fortement déconseillé, afin de pouvoir se rapprocher de Dieu. Cependant, les prêtres ne renoncent pas facilement au célibat. Sinon pourquoi l’Eglise s’est elle sentie obligée d’édicter des lois dures contre le mariage des prêtres ?

Toute une série de décisions pontificales vont mettre un terme au mariage des prêtres. L’offensive est menée par le pape Grégoire VII (pape de 1073 à 1085), auteur de la réforme dite « grégorienne », première grande réforme de purification de l’Eglise. Ancien moine, pour qui le célibat et la chasteté sont des règles de vie auxquelles on adhère en entrant dans les ordres, il souhaite des prêtres entièrement dévoués à l’Eglise. Mais la réforme attire l’animosité des rois de France et d’Angleterre, ainsi que de l’empereur germanique qui soutiennent leurs évêques refusant d’appliquer cette réforme. Cette dernière est enterrée, le pape entrant en conflit politiquement avec l’empereur.

Le second coup est porté au mariage des prêtres par le concile du Latran de 1123, convoqué par le pape Calixte II (pape de 1119 à 1124). Un concile est une assemblée d’évêques catholique qui définit les lois de l’Eglise. Ce concile interdit le concubinage des prêtres, même de ceux qui ont été mariés avant leur ordination.

Enfin, le coup de grâce est porté par le 2è concile de Latran en 1139, convoqué par Innocent II (pape de 1130à 1143). Les canons 6,7 et 11 déclarent nuls et invalides les mariages contractés par les clercs. Depuis le célibat des prêtres est la règle au sein de l’Eglise catholique, qui est la seule d’ailleurs préconisant cette règle. Il est en effet difficile de comprendre l’application de cette règle, surtout si les prêtres prônent partout que Dieu est amour.

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1 Comment

  • Reply
    DarkGally
    12 janvier 2013 at 11:26

    D’ailleurs, le pape a dû rappeler cette règle dans tous les conciles suivant de Latran IV en 1215 (le concile le plus marquant de l’histoire chrétienne), à Trente ou même Vatican…parce que c’était plus ou moins appliqué (et moins que plus). De même, les autres règles des conciles que tu évoques sont l’interdiction d’aller picoler dans les tavernes et de faire leur job dans leur église plutôt que d’encaisser l’argent et en payant quelqu’un et bosser à leur place (pratique si répandue que ça a mené beaucoup de gens au protestantisme au XVIème s)

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