Femme de légende

Marie Laurencin

Même si ce nom ne vous dit rien, vous l’avez sûrement déjà entendu dans une chanson populaire de Joe Dassin L’Eté indien. En effet, le chanteur évoque les aquarelles de la surprenante peintre Marie Laurencin.

Marie Laurencin (1883-1956) est célèbre pour ses aquarelles autant que pour sa liaison tumultueuse avec Guillaume Apollinaire dont elle est souvent présentée comme l’égérie : un tableau représentant Guillaume et Marie peint par le Douanier Rousseau en 1909 s’intitule d’ailleurs Le poète et sa muse.

Mais bien plus qu’une muse, une inspiratrice, Marie est une créatrice, une artiste sans cesse en quête de renouveau et de modernité.

Née à Paris en octobre 1883, Marie est une enfant dite naturelle (reconnue par aucun de ses parents) élevée par sa mère, modeste couturière. Marie passe son enfance à dessiner et est attirée très tôt par les arts graphiques. Elle étudie la peinture sur porcelaine à Sèvres à partir de 1903, avant de poursuivre son éducation artistique à l’académie Humbert de Paris, où elle rencontre Georges Braque. « Dans ma jeunesse, on apprenait à peindre comme on apprenait à chanter. Moi, je dessinais tout le temps. Je faisais aussi des dessins sur des soieries que je brodais. Picasso a gardé une de ces étoffes. » (Extrait du Carnet des nuits).

En 1907, elle expose pour la première fois au Salon des Indépendants et fréquente les artistes du Bateau-Lavoir : c’est là qu’en 1908 Picasso lui présente le poète Apollinaire, avec qui elle entretient une liaison orageuse et chaotique jusqu’en 1912. Leur amour fusionnel et destructeur donnera naissance à de nombreux poèmes de Guillaume, dédiés à Marie (« Mon destin ô Marie est de vivre à vos pieds en redisant sans cesse ô combien je vous aime. »), et de nombreuses toiles de la part de Marie, dont l’une des plus célèbre est Apollinaire et ses amis. Marie fréquente les plus grands, évolue dans le milieu cubiste et fait partie du cercle des grands artistes  : « Le peu que j’ai appris m’a été enseigné par ceux que j’appelle les grands peintres, Matisse, Derain, Picasso, Braque. »

Celle que l’on surnomma plus tard la « Dame du Cubisme » apporte à ce milieu d’hommes rugissants une impressionnante touche de féminité, et si elle participe à toute cette époque Marie évolue dans un monde d’homme dans lequel elle n’a pas besoin de se battre pour exister et être reconnue. Elle apporte sa touche féminine, comme le décrit Natacha Pelletier pour Passion Estampes « Celle qu’on surnomma plus tard La Dame du Cubisme apporte à ce milieu d’hommes rugissants une impressionnante touche de féminité et si elle participe à toute cette époque survoltée de création, elle demeure une observatrice au regard bien souvent amusé. »

Mariée en 1914 avec le baron et peintre allemand, Otto von Wätjen, elle se réfugie avec lui en Espagne, à Madrid puis à Barcelone, au moment où éclate la Première Guerre Mondiale. Etant maintenant de nationalité allemande, ses biens à Paris sont mis sous séquestre et seront vendus après la guerre. Pendant cette période difficile, elle peint abondamment et commence à affirmer son style, fait de couleurs pastel et de formes stylisées. Elle commence également à écrire ses premiers poèmes pendant ce long exil, réunis dans Le Carnet des Nuits, rencontre Sonia et Robert Delaunay et collabore à la revue dada de Picabia.

De retour à Paris en 1920, elle met son art au service du portrait féminin et devient portraitiste officielle du milieu mondain féminin, avec des modèles prestigieux comme Coco Chanel, mais aussi beaucoup de femmes et de jeunes filles anonymes. Parallèlement à son œuvre, elle s’illustre aussi comme décoratrice pour les ballets russes de Diaghilev, pour certaines pièces de la Comédie Française et plus tard, pour les ballets de Roland Petit. Elle participe également à la création de costumes pour de nombreuses pièces de théâtre. Elle s’initie également à la gravure notamment sur bois. Elle collabore également avec de nombreux écrivains dont elle illustre les écrits :
André Gide, Max Jacob, Saint-John Perse, Marcel Jouhandeau … et s’éloigne du milieu des peintres. Marie est de nature curieuse et s’intéresse à de nombreux domaines, sa polyvalence est remarquable et son talent exacerbé. D’un point de vue personnel, elle divorce de son baron de mari et commence une vie indépendante de femme artiste assumée.

La peinture de Marie Laurencin est à son image, à la fois douce et forte. Elle privilégie les modèles féminins et il se dégage de ses toiles une certaine forme de sensualité, une peinture suave, délicate et floue car les formes s’estompent peu à peu laissant place à l’imagination et à un univers incroyablement onirique et simple. Elle rend hommage aux femmes en les épurant car elles sont belles simplement… Chaque toile est une œuvre poétique, les couleurs pâles utilisées, essentiellement le rose, le bleu et le blanc, la simplification des formes renvoie l’image d’une œuvre férocement mélancolique et puissante à la fois.

Continuant de peindre et d’enseigner la peinture jusqu’à sa mort, elle a été, selon sa dernière volonté, inhumée au Père Lachaise vêtue d’une robe blanche, une rose dans une main et, dans l’autre, une lettre d’amour d’Apollinaire… non loin de son Guillaume le mal aimé. (88ème division pour elle, et 86ème pour lui)

Aujourd’hui on retrouve l’œuvre de Marie essentiellement au musée de l’Orangerie à Paris, mais surtout à Tokyo (où le musée Marie Laurencin est basé) et dans les collections du musée Birmingham, en Alabama, qui possède une grande partie de son œuvre.

A voir et à écouter :

http://www.youtube.com/watch?v=QoFMrguSe6kHYPERLINK

A Lire:
Flora Groult, Marie Laurencin, Paris, Mercure de France, 1987
Marie Laurencin, Le Carnet des nuits

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