Chroniques ordinaires Humeurs

Les rallyes

La majorité des gens qui entendent parler de rallyes, pensent automatiquement au sport de courses automobiles. Pourtant ce mot peut avoir un tout autre sens. Les rallyes sont ainsi également des évènements destinés aux jeunes issus de bonne famille, pour se rencontrer. Comprenez, trouver un bon parti au portefeuille bien garni, pour un mariage et cinq enfants. Tout un programme… Les invitations pour ces rassemblements se font par les parents qui dressent une liste d’invités du même âge que leurs enfants. A priori, tout est très sélectif. Cependant, il se trouve que parfois des gens typiquement ordinaires parviennent à infiltrer ces rallyes. Ce fut mon cas, et, en bon reporter infiltré, je vais vous révéler ce qui s’y passe vraiment. Avec tout un tas d’idées préconçues en tête, je me suis donc rendue dans un de ces mystérieux rendez-vous.

Doutez-vous bien que le jean basket n’est pas vraiment l’idéal pour un rallye, pas plus que le manteau fausse fourrure rose, le mini short et les palmes. Malgré l’honneur d’avoir été invitée, je ne suis pas résolue à dépenser une fortune pour une tenue chic, ainsi à la veille de ce qui aurait pu être mon entrée dans le grand monde, je me contente d’une petite robe noire classique pour moins de 20 euros. Je me trouve de jolies chaussures pour parfaire ma tenue, et me voilà presque parée à sortir. Car oui, même si physiquement je suis prête, mentalement je ne le suis pas. Un tas de questions idiotes me trotte dans la tête : « Vais-je rencontrer un intello héritier qui me trouvera charmante ? » « Me fera t’il une demande en mariage immédiatement ? » « Porte t’il des slips ou des caleçons ? »…

Plus sérieusement, je crains de passer pour une « plouc ». Afin de me fondre dans la masse, je décide de changer de nom, de prénom, ainsi que la profession de mes parents. Apprêtée en Louise Demonplaisir, fille de diplomate et de chercheuse en biochimie, je suis disposée à discuter de leur capital social et culturel en vue d’un agrandissement de mon capital économique.

Une heure après le début de la soirée, j’arrive pour me présenter à la personne qui vérifie la liste des invités, et déposer mes affaires au vestiaire. J’entre dans la grande salle aux lumières tamisées, et au buffet comblé de délices. Une masse de filles aux robes noires, blanches ou rouges, et de garçons en costume noir pour la plupart, et bleu très foncé pour un audacieux, se tient immobile. Curieux. La vision de cette inertie n’étant pas spécialement intéressante, mon regard revient sur le buffet. Miam. Tandis que la fondue au chocolat me fait de l’œil, j’essaye de toutes mes forces de ne pas attraper un bâtonnet et un bout de fruit pour le tremper dedans. Car oui, il n’est pas poli de se servir à manger avant les autres. Mais si personne ne commence, ‘que va-t-il advenir de la fondue ?’, me dis-je avec effroi. C’est ainsi qu’une rondelle de banane enduite d’un coulis de chocolat vient tremper mes lèvres. Heureusement, mon geste inspire les autres, et je ne suis plus la seule à manger. Je peux donc avoir l’esprit tranquille pour continuer à me remplir l’estomac.

Soudain le son de la musique se fait plus fort, il est temps de danser. Et la spécialité dans les rallyes, c’est le rock. Quelques duos se forment et s’en vont s’agiter sur la piste. Je dois avouer qu’ils s’y connaissent, tout est impeccable. Rien à voir avec le rock spontané que j’ai pu danser ; là tout est droit, mécanique et rapide. Une danse réservée aux initiés donc. Puis, on change de style. Nos danseurs professionnels continuent néanmoins de danser le rock. Du rock sur du R’n’B, de la pop, de la techno… Epatant ! J’en déduis qu’ils ne doivent pas être bons partout, et qu’ils ne s’inquiètent d’aucune logique musicale.

L’envie de suivre le mouvement me fait rejoindre la piste. mais alors que je danse un pseudo rock avec mon partenaire, mes cheveux ont la merveilleuse idée de venir se coincer dans le bouton de sa manche. Le cauchemar ! Une situation plutôt embarrassante, dont je tente de me sortir en me faufilant hors de la piste avec un sourire crispé, et un bras masculin accroché à ma tête. On a connu plus discret, mais face à la crise on agit comme on peut. Heureusement que personne ou presque ne me connaît…

Pour me remettre de mes émotions, le buffet s’évertue à me réconforter. Mais le sort s’acharne contre moi, quand la moitié du cure-dent planté dans le pruneau bacon se casse dans ma bouche. Cela peux paraître sans gravité, mais rappelez-vous du lieu où je me trouve ; impossible de cracher ça quelque part. Je parviens toutefois à extraire discrètement le bâtonnet après avoir englouti le pruneau sans m’étouffer. Ouf !

Je me sers un verre de soda, bois quelques gorgées, et le pose sur la table pour retourner danser. A mon retour, il a disparu. Je me ressers un verre, et le même curieux phénomène se reproduit. Pareil pour le verre de punch. Il semblerait qu’une personne soit chargée de ramasser tout verre abandonné. Une incitation à se resservir, une mesure de précaution ou juste un besoin de m’énerver ?

Revenons en à ma robe. Un charmant bustier, et une jupe légère qui semble appeler au voyeurisme lorsque je tourne sur moi-même. Très joli mais très risqué. Je m’explique, d’une part, il faut veiller à ne pas tourner trop vite lorsqu’on danse, de deux, les bustiers tiennent bien mieux sur des poitrines imposante. Mais la nature en a décidé autrement pour moi, ce qui m’a permis de me retrouver deux fois soutien-gorge apparent en plein milieu de la piste. Gloups. Faites moi penser à ne jamais recroiser ces gens…

A priori, il ne m’est arrivé que des misères ! Comme si le milieu me criait, « on ne veut pas de toi » ! Et encore, je vous passe les détails de mon entrée dans les toilettes hommes à cause de ma vue déficiente, d’où mon interrogation « mais pourquoi y a-t-il des urinoirs dans les toilettes des femmes ? ». Enfin bref, beaucoup d’obstacles à mon ascension sociale. La soirée touche à sa fin, et je n’ai discuté avec personne, je constate que les autres non plus. Je rentre chez moi, les pieds blessés, la démarche boiteuse, après avoir remercié l’amie qui a eu le courage de m’inviter.

Alors non, le rallye n’est ni formidable, ni bourré de gens hautains. De ce que j’en ai vu, ce n’est qu’une sorte de boom en plus classe avec des gens réservés et un buffet des plus appétissants ! Mais ça n’a rien de comparable avec une soirée tranquille entre amis !

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