Femme de légende

Sarah Bernhardt

Henriette Rosine Bernard dite Sarah Bernhardt fut le premier artiste, femmes et hommes confondus, désigné comme étant un monstre sacré. Comédienne hors-pair, certainement la plus grande actrice de son temps, elle excellait dans tout ce qu’elle faisait. Adulée dans le monde entier, elle fut l’une des premières « stars » internationales. Quand on pense au théâtre français, on pense à Sarah Bernhardt. C’est en quelque sorte elle qui a apporté de la grandeur et de la noblesse au théâtre. Critiquée ou aimée, elle ne laissait jamais indifférent, c’est la marque des grands de ce monde. Sacha Guitry parlait d‘elle ainsi « « Madame Sarah jouait un grand rôle dans notre existence. Après notre père et notre mère, c’était assurément la personne la plus importante du monde à nos yeux. […] Que l’on décrive avec exactitude et drôlerie sa maison, ses repas, ses accueils surprenants, ses lubies, ses excentricités, ses injustices, ses mensonges extraordinaires, certes […] mais qu’on veuille la comparer à d’autres actrices, qu’on la discute ou qu’on la blâme, cela ne m’est pas seulement odieux : il m’est impossible de le supporter. […] Ils croient qu’elle était une actrice de son époque. […] Ils ne devinent donc pas que si elle revenait, elle serait de leur époque. »

Des origines humbles et le début de la vocation.

Fille illégitime d’une courtisane hollandaise et d’un père français dont on ne connait pas l’identité, celle-ci fut très vite délaissée par ses parents et surtout par sa mère, ce dont elle souffrira énormément, sa mère lui préférant ces trois autres sœurs. Recevant peu de tendresse de sa mère, ne voyant guère son père, elle habitait la plupart du temps avec une nourrice ou était confiée à des amis ou à sa tante. A l’âge de sept ans elle est envoyée dans un pensionnat dirigée par des religieuses. Après la pension, elle continue ses études au couvent des Grand-Champs à Versailles. Elle avouera plus tard avoir beaucoup appréciée cette période car contrairement à ses parents, les religieuses furent présentes pour elle et l’aidèrent beaucoup au point de vouloir consacrer sa vie à Dieu également. Mais sa mère avait d’autres projets pour elle…La mère de Sarah connaissait bien le Duc de Morny, demi-frère de Louis-Napoléon et lors d’une réunion de famille il eu l’idée de l’envoyer au Conservatoire. D’abord, Sarah lutta contre la volonté de sa famille en affirmant qu’elle voulait devenir religieuse mais se laissa finalement persuader d’essayer le théâtre. Certainement l’unique bonne chose que sa mère aura faite pour elle. Malgré tout, Sarah démontrait déjà un caractère hors-norme: indépendante, têtue et enclin à de grosses colères, ce caractère de cochon la suivra tout au long de sa carrière et de sa vie de femme au point d’en faire ce personnage passionné et tumultueux hors du commun.

La carrière de la grande Sarah

Elle entre ainsi au conservatoire et révèle immédiatement son caractère original et différent en interprétant les rôles à sa manière, ce qui ne plait pas à ses professeurs avec qui elle se dispute souvent. Elle en sort ainsi en 1862 et entre à la mythique Comédie Française. Beaucoup critiquée sur son physique atypique de l’époque, elle ne fait pas des débuts prometteurs et surtout son mauvais caractère, ses sauts d’humeur font qu’elle n’y restera pas longtemps. Elle quitte la Comédie Française en 1866 pour le théâtre de l’Odéon, où commence enfin des années heureuses. Elle est révélée en jouant Le Passant de François Coppée en 1869 et triomphe dans le rôle de la Reine de Ruy Blas en 1872, ce qui lui vaut d’être rappelée par la Comédie-Française où elle joue dans Phèdre en 1874 et dans Hernani en 1877 (le théâtre de l’Odéon lui attente d’ailleurs un procès pour être partie, c’est loin d’être son dernier procès…).En conflit avec le directeur de la comédie française qui n’arrive pas à s’imposer face à cette femme de caractère qui commence a être adulée, cette période n’est pas satisfaisante pour elle et se met à la peinture et à la sculpture qui complète ses activités artistiques. Pendant ce temps, la presse ne fait pas éloge de Sarah la capricieuse et lui donne une image négative. Elle est pourtant accueillie avec fougue par le public anglais lors d’une tournée avec la Comédie française. Sarah intrigue, cette femme indépendante qui a décidé de ne pas se marier ou encore cette femme courage qui soigne les soldats lors de la guerre de 1870. En 1880, celle-ci quitte définitivement la Comédie française pour pouvoir avoir enfin des rôles à sa hauteur. Après avoir quitté la Comédie, elle était plus libre de faire comme elle voulait. Elle a commencé à choisir des rôles très dramatiques dans lesquels elle pouvait montrer son talent. Bien qu’elle puisse jouer des rôles masculins, elle choisissait les pièces avec des rôles forts féminins comme « La Dame aux camélias », « Adrienne Lecouvreur » et « Phèdre ». Ces pièces lui ont donné l’opportunité d’utiliser la voix la plus séduisante et de mourir sur scène, une des actions préférées de Bernhardt. La Divine, comme on la surnommait également se révélait dans toute sa splendeur.

En 1880, lorsque celle-ci démissionne de la comédie française, elle crée également sa propre compagnie et part faire fortune à l’étranger. Elle se produit à Londres, à Copenhague, aux États-Unis (1880-1881) et en Russie, notamment au théâtre Michel de Saint-Pétersbourg. La tournée des Etats-Unis eu un grand succès. Sa publicité partout aux Etats- Unis attira des foules d’Américains qui apprécièrent ces représentations.

Vers la fin de sa vie, Sarah Bernhardt devient également actrice du cinéma muet. Son premier film est Le Duel d’Hamlet en 1900. Elle en tournera huit, dont deux œuvres autobiographiques, la dernière étant Sarah Bernhardt à Belle-Île en 1912, qui décrit sa vie quotidienne. Malheureusement on ne pouvait donc entendre se voix d’or, sa voix d’amour comme on l’a surnommé.

Sarah dans l’intimité

Sarah cultive de nombreuses amitiés dans des milieux culturels divers : Oscar Wilde, Emile Zola (qu’elle soutient lors de l’affaire Dreyfus et son célèbre « J’accuse »), le peintre Mucha, Sacha Guitry, Marcel Proust ou encore plus surprenant Thomas Edison qu’elle rencontre aux Etats-Unis et qui lui permet d’enregistrer sa magnifique voix sur une toute nouvelle invention : Le phonographe. Dans sa vie intime celle-ci développe plusieurs relations connus dont Charles Haas, mondain très populaire à qui elle vouait une véritable passion alors qu’il la traitait en femme légère et la trompait sans états d’âme. Après leur rupture, ils demeurèrent cependant amis jusqu’à la mort de Haas. On compte également des artistes tels que Gustave Doré et Georges Jules Victor Clairin et des acteurs tels que Mounet-Sully et Lou Tellegen. On parle également de Victor Hugo et du prince de Galles. Certaines sources lui prêtent également des liaisons homosexuelles dont la peintre Louise Abbéma, qui lui consacra plusieurs portraits. Ces « mauvaises mœurs » sont également bien connues tels que l’usage de la drogue. À l’âge de 20 ans elle donne naissance à son seul enfant, Maurice Bernhardt, fruit d’une liaison avec un noble belge, Charles-Joseph-Eugène-Henri, prince de Ligne. En 1882, malgré ses aspérités à l’encontre du mariage, elle se marie à Londres avec un acteur d’origine grecque, Aristides Damala, mais celui-ci est dépendant de la morphine et leur relation ne dure guère. Elle restera cependant son épouse légitime jusqu’à la mort de l’acteur, en 1889 à l’âge de 34 ans.

En 1914, elle reçoit la Légion d’honneur. Elle est amputée d’une jambe en 1915, à l’âge de 71 ans, en raison d’une blessure gangrenée consécutive au saut, onze ans plus tôt, du parapet dans le final de Tosca. Cela ne l’empêche pas de continuer à jouer assise, ni de visiter les poilus au front. Elle ne peut vivre sans le théâtre, sans jouer, sans être comédienne ou tragédienne. Sarah séjourna plusieurs années dans un fortin militaire désaffecté qu’elle avait acquis au lieudit « La Pointe des Poulains », à Belle-Île-en-Mer et à côté duquel elle avait fait bâtir la « Villa des Cinq Parties du Monde », entourée d’un jardin. En 1922, infirme et malade, elle vend ces propriétés, où un musée lui est consacré depuis 2007.

« La jolie voix d’or » s’éteint dans les bras de son fils le 26 mars 1923, alors qu’elle était en train de tourner un film. Elle est enterrée à Paris au cimetière du Père-Lachaise (division 44), malgré son souhait de reposer face à l’océan, à Belle-Ile-en-Mer.

A la Belle Epoque, il y eut la belle et grande Sarah. Provocante, décalée, excentrique, extravagante et surtout charismatique, celle-ci fut aimée, adulée, détestée ou encore décriée pour ses différences. Femme de caractère et surtout de passion la grande dame du théâtre ne vécut que pour son art. Aujourd’hui encore, elle jouit d’une réputation dans le métier qui fait d’elle Le monstre sacré de la Belle Epoque.

A voir…
Sarah Bernhardt – Queen Elizabeth (1912)

A visiter…
Musée Sarah Bernhardt – Pointe des Poulains…

http://www.belle-ile-tv.fr/Musee-Sarah-Bernhardt/

A lire…

Françoise Sagan, Sarah Bernhardt, le rire incassable (Robert Laffont, Paris, 1987)

Le regard d’un monstre sacré sur un autre, d’une femme différente sur une autre femme différente, d’une artiste sur une autre artiste… des regards croisées qui nous révèle une Sarah touchante.

Jacques Lorcey, Sarah Bernhardt, l’art et la vie, préface d’Alain Feydeau, Séguier, Paris, 2005

Jacques Lorcey rend hommage à Sarah Bernhardt, qui a fasciné le public des décennies durant, par sa grâce, son génie et sa bizarrerie.

You Might Also Like

No Comments

    Laisser un commentaire

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.