Chroniques ordinaires Humeurs

Les piétons

A moitié engagés, à moitié écrasés !

Le piéton est sans doute l’une des espèces les plus répandues dans ce bas-monde, et pourtant, c’est de loin la plus menacée. Pourquoi ? Parce que quelque soit son environnement -la route ou le trottoir-, sa vie est constamment mise en danger. Obstacles divers et variés rythment son parcours et sèment le trouble. Description d’un itinéraire bien hasardeux…

Sur la route

Non, le piéton n’est pas censé marcher sur la route. Par définition, cet espace-là est réservé aux voitures et autres engins à roues. Les poussettes ne font néanmoins pas partie du lot, par mesure de précaution pour leurs contenus sensiblement fragiles… Bref. Le piéton n’a à priori rien à faire ici. Mais si on considère que c’est le passage obligé entre deux trottoirs, alors, effectivement, il doit passer en zone rouge… Pour cela, une formidable invention zébrée décore le sol afin que le piéton sache où il peut risquer sa vie un peu moins que là où rien n’est indiqué. Parfois, la chance lui sourit et un système de feux régule le flux des voitures. Mais il ne faut pas s’y fier aveuglement, les automobilistes étant justement parfois un peu handicapés du regard, ils oublient de freiner, voire de s’arrêter tout court, qu’importe le corps sans vie qui gît sous leurs roues. Je vous l’avais dit, le piéton n’a pas une vie des plus paisibles… Chaque traversée est un périple. D’abord, il y a l’attente. Appuyer sur un bouton s’il y en a un. Observer le petit bonhomme qui doit passer au vert et qui prend désespérément son temps. Puis, regarder. A gauche. A droite. Tout droit. Pourquoi pas derrière. Rien à signaler ? On foooonce ! Sans se retourner, dans un sprint à gagner les JO, le but est d’atteindre l’autre rive sans dommage. Pas si facile. Les piétonnes à talons ne sont pas aidées. Non qu’elles soient des femmes -quoiqu’une espèce capillairement pseudo-défaillante pourrait se tromper de sens pour analyser si le champ est libre- mais parce que leurs chausses ne sont pas les plus adaptées à ce genre d’activité sportive. Ne parlons pas des piétons les plus téméraires. Ceux qui n’ont peur de rien et qui traversent hors des clous. Ceux qui bravent l’ordre établi et narguent les voitures en passant sous leur nez -quand ils ne finissent pas sous leurs capots-… Qu’on ne s’étonne pas après des statistiques affligeantes…

Mais si le piéton joue avec son existence à chaque fois qu’il doit traverser la route, il n’est pas plus en sécurité sur son propre territoire…

Sur le trottoir

Le piéton est un loup pour le piéton. Il doit partager l’espace -parfois très restreint- avec tous ses camarades piétons, et c’est la loi du plus fort qui régit le troupeau. Des règles pourraient simplifier la vie commune, mais l’anarchie reste le système le plus répandu. Marcher à droite ? Tu parles, c’est bon pour les vieux -lesquels prennent d’ailleurs un malin plaisir à ralentir la cadence pour créer des embouteillages-. Finalement, sur les trottoirs, le piéton a tout du parfait automobiliste ; ça pousse, ça peste, et ça insulte… Bienvenue au royaume du savoir-vivre, n’oubliez pas de laisser votre sourire au placard avant de sortir ! Mais ce n’est pas tout ! Quand deux piétons se croisent, on frôle souvent le drame. Il suffit que l’espace soit un brin étroit et que l’un ne daigne pas libérer quelques centimètres pour que l’autre soit à la limite de la greffe dans le mur. Toujours dans cet esprit de ne pas savoir cohabiter sur un trottoir, le piéton aime s’arrêter d’un coup, que ce soit pour regarder une vitrine ou extirper laborieusement le téléphone qui hurle dans son sac. Il suffit qu’un de ses camarades peu attentif se perde dans ses rêveries et c’est le clash frontal. Autre cause d’accident, les intrus ! Et oui, si le piéton n’est pas le bienvenu au milieu des automobilistes, les cycles sont eux peu opportuns sur les trottoirs. Et ils s’en moquent ! Slalomant gaiement entre les passants affolés, ils créent de redoutables mouvements de panique et la tragédie n’est jamais loin… Si on a prévu des protections pour les usagers de la petite reine, il reste de sérieux efforts à fournir pour ceux qui n’ont que leurs pieds pour circuler…

Mais si le piéton n’a pas une existence des plus sereines, il peut toujours relativiser en conduisant une voiture… Il suffit d’être de l’autre côté du miroir pour se rendre compte d’à quel point on fait peur parfois, qu’on soit sur son trottoir, ou qu’on traverse la rue…

* Cahier de vacances 2010 – Article initialement publié le 18 février 2008

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1 Comment

  • Reply
    Touth
    22 mars 2012 at 13:56

    Pas tout à fait partial cet article: il y a les piétons qui n’hésitent pas à passer juste derrière une voiture en plein créneau (je suis une fiiiiiille, je ne sais pas faire les créneaux, ils me coutent une demie-heure chacun, on ne peut pas dire qu’on ne savait pas que j’en faisais un, surtout quand on me lance un regard noir « vas-y, essaie de m’écraser si tu l’oses! » )… Et les profils sont divers et variés!
    J’excuse l’enfant en plus ou moins bas-âge (qui devrait, à cet âge et cette taille, être accompagné d’un adulte, mais bon…)
    Un peu moins certaines personnes plus ou moins âgées… Mais je fulmine contre les piétonnes qui utilisent, à cet occasion, leur poussette comme un bouclier!

    Bon, à quand un article sur les cyclistes qui prennent toute la chaussée pour rouler (quand il y a une ligne continue, ça doit être plus jouïssif pour eux!), qui doublent inopinément par la droite au moment où le feu passe au vert et qu’on doive « croiser les effluves », bref, qui ralentissent la circulation au possible et se jettent presque sous nos roues, suppliant d’abréger leurs vies… Sans parler de ceux qui roulent sur les trottoirs, ou encore ceux qui brulent les feux…. Jusqu’à ceux qui roulent…. DANS LA VOIE DES TRAMWAYS…..

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