Femme de légende

Christine de Pizan

Christine de Pisan (aussi écrit Christine de Pizan) est considérée comme la première femme de lettres française ayant vécu de sa plume. Son érudition, sa belle plume, sa situation de veuve, son courage, ses combats divers la distinguent des écrivains de son époque, hommes ou femmes. Veuve précoce, elle dût par la force des choses gagner sa vie seule pour subvenir aux besoins de sa famille. Longtemps oubliée au fond des placards, reléguée comme écrivain de seconde zone ou encore victime de la misogynie ambiante qu’il fut bon d’afficher jusqu’au 19ème siècle encore, elle gagne aujourd’hui à être redécouverte, relue et possède sa place au panthéon des écrivains majeurs.

I .Une enfance dorée

Née au cœur de la noblesse italienne, à Venise, Christine bénéficie d’une éducation soignée et manifeste très tôt son goût pour les études, la littérature et compose ses premières pièces lyriques très jeune. Christine de Pisan arrive en France en 1368 lorsque son père, médecin et astrologue de Charles V, s’installe à la cour. Elle épouse en 1379 Etienne de Castel un noble peu fortuné mais qu’elle aime profondément, les mariages d’amour étant rares à l’époque. Jeune femme épanouie, ayant toujours bénéficié de la chance d’être née du bon côté de la barrière, son destin va basculer et la faire entrer dans l’histoire de la littérature, l’histoire des femmes…

II .Un destin qui bascule…

A seulement 26 ans, elle se retrouva sans famille, sans mari, avec 3 enfants à élever. Situation atemporelle… Elle perd son père en 1380 et son mari en 1390, ce qui deviendra l’une de ses principales sources d’inspirations par la suite. C’est ainsi que va commencer sa carrière d’écrivain et il est probable que qans cette situation elle n’aurait pas fait usage de son talent. En effet, à cette époque, le rôle de la femme était relégué à certaines tâches bien précises et peu stimulantes quand on possédait un talent tel que celui de l’écriture. Réduite à la pauvreté pendant quelques temps, elle dût se mettre à travailler et fit le choix de devenir « homme de lettres » comme on disait à l’époque.

III. Une autre vie commence

Travailleuse acharnée et prolixe, elle multiplie les ouvrages didactiques, en prose ou en vers. Elle se réfugie alors dans l’étude et compose une série de pièces lyriques compilées dans « Le Livre des cent ballades » qui obtient un franc succès. « La Cité des Dames » fut presque un best-seller à l’époque où l’imprimerie n’existait même pas encore. Ces pièces pleurent son défunt mari et traitent de son isolement, de sa condition de femme, de la douleur. Elle obtient alors des commandes et la protection de puissants comme Jean de Berry et le duc Louis Ier d’Orléans. Elle prend de l’assurance et s’attelle à la rédaction d’écrits érudits philosophiques, politiques, moraux et même militaires. Elle s’engage alors parallèlement dans un combat en faveur des femmes et notamment de leur représentation dans la littérature. Elle s’oppose en particulier à Jean de Meung et à son misogyne « Roman de la Rose ». Elle fut donc impliquée dans ce que l’on a appelé la première querelle littéraire française que certains considèrent comme un manifeste, sous une forme primitive, du mouvement féministe. En effet, son « Epistre au Dieu d’Amours » (1399) et son « Dit de la rose » (1402), critique de la seconde partie du « Roman de la rose » provoqua des remous considérables dans l’intelligentsia de l’époque. Elle force ainsi l’admiration de nombreux écrivains de l’époque comme E. Deschamps.

L’œuvre :

Ces œuvres ont l’originalité d’être pour la plupart autobiographiques, Christine s’inspire de son quotidien, de sa propre vie (telles Seulette suy et seulette vueil estr), cela forme ainsi un témoignage précieux sur les conditions féminines de l’époque. Elle n’hésita pas aussi à s’exprimer sur la politique (« Épître à la reine Isabeau ») et sur le droit militaire (« Livre des faits d’arme et de chevalerie »). Selon Jacques Roubaud, Christine de Pisan « a sans aucun doute atteint un des sommets de l’art de la ballade ; elle est d’une originalité formelle remarquable ».

IV. La redécouverte et la relecture de l’œuvre de Christine de Pisan

Ayant bénéficiée d’une grande popularité à son époque, celle-ci fut vite oubliée ou dénigrée car elle ne faisait tout de même pas l’unanimité auprès de tous les lettrés de l’époque qui n’aimait pas voir une femme sur le même terrain qu’eux. Au 19ème siècle il était de bon ton de reléguer la prose de Christine au second rang comme le montre l’opinion dédaigneuse du critique Gustave Lanson : « Bonne fille, bonne épouse, bonne mère, au reste un des plus authentiques bas-bleus qu’il y ait eu dans notre littérature, la première de cette insupportable lignée de femmes auteur.» Il faut attendre la naissance des sentiments féministes et le désir de réhabiliter la femme dans la littérature pour que son œuvre prenne place dans le milieu des études littéraires (vers 1980). La question du féminisme de Christine de Pisan est aujourd’hui beaucoup discutée car il est certain qu’il s’agissait des prémices de celui-ci s’adaptant à la situation du 15ème siècle, un féminisme qui n’avait pas les mêmes priorités qu’aujourd’hui mais en avait certainement davantage.

Quoiqu’il en soit son nom fait aujourd’hui partie des écrivains médiévaux majeurs entre Eustache Deschamps et Charles Villon, une femme, mère de famille seule courageuse et moderne avant l’heure. Une poétesse atemporelle.

Pour découvrir sa poésie :

http://www.poesies.net/christinedepisan.html

http://fr.wikisource.org/wiki/Christine_de_Pisan

Bibliographie:

« Les Idées féministes de Christine de Pisan », Rose Rigaud, 1911 (réimprimé en 1973)

« Le livre des trois vertus de Christine de Pisan et son milieu historique et littéraire », Mathilde Laigle, Paris, Champion, 1912

« Le Chant de la douleur dans les poésies de Christine de Pizan », essai, Jean-François Kosta-Théfaine, Nantes, 2007

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