Chanteuse rock

Maria McKee

Quelle est pour vous la meilleure bande originale de film ? « Take My Breathe Away », le célébrissime tube de Berlin indissociable du film Top Gun ? « Calling You » magistralement interprété par la chanteuse de gospel, Jevetta Steele pour les besoins de Bagdad Café? Et pourquoi pas le « Show Me Heaven » de Maria McKee, choisi pour illustrer le thème musical de Jours de Tonnerre ? Un nouveau blockbuster de plus pour Tom Cruise en ce début des années 90 mais surtout un hit qui scellera le destin de la jeune chanteuse et compositrice américaine. On l’avait connue jusqu’ici comme la chanteuse de Lone Justice, feu groupe de cowpunk ou country punk, il faudra désormais miser sur elle au singulier et regarder du côté de sa carrière solo.

Pureté de cœur

C’est à Los Angeles, près des studios d’Hollywood, que Maria Luisa McKee naît le 17 août 1964. Avec des parents respectivement charpentier et peintre, plutôt réfractaires au rock and roll et consumérisme ambiants, la fillette développera dès sa prime jeunesse une adoration envers une Amérique traditionnelle et rurale, nourrie de country, de westerns… Et de rockabilly, influencée qu’elle est par son demi-frère, Bryan McLean, le guitariste du fameux groupe rock psychédélique Love : ainsi certainement l’une des spectatrices les plus jeunes du public, la gamine assiste à l’un de leurs concerts au Whisky A Go-Go, haut lieu musical de L.A, à seulement 6 ans !

Cette mélomanie ne va dès lors plus quitter Maria qui préfère de loin le chant et la musique au chemin de l’école : entre passion et raison, la jeune fille choisit la première option et croise la route de plusieurs groupes californiens de rockabilly. Outre y faire ses gammes, celle-ci y rencontrera le guitariste Ryan Hedgecock, son futur compagnon dans l’aventure Lone Justice.

Une Justice pour tous

De leur passion commune de hillbilly et de country, naîtra en 1982 le groupe Lone Justice : une justice unique pour tous, qui pourrait se résumer en un cocktail de country rock pimenté et servi par la voix hargneuse de Mc Kee. Ce qui aurait pu se cantonner à un groupe de reprises passe rapidement à la vitesse supérieure en accueillant en son sein l’année suivante Marvin Etzioni et Don Heffington, respectivement bassiste et batteur qui se sont précédemment illustrés chez la chanteuse country Emmylou Harris. Le groupe peut maintenant signer ses propres compositions, estampillées « cowpunk », fusion des musiques country et punk rock, agrémentées ça et là de touches de rockabilly… Et créé l’événement sur les scènes locales, n’hésitant pas à voler la vedette à des artistes plus « établis » (ndlr : on se souviendra ainsi d’Arthur Lee qui en plein comeback a dû quitter la scène du Whisky A Go Go après seulement deux chansons!).

Grâce au soutien de Linda Ronstadt, la nouvelle sensation musicale séduit Geffen Records qui lui signe les albums Lone Justice (1985), produit par leur manager Jimmy Iovine, suivi l’année suivante par Shelter. Si le rock roots imprègne les entraînants « Sweet, Sweet Baby (I’m Falling) » and « Ways To Be Wicked » du premier album, le second flirte plus avec son temps en usant et abusant de boîtes à rythmes et autre synthés, ravissant aussi bien le public que les professionnels du métier. Des chansons de bonne facture certes, comme le « Ways To Be Wicked » écrit par Tom Petty et Mike Campbell, qui s’enorgueillissent de la présence du claviériste Benmont Tench, du groupe Tom Petty and the Heartbreakers, en tant que musicien guest pour les spectacles live, mais qui ne seraient rien sans l’incroyable talent de la chanteuse, capable de passer du désespoir à la joie la plus folle dans le même morceau.

Ironie de l’histoire, malgré tous ces excellents échos et une première partie de U2 plus tard, la bande à Maria ne trouve pas son public. L’échec commercial des albums entame la bonne humeur du quintet qui prend la décision de se séparer, chacun vaquant à ses occupations musicales, McKee la première.

Du pêché vient le salut

En quittant son groupe, Maria a déjà dans la tête des envies d’albums solos. Rêves qu’elle réalise en juin 1989 en enregistrant un premier album éponyme, chez Geffen encore, mais c’est sans conteste avec « Show Me Heaven », choisi comme thème musical de Jours de Tonnerre, que l’adhésion populaire et commerciale seront au rendez-vous. Après You Gotta Sin To Get Saved (1993) faisant la part belle à la country folk et country, la chanteuse revient l’année suivante avec « If Love Is A Red Dress (Hang Me In Rags) » qui, présente sur la BO de Pulp Fiction, permet à beaucoup de découvrir toute l’ampleur de sa voix. Cocktail baroque de rock, de ballades et de comédies musicales, l’ecclectique Life Is Sweet (1996) parachève la reconnaissance de ses talents d’écriture. Avec une telle polyvalence, Maria est promise à un bel avenir.

Forte de ces certitudes et afin de jouir d’une plus grande liberté, l’artiste quitte Geffen et enregistre chez la concurrence l’ambitieux High Dive (2003), Live in Hambourg, l’année d’après, puis Peddlin’ Dreams en 2005, que d’aucuns considèrent comme l’album de la consécration. Depuis 2006, date de sa signature avec Cooking Vinyl, ses dernières réalisations ont consisté en un enregistrement de sa tournée acoustique la même année et la réalisation, l’année suivante, de l’album studio Late December, qui atteste encore une fois du large éventail de ses inspirations, capables d’allier un songwriting très riche, du rock à la Patti Smith et des ballades un peu folles, avec en toile de fond un imaginaire contrasté empruntant parfois à l’univers théâtral irlandais, témoin de son installation à Dublin au cours des années 90… Les Lone Justice, morts et enterrés ? On pourrait douter du contraire avec la sortie du best-of et de morceaux inédits, This World Is Not My Home, au début de l’année 1999 et de la mini compilation The Best Of: 20th Century Masters / The Millennium Collection, quatre ans plus tard !

Si son attachement à une musique et un songwriting authentiques l’ont amené à mettre de côté toute carrière commerciale, l’artiste n’en a pas moins maintes fois questionné son œuvre pour l’aborder chaque fois de manière différente. Auteure du tube de « A Good Heart » de Feargal Sharkey qui a fait sensation au Royaume-Uni en cette année 1985, McKee aura ainsi mis plus de 22 années à se réapproprier son hit en en proposant une version poignante sur Late December. Question collaborations, la liste est longue, avec ses compatriotes américains : Victoria William, Counting Crows, Stuart A. Staples, Steve Earle,  Dwight Yoakam, comme ses homologues anglais (The Heads) ou irlandais (Golden Horde)… Sans oublier sa participation à la bande son de la fable rock de Walter Hill, Streets of Fire, en signant « Never be You » ainsi qu’à l’album de musique contemporaine chrétienne Come As You Are. Autre détail qui a son importance, saviez-vous que c’est elle dont le groupe écossais Deacon Blue parle dans la chanson « Real Gone Kid » ? Aussi humble soit-elle, Maria a tout d’une grande !

Découvrez ou redécouvrez « Sweet, Sweet Baby (I’m Falling) » : http://www.youtube.com/watch?v=nNf-1DJCrPc&ob=av2e

(Les photos proviennent du site mariamckeeinfo.com, www.last.fm et www.myspace.com/mariamckeeofficial)

Sources

Sites internet

mariamckeeinfo.com

http://www.answers.com/topic/maria-mcke

http://www.allmusic.com/artist/lone-justice-p4783

Articles

Maria McKee et Lone Justice in Le rock dictionnaire illustré, Larousse (1997)

Maria Mckee interview : http://www.youtube.com/watch?v=6KUviVyYSaA

Maria McKee Still Has ‘A Good Heart’: http://www.spinner.com/2007/03/25/maria-mckee-still-has-a-good-heart/

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