Femme de légende

Marie-Olympe de Gouges : première féministe française ?

« La femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune. »

Olympe de Gouges, femme peu connue, pas encore entrée dans la lumière plusieurs siècles après sa naissance et ses glorieuses actions, et pourtant… femme d’exception ; La citation ci-dessus est le début du préambule de « La Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne ». Et oui, vous avez bien lu, cela existe, car elle a été écrite en 1791 à la suite de la plus célèbre « Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen » : « Homme es-tu capable d’être juste ? C’est une femme qui t’en fait la question ; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit. Dis moi : Qui t’a donné le souverain empire d’opprimer mon sexe ? ».

Trop belle, trop courageuse, trop entière pour son siècle, Olympe de Gouges est une femme de légende, une des premières femmes à donner corps au mouvement féministe, même si à cette époque ce terme n’existait pas.

Mais qui est Olympe de Gouges ?

Et oui, on ne peut pas dire que ce nom, pourtant énigmatique et plutôt facile à retenir, détonne par son seul prononcement. Même si l’histoire tend à l’heure actuelle à réparer son oubli, Olympe de Gouges n’est pas connue mais commence à être reconnue dans certains milieux.

Elle est née à Montauban en 1748 sous le nom de Marie Gouze et apprendra bien vite qu’elle est la fille illégitime de Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, le célèbre antagoniste de Voltaire. Elle se marie en 1765, devient mère d’un petit garçon et rapidement veuve, ce qui ne fut pas pour lui déplaire. Elle se refusera toujours au remariage considérant celui-ci comme « le tombeau de la confiance et de l’amour ». Par la suite, elle préféra se faire appeler « Marie-Olympe » en hommage à sa mère, Anne-Olympe Mouisset, et rajouta une particule à son nom et transforma « Gouze » en « Gouges ». En 1770, elle quitte Montauban pour la capitale.

Olympe à Paris

Marie Olympe de Gouges, veuve Aubry, Artiste inconnu

A Paris, elle tombe sous le charme d’un officier de la marine, Jacques Biétrix de Rozières, qui dirige une puissante compagnie de transport militaire. C’est le début d’une longue relation qui durera jusqu’à sa mort, il la demandera plusieurs fois en mariage mais fidèle à sa doctrine, Olympe refusera toujours. « Il est donc faux d’affirmer avec ceux qui méconnaissent le contexte que Marie Olympe de Gouges était une « courtisane ». Elle a eu peut-être quelques passades, des coups de cœur, mais sans commune mesure avec le libertinage pratiqué à Versailles et dans les milieux de la haute bourgeoisie parisienne. » Car de nombreux détracteurs l’ont considérée comme une simple courtisane un peu frivole et aux idées folles car il était plus simple de la considérer ainsi. Grâce à Jacques Biétrix de Rozières, elle bénéficia d’une grande liberté, financière notamment, et mena la belle vie. Mais pas seulement, car cet argent lui permit de faire ce dont elle avait vraiment envie : écrire et exprimer ses idées politiques, humanistes et féministes…

Olympe, polémiste courageuse

Elle se consacra tout d’abord à écrire des pièces de théâtre, sa grande passion. La pièce qui la rendit célèbre est « l’Esclavage des Noirs » publiée sous ce titre en 1792 et inscrite au répertoire de la Comédie Française le 30 juin 1785 sous le titre de « Zamore et Mirza, ou l’heureux naufrage ». Cette pièce et une autre intitulée « le Marché des Noirs » (1790), ainsi que ses « Réflexions sur les hommes nègres » (1788) lui ont permis de rejoindre la Société des amis des Noirs – le lobby des abolitionnistes – créé en 1788 par Brissot qui parle d’ailleurs d’elle dans ses lettres inédites, puis d’être citée par l’abbé Grégoire, dans la « liste des Hommes courageux qui ont plaidé la cause des malheureux Noirs » (1808). Elle n’est plus seulement écrivain mais devient polémiste et femme politique. Olympe fait parler d’elle.

Olympe et la révolution

Olympe possède un caractère bien trempé et ne cesse d’exprimer ses idées en publiant des articles politiques largement discutés voire décriés en leur temps. Elle développe alors un projet d’impôt patriotique dans sa célèbre « Lettre au Peuple » et propose un vaste programme de réformes sociales et sociétales dans ses « Remarques patriotiques ». Ces écrits sont suivis de nouvelles brochures qu’elle adressera aux représentants des trois premières législatures de la Révolution, aux Clubs patriotiques et à diverses personnalités dont Mirabeau, La Fayette et Necker qu’elle admirait particulièrement. Elle rejoint les Girondins en 1792 et devient républicaine à travers la Société d’Auteuil dont elle fait partie. Opposée à la mise à mort du roi Louis XVI, elle demande à plaider sa cause, tâche uniquement masculine à l’époque, mais cela lui est refusé. Elle considérait que les femmes étaient capables d’assumer des tâches traditionnellement confiées aux hommes et régulièrement, pratiquement dans tous ses écrits, elle demandait que les femmes soient associées aux débats politiques et aux débats de société. Ainsi, elle écrit : « La femme a le droit de monter à l’échafaud ; elle devrait aussi avoir le droit de monter à la tribune. » La première, elle obtient que les femmes soient admises dans une cérémonie à caractère national, « la fête de la loi » du 3 juin 1792 puis à la commémoration de la prise de la Bastille le 14 juillet 1792.

Olympe et son combat pour les droits de la Femme

Son combat pour l’émancipation et les droits de la femme fut très ardent et sans relâche, elle écrivit à Marie-Antoinette pour protéger le « sexe malheureux ». Sa plus grande action, fut la rédaction de la « Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne », calquée sur la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » de 1789, dans laquelle elle affirme l’égalité des droits civils et politiques des deux sexes, insistant pour qu’on rende à la femme des droits naturels que la force du préjugé lui avait retiré. « Elle demande la suppression du mariage et l’instauration du divorce qui est adopté quelques mois plus tard. Elle émet à la place l’idée d’un contrat signé entre concubins et milite pour la libre recherche de la paternité et la reconnaissance des enfants nés hors mariage. Elle est aussi une des premières à théoriser, dans ses grandes lignes, le système de protection maternelle et infantile que nous connaissons aujourd’hui par la création de maternités. De plus, elle recommande la création d’ateliers nationaux pour les chômeurs et de foyers pour mendiants qui se rapprochent des foyers d’hébergements actuels. » étrangement actuel tout cela n’est-ce pas ? Olympe était en avance sur son temps, trop certainement…

Olympe à la guillotine…


Exécution d’Olympe de Gouges, Mr Mettais, 1793

Olympe toujours aussi fougueuse, courageuse et pleine d’énergie dans son combat, dénonça les abus de Robespierre et accusa également Marat de certaines atrocités et cela toujours par l’écrit. Elle est finalement arrêtée le 6 août 1793 pour une faute peu grave : elle avait rédigé une affiche à caractère fédéraliste ou girondin sous le titre « Les Trois urnes ou le Salut de la patrie, par un voyageur aérien », elle est arrêtée et son cas est déféré au tribunal révolutionnaire pour avoir remis en cause le principe républicain…

Malade en prison, elle sera déplacée dans plusieurs endroits, certains étant plus libéraux, elle aurait pu facilement s’enfuir mais ne le fera pas, et demandera publiquement son jugement à travers deux affiches : « Olympe de Gouges au Tribunal révolutionnaire » et « Une patriote persécutée », son dernier texte, très émouvant. Jugée le 2 novembre, elle est condamnée à la peine de mort pour « avoir tenté de rétablir un gouvernement autre que un et indivisible ». D’après plusieurs témoins, elle est montée sur l’échafaud avec courage et dignité, comportement qu’elle eut toute sa vie. Le procureur de la Commune de Paris, Pierre-Gaspard Chaumette, dans un discours aux républicaines, a fustigé sa mémoire et applaudit son exécution, méritée selon lui, ne serait-ce que parce qu’elle avait « oublié les vertus qui conviennent à son sexe »….

Olympe de Gouges passée à la postérité ?


L’Olympe de Gouges in La fée électronique, 1989, de Nam June Paik (Séoul en 1932), Musée d’Art Moderne de la ville de Paris
12 postes de télévision en bois, 12 moniteurs couleurs, 1 lecteur vidéodisque laser, tissu, fleurs en tissu
Commande de la Ville de Paris dans le cadre du bicentenaire de la Révolution française, photographiée lors de son installation devant La fée électronique de Raoul Dufy en 1989

Olympe de Gouges a subi beaucoup de préjugés de son vivant et même de la part des femmes, son nom a été sali, même après sa mort. Le comportement de cette femme si indépendante et libre était incompréhensible à l’époque. Elle fut comparée à une prostituée, et, il y a encore peu, c’est ce que beaucoup pensaient…

C’est seulement après la Seconde Guerre mondiale que ses écrits seront redécouverts et rediscutés notamment dans les universités aux Etats Unis, au Japon et en Allemagne. « Son originalité, son indépendance d’esprit, ses écrits courageux et sa générosité sans borne, de même que son honnêteté intellectuelle en font une des plus belles figures humanistes de la fin du XVIIIe siècle. » De nombreux articles universitaires et notamment ceux de Gabrielle Verdier (Etats-Unis) et de Gisela Thiele-Knobloch (Allemagne) ont enfin pu dégager l’intérêt de l’œuvre dramatique d’Olympe de Gouges qui a abordé des thématiques nouvelles comme l’esclavage (Zamore et Mirza), le divorce (Nécessité du divorce), la prise de voile forcée (Le Couvent) et autres sujets sensibles à son époque.

En France c’est Olivier Blanc qui popularisa le personnage à travers une biographie poignante. Depuis octobre 1989 l’historienne Catherine Marand-Fouquet demande aux présidents de la République la panthéonisation d’Olympe de Gouges. En novembre 1993, elle initie une manifestation devant le Panthéon pour commémorer le bicentenaire de l’exécution d’Olympe. Cette manifestation s’inscrit aussi dans la revendication de la parité. Le 6 mars 2004, une place Olympe de Gouges a été inaugurée à Paris dans le IIIe arrondissement,

En 1989, Nam June Paik a créé une œuvre intitulée Olympe de Gouges in La fée électronique. Cette œuvre, commandée par la municipalité de Paris à l’occasion du bicentenaire de la révolution française est aujourd’hui visible au musée d’Art moderne de la ville de Paris.(cf. plus haut)

Des écoles (Champcueil 91, Montpellier…), rues, CHU (Tours), théâtre (Montauban) et autres boulevards portent aujourd’hui son nom atypique avec fierté.

Et enfin, plus actuelle encore, Ségolène Royal, lors d’un meeting à Dijon, a proposé, dans le cadre de la campagne présidentielle, de transférer les cendres d’Olympe de Gouges au Panthéon de Paris si elle était élue. Olympe est-elle en route vers la reconnaissance plusieurs siècles après ces exploits ? Il semble que oui et elle le savait comme en témoigne ses derniers écrits :

« Pensez à moi et souvenez-vous de l’action que j’ai menée en faveur des femmes ! Je suis certaine que nous triompherons un jour ! »

Même si la route est encore longue…

Les écrits d’Olympe :

* ‘Esclavage des Noirs ou l’heureux naufrage (1786)

* L’Homme généreux (1786)

* Les Démocrates et les aristocrates, ou les curieux du champ de Mars (1790)

* La Nécessité du divorce (1790)

* Le Couvent, ou les vœux forcés (1790)

* Mirabeau aux Champs Elysées (1791)

* La France sauvée, ou le tyran détrôné (1792)

* L’Entrée de Dumouriez à Bruxelles, ou les vivandiers (1793)

* Déclaration des Droits de la Femme et de la citoyenne (1791)

Au sujet de la Déclaration

La Déclaration

Bibliographie :

La référence, difficile à trouver, la première bibliographie sur Olympe de Gouge :

* Olympe de Gouges, préface de Claude Manceron, Syros, 1981 (première réédition, 1989), Olivier Blanc.

* Marie-Olympe de Gouges, une humaniste à la fin du XVIIIe siècle, Editions René Viénet, 2003 , Olivier Blanc.

« Cette nouvelle biographie, avec ses illustrations, est l’aboutissement des précédentes recherches et publications d’Olivier Blanc sur une femme exceptionnelle par sa beauté, son courage, ses idées autant que par une vie en conformité avec ses passions et – jusqu’à l’échafaud – avec ses convictions. Guillotinée le ; novembre 179;, Olympe de Gouges sera, pendant deux siècles, négligée et incomprise, au mieux, mais le plus souvent vilipendée et caricaturée pour avoir pris publiquement position en faveur des Girondins, de l’abolition de l’esclavage, des droits de la femme, et d’autres anticipations démocratiques. C’est en 1981 qu’Olivier Blanc rétablira pour la première fois la vérité sur un destin tragique que l’historiographie traditionnelle avait oblitéré. Ce premier essai, aujourd’hui une pépite introuvable pour les collectionneurs, est devenu par de multiples photocopies un livre-culte dans les universités. Ce fut aussi un succès remarqué dans la catégorie des livres d’histoire français en traductions étrangères, japonaise entre autres. En 1993, Côté-Femmes a publié à Paris une édition critique préparée par Olivier Blanc des Textes politiques d’Olympe de Gouges qui balaya nombre de préjugés sur sa prétendue marginalité, mais il restait à faire une synthèse intégrant les documents récemment mis au jour. Dans ce nouveau livre, exhaustif, sans équivalent dans l’effervescence éditoriale et politique actuelle à propos d’Olympe de Gouges, le lecteur trouvera la mise au point nécessaire, attendue, sur une héroïne de l’histoire de France qui n’a pas fini d’obséder la République : elle reste une efficace pierre de touche pour comprendre le déroulement de la Révolution française. Le lecteur appréciera également le récit passionnant d’un des plus émouvants épisodes du naufrage des Lumières dans la Terreur. »

Sophie Mousset, Olympe de Gouges et les droits de la femme

« La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Olympe de Gouges (1748-1792), fille naturelle d’un aristocrate et d’une bourgeoise, est l’auteur de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en 1791. Elle n’aura de cesse toute sa vie de mener des combats que d’autres conduiront à leur terme beaucoup plus tard. Combats pour les droits des orphelins, des enfants naturels, pour le divorce, pour l’éducation des filles, contre l’esclavage, pour la démocratie et, bien sûr, pour le droit des femmes, qui n’obtinrent le droit de vote qu’en 1945. Femme, réveille-toi, le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers, reconnais tes droits… Aux femmes de se prendre en main. Olympe de Gouges montre l’exemple belle, intelligente, elle choisit la liberté plutôt que le remariage ; révolutionnaire, elle apprend le maniement des mots, et publie nombre de pièces de théâtre et textes revendicatifs, aux succès divers, qui l’amènent à la prison et à la mort. Elle est guillotinée en 1792. Sophie Mousset rend un hommage vivace à Olympe de Gouges, femme exceptionnelle encore méconnue, qui rappelle que les droits des femmes et la liberté sont toujours à défendre. »

Déclaration des Droits de la Femme et de la citoyenne (1791) par Olympe de Gouges, aux éditions Mille et une Nuit.

Genevieve chauvel, Olympe, roman.

« Elle s’appelait Marie Gouze, née à Montauban, au-dessus de l’étal du boucher Pierre Gouze…Elle défendra ses rêves de concorde jusqu’au sacrifice de sa vie… »

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