Femme de légende

Les Saintes Françaises

Je vous demande un instant de silence et de recueillement pour cet article qui rend hommage à quelques saintes et mystiques qui ont vu et entendu les fameuses voies, celles qui sont impénétrables…Ce sont les dignes héritières de notre Sainte Jeanne d’Arc que je vous présente aujourd’hui.

Bernadette Soubirous (1844-1879)
L’ignorante éclairée


Si la Sainte Vierge m’a choisie, c’est parce que j’étais la plus ignorante, dira Bernadette Soubirous pour expliquer ses visions. Née en 1844 à Lourdes dans la famille d’un pauvre meunier, Marie-Bernade, son vrai prénom est l’aînée d’une fratrie de neuf enfants dont cinq mourront en bas âge. Bien que très pieuse, elle est effectivement assez peu calée en histoire sainte, ignorant à peu près tout du catéchisme. En 1857, quand son père est envoyé en prison pour le vol de deux sacs de farine, la famille sombre dans la misère.

Le 11 février 1858, alors que Marie-Bernade se rend au bord du Gave de Pau avec sa soeur et une amie pour ramasser du bois mort, elle entend du bruit et aperçoit en levant la tête «une dame vêtue de blanc» à l’entrée de la grotte de Massabielle. Entre le 11 février et le 16 juillet suivant la Vierge lui apparait pas moins de dix-huit fois, se présantant à la jeune fille comme l’Immaculée Conception. Douze jours seulement après la dernière apparition, le 28 juillet 1858, une commission d’enquête réunie par l’évêque de Tarbes juge la sincèrité de Marie-Bernade «incontestable». Quatre ans plus tard, le 18 janvier 1862, l’évêque reconnait la réalité des apparitions mariales. Il va sans dire que le combat n’a pas été aussi facile et que Bernadette a dû passer beaucoup d’ «interrogatoires» avant d’être présentée comme crédible comme avec le curé de Lourdes:

« C’est toi qui va à la grotte ?
– oui, monsieur le curé.
– Et tu dis que tu vois la sainte Vierge ?
– Je n’ai pas dit que c’est la sainte Vierge.
– Alors qu’est-ce que c’est que cette dame ?
– Je ne sais pas !
– Ah, tu ne sais pas, menteuse ! Et pourtant le journal l’écrit, et tous ceux que tu fais courir après toi le disent, que c’est la sainte Vierge. Alors, qu’est-ce que tu vois ?
– Quelque chose qui ressemble à une dame.
– Quelque chose !
– Monsieur le curé Aqueró demande qu’on vienne en procession à la grotte.
– Menteuse ! Comment veux-tu que je commande une procession ? C’est monseigneur [l’évêque] qui décide des processions. Si ta vision était quelque chose de bon, elle ne dirait pas de telles bêtises. Et pour quand la veut-elle cette procession ? c’est jeudi que tu as dit. »
Dès 1858, la grotte miraculeuse est devenue un lieu de pélerinage, attirant à Lourdes les catholiques du monde entier, aujourd’hui environ 6 millions de pélerins par an. En 1866, Bernadette prend le voile au couvent des Sœurs de la Charité de Nevers. Béatifiée quarante-six ans après sa mort, en 1925, elle est canonisée en 1933. L’histoire de Bernadette Soubirous, cette petite enfant pauvre, a inspiré moult artistes et notamment des écrivains tels Emile Zola, François, Mauriac ou Paul Claudel.

Anne Bernet, Bernadette Soubirous, Paris, Perrin, 1994, 2001 et 2007.

Thérèse de Lisieux (1873-1897)
L’humilité incarnée

Quand la carmélite Marie Françoise Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte-Face décède à Lisieux en 1897 de la tuberculose à l’âge de vingt-quatre ans, il n’y a guère qu’une petite trentaine de personnes pour suivre son cercueil: ce n’est qu’une pauvre sœur anonyme, une quasi inconnue qui vient de rejoindre son Créateur. C’est de façon posthume que va s’affirmer la gloire de Thérèse. Elle-même n’avait-elle pas prévenu sur son lit de mort: «Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre» ?

Thérèse Martin est née le 2 janvier 1873 à Alençon, cadette d’une famille de neuf enfants dont les cinq filles deviendront toutes religieuses. Il faut dire que les parents Martin sont particulièrement pieux: les jeunes époux n’avaient-ils pas décidé de vivre ensemble comme frère et sœur avant d’en être dissuadés par leur confesseur? La mère de Thérèse a fait alors le vœu de donner tous ses enfants à l’Eglise. Ainsi la jeune Thérèse entre-t-elle au carmel de Lisieux à l’âge de quinze ans, d’abord affectée aux tâches les plus humbles puis nommée trois ans plus tard maîtresse des novices.

Sa vie n’est sainte que par son humilité: à l’instigation de sa supérieure, mère Agnès, Thérèse a décrit dans L’Histoire d’une âme cette «petite voie» qui permet à tous d’accéder à Dieu à travers l’accomplissement quotidien des gestes les plus simples. Cette leçon lui vaut d’être béatifiée en 1923, canonisée en 1925, patronne des missions en 1929 et même  déclarée docteur de l’Eglise en 1997 par Jean-Paul II. Avec sa théologie de la «Petite voie» elle développe une nouvelle spiritualité qui tend à montrer que dans la vie la plus humble, les gestes les plus simples du quotidien, on peut se rapprocher de Dieu et qu’il est nul besoin d’actes héroïques. Elle prônera toujours la simplicité et la miséricorde et s’intéresse aux petits. La dévotion envers cette sainte s’est vite développée et la basilique de Lisieux est aujourd’hui le deuxième lieu de pèlerinage en France après Lourdes.

René Lejeune, La petite voie de sainte Thérèse. Spiritualité et neuvaine, Hauteville/Suisse, Editions du Parvis, 80 p.

Claire Ferchaud (1896-1972)
La nouvelle Jeanne d’Arc

Le 21 mars 1917, Raymond Poincaré reçoit au palais de L’Elysée une bien étrange visite: celle d’une jeune bergère vendéenne nommée Claire Ferchaud, qui prétend lui transmettre rien moins qu’un message du Christ. «Le Sacré-Coeur s’adresse à vous, affirme-t-elle au chef de l’Etat. Il veut que la  France reconnaisse Dieu pour maître, et il veut pour nos temps actuels que son cœur soit peint sur nos couleurs nationales.»

Née à Loublande, petit village de Vendée, le 5 mai 1896, la jeune Claire a très tôt manifesté des penchants mystiques: Jésus lui apparaît dès son plus jeune âge. En 1916, il la charge d’une mission: celle de bouter les allemands hors de France, à condition que la République renonce à sa politique anticléricale et accepte de parer son drapeau des couleurs du Sacré-Coeur. Soutenue par une partie du clergé français, Claire suscite en 1916-1917 un important mouvement d’opinion: surnommée par ses partisans «La nouvelle Jeanne d’Arc», elle fait naître chez beaucoup de croyants l’espoir d’une intervention divine en faveur de la victoire française.

Mais Claire semble avoir frappée à la mauvaise porte: sous la IIIème République, le chef de l’Etat n’a guère de pouvoirs et sûrement pas celui de modifier la bannière tricolore. De plus, la République n’est pas prête à obéir aux ordres de Christ, même pour remporter la victoire. Désavouée par l’Eglise, Claire voit sa mission militaire et religieuse bloquée par les autorités publiques. La guerre sera finalement gagnée, mais sans le secours du Sacré-Coeur…

De retour dans sa Vendée natale, la jeune bergère fonde une communauté religieuse en retrait de L’Eglise et prend le nom de Soeur Claire de Jésus Crucifié. Elle restera toujours un personnage un peu à part et énigmatique. La jeune bergère voyante marquera pourtant son époque.

Jean-Yves Le Naour, Claire Ferchaud – La Jeanne d’Arc de la Grande Guerre, Hachette Littératures, coll. « Essais », 2007, 285 p.

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