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Emmanuel CARRERE, écrivain du réel

Ecrivain, scénariste, dialoguiste et réalisateur français, petit-fils d’immigrés russes, Emmanuel Carrère est né à Paris le 9 décembre 1957. Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, il est le fils de Louis Carrère et d’Hélène Carrère d’Encausse, soviétologue et académicienne.

Critique de cinéma pour Positif et Télérama, Emmanuel Carrère écrit son premier livre en 1982 « Werner Herzog », puis il publie son premier roman « l’Amie du Jaguar » chez Flammarion en 1983. Ensuite il publie des romans, des essais, des récits chez POL ditions. En 2010, il est membre du Jury des longs métrages du festival de Cannes présidé par Tim Burton. Emmanuel Carrère a également écrit, et co-scénarisé plus d’une dizaine de téléfilms, trois films et tourné deux documentaires.

Ecriture :

Enfant, Emmanuel Carrère est un petit garçon chétif, très bon en français et qui lit beaucoup de livres, et se met à écrire. Longtemps, l’écriture a été pour Emmanuel Carrère un territoire de la dépression, de l’angoisse, un moment douloureux. Avec le temps, l’écrivain a acquis davantage de souplesse avec cet exercice et prend plaisir à écrire. Ecrivain du réel, Emmanuel Carrère n’invente rien et revendique l’utilisation du style romanesque pour décrire le « vrai », et se montre farouchement attaché à une forme d’authenticité. Il a la volonté de raconter une histoire en faisant un travail de narration et en utilisant les procédés romanesques. Emmanuel Carrère a le talent de bien raconter les histoires. La singularité de ses films et de ses livres, est le fait que concerné directement ou pas, tout ce qu’il raconte, est toujours montré à travers la façon dont cela le touche, dont cela nourrit son imaginaire. Au travers de ses livres, Emmanuel Carrère a ce don, cette intelligence et cette force de lire la réalité comme un roman et de lui rendre justice le temps d’un livre, avec sincérité.  Emmanuel Carrère a des qualités littéraires, dans lesquelles précision, supspense et sobriété sont le sel de son écriture. C’est un romancier redoutable, amateur d’intrigues apparemment anodines qui dévoilent les abîmes de la perversité, ses livres sont habités par la folie, le secret, l’insaisissable vérité des êtres et du monde. Emmanuel Carrère s’empare de faits divers, il prête sa plume à des individus croisés dans la vie, se penche souvent sur des destins hors du commun, et possède ce talent de rendre intéressant chaque vie qu’il décide de raconter. Cet écrivain authentique raconte des récits de vie. C’est un écrivain rare et fascinant dont le regard, qui est sa touche personnelle dans son écriture, fait de lui un des meilleurs écrivains français contemporains.

Biographie :

Romans : aux éditions Flammarion « l’Amie du Jaguar » en 1983 ; aux éditions POL : « Bravoure » en 1984 ; « La Moustache » en 1986 ; « Hors d’Atteinte » en 1988 ; « La Classe de Neige » en 1995.

Essais : aux éditions Ediling « Werneg Herzog » en 1982 ; aux éditions POL : « Le Détroit de Behring » en 1986 ; aux éditions Seuil : « Je suis vivant et vous êtes mort » en 1993

Récits : aux éditions POL : « L’Adversaire » en 2000 ; « Un Roman Russe  » en 2007 ; « D’autres Vies que la Mienne » en 2009 et « Limonov » en 2011.

Films, téléfilms et documentaires :

films : « La Classe de Neige » de Claude Miller en 1998 ; « L’Adversaire » de Nicole Garcia en 2002 ; « La Moustache » de Jérome Beaujour en 2005

téléfilms : « Léon Morin, prêtre » de Pierre Boutron, d’après le roman de Béatrix Beck en 1991, « Monsieur Ripois » de Luc Béraud, d’après le roman de Louis Hémon en 1993 ; « Le Blanc à Lunettes » d’Edouard Niermans d’après le roman de Georges Simenon en 1995 ; « Les Clients d’Avrenos » de Philippe Venault, d’après le roman de Georges Simenon en 1996 ; « Pêcheur d’Islande » de Daniel Vigne, d’après le roman de Pierre Loti en 1996 ; « Denis »  co-écrit et réalisé par Catherine Corsini en 1998 ; « Désiré Landru » co écrit avec Jérôme Beaujour, de Pierre Boutron  en 2005, « Sous les Vents de Neptune » de Josée Dayan, d’après le roman de Fred Vargas en 2008 ; « L’Homme aux Cercles Bleus » de Josée Dayan, d’après le roman de Fred Vargas en 2009 ; « L’Homme à l’Envers » de Josée Dayan en 2009, d’après le roman de Fred Vargas ; « Un Lieu Incertain » de Josée Dayan, d’après le roman de Fred Vargas en 2010 ; « Fracture » d’Alain Tasma, d’après le roman de Thierry Jonquet en 2010.

Documentaires : en 2003, « Le Soldat Perdu » reportage pour Envoyé Spécial, et « Retour à Kotelnich », ville russe qui est à la fois le lieu d’une enquête policière et d’une réflexion sur l’identité.

Prix :

Prix Passion pour « Bravoure » en 1984

Prix Littéraire de la Vocation pour « Bravoure » en 1985

Grand Prix de l’Imaginaire pour « Le Détroit de Behring » en 1987

Prix Kléber Haedens pour « Hors d’Atteinte » en 1988

Prix Fémina pour « La Classe de Neige » en 1995

Prix Marie-Claire du Roman d’Emotion, Prix des Lecteurs de l’Express et Prix Crésus pour « D’autres Vies que la Mienne » en 2009

Globe de Cristal pour « D’autres Vies que la Mienne » en 2010

Grand Prix de Littérature Henri Gal de l’Académie française pour l’ensemble de son oeuvre

Prix de La Langue Française en 2011

Prix Renaudot pour « Limonov » en 2011

Livres :

« Werner Herzog » est la biographie du réalisateur, acteur et metteur en scène, né le 5 septembre 1946 à Munich en Allemagne, de son vrai nom Werner Stipetic. Les tournages de Werner Herzog sont réputés pour être souvent de véritables aventures,  à cause des colères spectaculaires de l’acteur Klaus Kinski, son acteur fétiche, mais également de la nature dangereuse, comme l’un de ses films tourné en forêt amazionienne.

« L’Amie du Jaguar », premier roman d’Emmanuel Carrère. C’est l’histoire d’un scénariste de Hollywood qui imagine en rêve la plus originale des histoires. Commu un roman policier, à partir d’éléments divers, Emmanuel Carrère construit une histoire où suspense, imprévus et rebondissements témoigne de l’aisance prometteuse d’une jeune romancier.

« Bravoure » au début de l’été 1816, Lord Byron se retrouve au bord du lac de Genève avec son médecin Polidori, le poète Shelley et sa très jeune épouse Mary. Pour s’amuser, Lord Byron propose que chacun écrive un récit terrifiant.

« La Moustache », ce troisième roman d’Emmanuel Carrère raconte l’histoire de Marc, âgé de 30 ans, qui décide un jour de se raser la moustache, pour surprendre sa femme et ses amis. Or personne ne remarque son geste. Marc, troublé, pense que sa femme et ses amis montent un coup contre lui le tuer, une sorte de conspiration, et d’hypothèses en hypothèses, Marc doute de tout, pense qu’il est fou. Cette moustache enlevée entraîne un désordre dans sa vie. Emmanuel Carrère a l’art d’écrire l’angoisse dans un style glabre pour que le roman soit plus efficace.

« Le Détroit de Behring » est un essai sur l’uchronie ou la réécriture de l’histoire à partir de la modification d’un évènement dont la réalité ne souffre d’aucun doute.

« Hors d’Atteinte » raconte l’histoire de Frédérique, professeur de collège, qui vit avec son fils Quentin. Séparée de Jean-Pierre son mari, Frédérique a une passion : la roulette.

« Je suis vivant et vous êtes mort » est la biographie romancée de Philipe K. Dick, auteur de science-fiction, dans laquelle Emmanuel Carrère raconte comment Philippe K. Dick écrit ses livres. C’est une plongée dans la vie d’un auteur déjanté et génial, dont Emmanuel Carrère décrit, entre névroses et paranoïa, l’imagination créatrice hors du commun de Philippe K. Dick, obsédé par une question récurrente « sommes-nous réels ? », et mêlant étroitement la vie et l’oeuvre du grand romancier de sicience-fiction. Emmanuel Carrère dresse le portrait d’un homme tourmenté, mais attachant et qui aura été victime d’une imagination délirante. Il raconte toute sa vie dans les moindres détails, décrivant son enfance, ses parents, ses épouses, la drogue, mais aussi ses monologues intérieurs, ses obsessions, les questions sur sa propre identité, sa paranoïa, le syndrôme de persécution dont il souffrait. Emmanuel Carrère écrit « un roman dont Philippe K. Dick est le héros ». En se plongeant dans la vie de Philippe K. Dick, Emmanuel Carrère donne des lectures d’un certain nombre de nouvelles et de romans importants de Philippe K. Dick. Dans un style très vif, Emmanuel Carrère fait de cette vie, une biographie aussi passionnante qu’un roman.

« La Classe de Neige ». Nicolas, garçon sensible et solitaire, fait des cauchemards. Il part en classe de neige, et son père, représentant en prothèses, l’accompagne. Mais lorsque son père le quitte, Nicolas s’aperçoit qu’il a oublié son sac dans le coffre de la voiture de son père, dont il n’aura plus de nouvelles. Un petit garçon du village voisin a été victime d’un sadique, ayant la même voiture que le père de Nicolas. Nicolas va alors affronter le monde réel. D’un récit maîtrisé dans lequel Emmanuel Carrère dépose des indices de doute, le lecteur sent qu’une menace plane sur Nicolas. Emmanuel Carrère nous plonge d’emblée dans un récit à l’ambiance malsaine, dont l’étau se resserre, l’écrivain arrive à inquiéter le lecteur, sans tout expliquer.

« L’Adversaire », le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand assassine sa femme, leurs deux enfants, le chien, ses parents et se suicide, en vain. En 1996, il est condamné à la réclusion à perpétuité. A travers ce récit, Emmanuel Carrère reconstitue cette histoire d’un médecin renommé, bon père de famille et gendre idéal, qui a menti durant 18 ans, devenant un imposteur et un assassin. Emmanuel Carrère s’intéresse au mystère de cet homme aux multiples visages et cherche à comprendre ce qui le touche dans ce drame, composant ainsi un récit troublant et bouleversant. Emmanuel Carrère correspond avec Jean-Claude Romand, va le voir en prison et assiste à son procès.

« Un Roman Russe » Emmanuel Carrère mène une enquête sur un soldat hongrois disparu en 1944 et retrouvé 56 ans plus tard dans un hôpital psychiatrique russe à Kotelnitch. Emmanuel Carrère assimile cette histoire à la disparition de son grand-père maternel, émigré georgien, disparu. Son grand-père, qui à la fin de l’occupation, a travaillé comme interprète pour les allemands, pendant un an, qui est arrêté à Bordeaux, en plein chaos de la libération, par des inconnus, pour des faits mineurs de collaboration. Emmanuel Carrère part pour Kotelnitch, où l’assassinat d’une femme et d’un enfant par un fou, va le replonger dans le monde de la folie. Ce récit d’un faits divers, et d’une passion amoureuse, est une quête des origines, dans lequel l’auteur affronte ses fantômes familiaux. C’est un roman russe et une oeuvre autobiographique à la fois dense et captivante dans laquelle Emmanuel Carrère restitue avec talent la complexité d’un homme dont la vie ressemble à ses livres.

« D’Autres Vies que la Mienne » est un livre d’amour dans lequel Emmanuel Carrère croise la vie d’un couple, Jérôme et Delphine, parents de la petite Juliette, 4 ans et de son grand-père Philippe, celui de Patrice, époux de Juliette, 30 ans, soeur de la compagne de l’écrivain, et mère d’Emilie, Clara et Diane, mais aussi la vie d’Etienne, juge et ami de Juliette. En décembre 2004, Emmanuel Carrère est en vacances au Sri Lanka et rencontre le destin d’un couple de retraités dont la petite fille Juliette est victime de la vague du Tsunami. Philippe, le grand-père demande alors à Emmanuel Carrère d’écrire un livre sur cette horreur. Quelques mois plus tard, Juliette, soeur de sa compagne, meurt d’un cancer. Etienne, ami et collègue de travail de Juliette, convoque sa famille, pour raconter le travail de Juliette, qui consistait à condamner les sociétés de crédit et aider les victimes de surendettement, mais aussi son amité avec Juliette, ce cancer qui les avait atteint, rapprochés puis séparés. Etienne demande à Emmanuel Carrère de raconter l’histoire de Juliette. Porté par la confiance des gens sur qui il écrit Emmanuel Carrère apprend quelque chose sur la vie : ces gens lui ont montré comment rester debout après ces épreuves. Ils lui ont appris qu’il était possible de rester vivant et que les survivants au-delà de la souffrance peuvent tenir le coup. Au travers de ce récit bouleversant, dans lequel l’auteur décrypte les étapes de l’ouverture à l’autre, Emmanuel Carrère écrit une vraie leçon de vie dans laquelle l’amour et la solidarité prennent place. « Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d’extrême pauvreté, de justice et surtout d’amour. Tout est vrai. » Au travers de ce récit, Emmanuel Carrère va s’emparer de la vie des autres, et témoigner de leurs drames et de leur vitalité face à la vie qui continue. Il restitue avec justesse les mots entendus : « la réalité est plus mélodramatique que la fiction. » Si le livre évoque l’apprentissage du bonheur au travers des autres, il exprime surtout  cette capacité à être en empathie avec les autres, ce qu’il y a de plus difficile et de plus désirable. C’est un livre sur le lien.

« Limonov » est la biographie romancée de l’écrivain, dissident et homme politique russe Edouard Limonov, avec lequel il a vécu trois semaines à Moscou pendant la préparation du livre. Limonov est un écrivain russe,  à la vie de voyou et d’aventurier. Délinquant juvénile dans les banlieues d’une ville ukrainienne, poète underground sous Brejnev à Moscou, émigré aux Etats-Unis, devenu clochard, puis valet de chambre pour un milliardaire, cet écrivain branché, dissident, fait partie d’une milice, va en prison, est un homme à la vie très aventureuse et au parcours invraisemblable. Emmanuel Carrère a mené une véritable enqête soutenue, assidue pendant quatre ans sur Limonov, personnage réel, peu connu du public. 500 pages pour comprendre qui est Limonov, au parcours chaotique, dont Emmanuel Carrère dit « c’est un loser magnifique, qui vit sa vie comme un roman, et dont la capacité vitale est fascinante ». C’est aussi l’histoire de la russie et particulièrement de l’effondrement du communisme et les vingts années qui ont suivi.  Emmanuel Carrère : « C’est une vie dangereuse, ambigüe, un vrai roman d’aventures, c’est aussi, je crois, une vie qui raconte quelque chose pas seulement sur la Russie mais sur notre histoire à nous depuis la fin de la seconde guerre mondiale ».

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1 Comment

  • Reply
    Céline☼
    11 juillet 2012 at 10:14

    Waouh, hyper complet !
    Je crois bien qu’Emmanuel Carrère est mon écrivain préféré actuellement. Son écriture me touche énormément. Oui, c’est vraiment un écrivain du réel.

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