Femme de légende

Dian Fossey

Incroyable petit bout de femme que cette Dian Fossey. Peu connue en France, elle fut une anthropologue très cèlèbre aux Etats-Unis et au Rwanda pour son oeuvre envers les animaux et spécifiquement les gorilles. Son oeuvre reste encore très suivie dans les milieux de l’éthologie (étude du comportement animal) car elle a ouvert la voie à de nombreuses découvertes sur le comportement de nos confrères, les primates. Elle est considérée comme l’une des plus grandes primatologues de tous les temps. Son engagement fut total. Amoureuse de la vie et de la nature, son engagement lui vaudra une mort encore non élucidée aujourd’hui.

Née à San Fransisco en 1932, la jeune fille ne connait pas un environnement familial très stable puisque ses parents divorcent alors qu’elle n’a que 6 ans. Sa mère se remarie et avec son beau père commence une relation houleuse. Jamais ils ne s’entendront : ne supportant pas les excès d’autorités de son père, elle se réfugie dans son petit monde, celui de l’étude de la nature et des animaux. Petite, elle sait déjà qu’elle vivra entourée d’animaux. Mais elle ne sait pas encore qu’un grand primate considéré comme dangereux deviendra son meilleur ami.

Du point de vue des études, les choses ne se passent pas exactement comme elle l’aurait souhaité. N’étant pas très forte dans certaines matières scientifiques telle la chimie ou la physique, elle se rabat sur des études de comptabilité et met son rêve de côté un moment. Un an plus tard, elle change pour des études de vétérinaire, mais encore une fois elle échoue du fait de ses lacunes dans certaines matières. Pauvre Dian, la science ne semble pas lui tendre les bras. Elle se lance ensuite dans des études d’ergothérapie (rééducation, réadaptation) et décroche son diplôme à l’âge de 22 ans. Elle fait ses valises et décide de quitter San Fransisco pour le Kentucky où elle décroche la direction du département d’ergothérapie d’un hôpital religieux. Elle s’occupe essentiellement d’enfants en difficulté. Elle ne se sent pas vraiment à sa place mais finit par s’habituer à ce travail.

Un voyage va changer sa vie. Celui qu’elle a toujours rêvé de faire : L’Afrique. Trois ans plus tard, elle emprunte une grosse somme d’argent pour faire un voyage de six mois en Afrique. En rentrant, elle décide de faire ce qu’elle a réellement toujours souhaité : étudier les animaux et la nature sur le terrain. Pour cela, elle reprend ses études et sort diplômée en éthologie de l’université de San José en 1954 et part quasi définitivement pour le Rwanda en 1963.

Encouragée par l’archéologue Louis Leakey, elle fonde en 1967 Le Karioske Research Center dans les montagnes Virunga du Rwanda. Il s’agit d’une immense réserve entièrements dédiée aux gorilles de montagne afin de les protéger au mieux du braconnage et des chasseurs et, par la même occasion, de les étudier au plus près. Dian va ainsi vivre avec eux pendant des années et développer une complicité que personne auparavant n’avait réussi à obtenir. Une complicité émouvante relatée par le National Geographic en 1970. Le cliché prit par Bob Campbell va faire la une de ce grand magazine et pour la première fois on aura l’occasion de voir un geste de tendresse, un contact paisible entre un être humain et un gorille sauvage. La photo montre Peanut (un des gorilles de Dian) lui touchant la main. A la même époque d’autres femmes oeuvrent pour les primates, on les appelle les «Leakey’s Angel» car elles ont toutes été contactées par Louis Leakey qui finance leurs recherches, ainsi que le National Geographic. Il y a en plus de Dian Fossey, Jane Goodall qui étudie les chimpanzés et Biruté Galdikas les Orang-outangs.

En 1974, Dian obtient un doctorat en zoologie à l’université de Cambridge. Il semble bien que la petite fille nulle en physique-chimie, qui rêvait d’étudier les animaux, a enfin réalisé son rêve. Les découvertes de Dian Fossey ont grandement fait avancer la science. Par exemple, elle a étudié de près le comportement des mâles à dos argenté afin de comprendre pourquoi ils tuaient parfois les petits en bas âge. Tout simplement car ils ne sont pas de lui, et pour garder son groupe de femelles il doit être l’unique géniteur, le mâle dominant, un peu comme chez les lions (et les hommes parfois…). Elle a aussi montré comment les gorilles pouvaient recycler leur substance nutritive. Son best seller Gorilles dans la brume est la grande référence pour l’étude des gorilles et fut salué par l’éthologue et ornithologue Nikolaas Tinbergen, prix nobel de physiologie en 1973.

Dans les années 80, elle est reconnue comme étant la principale chercheuse mondiale sur le comportement des gorilles de montagne. Elle enseigne alors à l’université de Cornell et en profite pour promouvoir la protection de cette espèce en la dévoilant au public sous un nouveau jour. Loin des clichés à la King-kong, les gorilles sont des êtres «dignes, très sociables, doux, avec des personnalités individuelles, et des relations familiales fortes» dit-elle. Elle lutte aussi fortement sur place contre le braconnage. Bien qu’il soit interdit depuis 1920 dans cette région du Rwanda, la loi y est très peu appliquée. Beaucoup sont enlevés pour être proposés à des zoos et comme les gorilles se battent jusqu’à la mort pour protéger leurs petits, les enlèvements se terminent bien souvent en massacre. Jusqu’au bout, elle se sera impliquée émotionnelement et physiquement dans cette lutte pour la préservation de nos ancêtres génétiques et pour leur compréhension. Peanuts, Digit, Pug, Geezer, Coco, Pucker…sont certains des acolytes poilus qui ont partagés la vie de Dian et qui reposent aujourd’hui à ses côtés.

En décembre 1985, Dian est retrouvée assassinée dans sa hutte, le crâne fendu en deux par une machette. On ne retrouvera jamais son assassin et dans la mort comme dans la vie, elle restera auprès de ses gorilles adorés. C’est une belle leçon de courage, de patience et de force que le destin de Dian Fossey. Un engagement total dont elle a fait preuve, car elle a tout abandonné pour venir au Rwanda, vivre au milieu des primates, au milieu d’êtres qui sont une des clés génétiques de notre évolution, de ce que nous sommes. Des être souvent caricaturés… mais elle a réussi à prouver au monde entier qu’ils étaient doués d’un tas de qualité que même certains hommes ne possèdent pas, elle aurait vécu plus longtemps sinon. Malgré sa mort, son travail de recherche continue et a été repris par la biologiste Katie Fawcett. Une fondation a même été créee.

Le travail de recherche effectué par Dian reste titanesque et a ouvert de nombreuses voies. Mais ce qui reste surtout c’est l’image de cet amour entre deux êtres pas si différents…

A lire absolument :

Dian Fossey: Gorillas in the Mist, Houghton Mifflin Company, 1983

A voir absolument :

Gorilles dans la Brume
Film boulversant sorti en 1989 relatant la vie de Dian Fossey et interprété par Sigourney Weaver.Un hymne à la protection animale et à la vie de cette femme passionnée et déterminée. Le film fut nominé cinq fois aux oscars (meilleure actrice, meilleur scénario adapté, meilleur son, meilleu musique et meilleur montage) et Sigourney Weaver, très impliquée dans son rôle adhéra à la fondation de Dian Fossey.

Le site officiel :

http://gorillafund.org/dian_fossey/

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