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Joni Mitchell

Peu orthodoxes, ses accords libres et ouverts auraient eu de quoi faire s’arracher les cheveux de nombreux guitaristes classiques… Et pourtant, Joni Mitchell est reconnue par ses pairs comme l’une, si ce n’est la plus grande des chanteuses et compositrices de sa génération. Balayée, la scène folk américaine, dès son arrivée à la fin des sixties : sa voix souple et aérienne, sa poésie rare et la délicatesse de son jeu apportent à ce courant une profondeur encore jamais égalée. Tout aussi unique, son songwriting s’est frotté à tous les styles : du rock à l’avant-garde, en passant par le jazz et la world music, pour aborder l’universel comme des thèmes très personnels… Nombreux sont encore les musiciens, établis ou en devenir, à se réclamer de son influence !

Fille du Nord

Ce sont dans des circonstances quelque peu tragiques que la musique s’imposera à Joni. Fille de Bill et Myrtle Anderson (ndlr : respectivement officier dans la Royal Canadian Air Force et enseignante), Roberta Joan Anderson, de son vrai nom, naît le 7 novembre 1943 à Fort Macleod, dans la partie anglophone du Canada. A l’âge de 9 ans, celle-ci est hospitalisée après avoir contracté la polio et c’est pendant sa longue convalescence que la fillette va utiliser le chant pour passer son temps et celui des autres. Cette thérapie musicale se poursuivra pendant son adolescence en ajoutant au piano, l’apprentissage du ukulélé et de la guitare en autodidacte.

Commençant à se produire sur de petites scènes de Saskatoon à la même époque, Roberta Joan poursuivra des études artistiques à l’Alberta College of Art and Design de Calgary. Quand, en 1964, la jeune femme part tenter sa chance sur la scène folk de Toronto, elle découvre qu’elle est enceinte de son ex, le folkeux Brad MacMath, qui préférera déserter à l’annonce de la nouvelle. Peu de temps après la naissance de Kelly Dale Anderson en février 1965, la jeune mère se marie avec l’auteur-compositeur Chuck Mitchell, dont elle prendra le nom de famille. Faute de moyens et de situation, celle-ci se voit pourtant contrainte d’abandonner sa fille à l’assistance publique : ce lourd secret hantera des années durant ses compositions.

Au cours de l’été de la même année, mari et femme s’installent à Détroit, côté USA. Quelques scènes locales et des passages éclairs à la télé plus tard, le couple se sépare début 1967 et celle que l’on appelle désormais Joni déménage à New York pour poursuivre en solo sa carrière. Si son nom commence à circuler dans le milieu musical, le grand public ne connaît alors Mitchell que par les chansons qu’elle a composées pour des stars telles que la vedette country George Hamilton ou les chanteuses folk Buffy Sainte-Marie et Judy Collins. Repérée un soir par le musicien David Crosby, membre des Byrds et futur Crosby, Still, Nash and Young, la chanteuse enregistre chez Reprise Records un album tout en acoustique intitulé Joni Mitchell / Song to a Seagull. Nous sommes en 1968 et ce premier opus aussi simple qu’efficace en étonnera plus d’un.

California Dreamin’

C’est le début des tournées promotionnelles pour Joni qui se prête volontiers au jeu. Sorti en 1969, Clouds sera l’occasion de se réapproprier les chansons qui lui avaient été « volées » : « Chelsea Morning », « Both Sides Now » et « Tin Angel » sont désormais créditées à son nom pour la composition et l’interprétation… Un premier Grammy Award lui sera décerné en tant que « Meilleure Performance Folk ». La décennie seventies sera quant à elle ouverte par Ladies of the Canyon (1970) qui s’éloigne du folk originel pour s’ouvrir à la pop et au rock. Plus d’effets, des chœurs et des percussions et pour la première fois des chansons écrites au piano qui deviendront l’autre marque de fabrique « Mitchell ». Succession de hits (« Woodstock », « The Circle Game » et « Big Yellow Taxi ») pour ce premier disque d’or et déjà la soudaine célébrité effraye l’artiste qui décide aussitôt de prendre une année sabbatique pour s’adonner à la peinture, écrire et composer en voyageant et vivre différentes expériences.

La trêve aura été de courte durée : Blue sort l’année suivante et est un succès critique et commercial quasi immédiat. Si le titre phare « Carey » jouit d’une production savamment étudiée, il n’en contraste que plus fortement avec le restant de l’album plus dépouillé car ce sont avant tout la voix de Joni et ses émotions qui sont ici mis en valeur. Considéré comme le paroxysme des premières œuvres, celui-ci dresse un portrait pessimiste de la société en livrant en même temps des explosions exubérantes de romantisme. Mitchell poursuit cette dualité sur scène et ce n’est qu’en toute logique que For the Roses (1972) et son célèbre single « You Turn Me On, I’m a Radio » s’envolent vers les sommets des charts.

Avec sa fusion de jazz et de rock, Court and Spark (1974) inaugure le début de la période expérimentale de la chanteuse qui ravit toujours autant la critique que ses fans et accède à la célébrité la plus complète. 4 nominations aux Grammy mais une seule récompense pour le « Meilleur Arrangement Instrumental Accompagnant des Choristes ». Accueil mitigé pour The Hissing of Summer Lawns (1975) avant « l’unique » Hejira (1976), à ce jour le plus expérimental de ses albums, le polémique Don Juan’s Reckless Daugther (1977) et Mingus (1979) né de sa collaboration avec le grand jazzman, mort avant la sortie de l’album, lequel sera le premier à ne pas passer la barre des 500 000 exemplaires.

Aux débuts des années 1980, Joni se marie avec le bassiste Larry Klein et quitte Asylum pour Geffen Records. Wild Things Run Fast (1982) signe son retour au songwriting et l’artiste utilise même des extraits de chansons connues, comme le célèbre hit des Righteous Brothers pour « Chinese Cafe/unchained Melody » et le tube d’Elvis Presley « You’re So Square (I don’t Care) » pour renouer avec le succès. S’ensuivent une tournée mondiale l’année suivante et le « mauvais » Dog Eat Dog (1985) marqué par la pop synthé du producteur Thomas Dolby, qui trouvera son salut dans la sortie de Chalk Mark in a Rain Storm (1987), fruit d’une collaboration avec des artistes tels que Billy Idol ou Peter Gabriel. Rares seront désormais les apparitions publiques de Mitchell, qui fera cependant une exception pour participer au concert-événement « The Wall » de Roger Waters, donné à Berlin en 1990.

Il faudra attendre Night Ride Home (1991) et Turbulent Indigo (1994) pour retrouver ce qui avait fait de la chanteuse une icône. Perçu comme le plus accessible de ses derniers albums, le second est ainsi un retour aux sources acoustiques et poétiques, salué par l’attribution de deux Grammys dont le « Meilleur Album Pop ». Constatant le regain d’intérêt à son égard, la jeune divorcée décide de sortir en 1996 un best-of en deux volets : ses plus grands titres (Hits), comme les moins connus (Misses). La sortie de Taming The Tiger en 1998 lui permet de reprendre le chemin de la scène en compagnie de Bob Dylan ou Van Morrison et également de réinterpréter ses nouveaux comme anciens titres sur une guitare-synthétiseur ! Il faut bien vivre avec son temps.

« Ce que tu as jusqu’à ce que tu l’aies perdu »

Au tournant des années 2000, l’autre changement qui s’opère chez Joni, c’est sa voix qui devient plus grave, à cause de certains problèmes de santé et de son tabagisme légendaire. Ses albums suivants Both Sides, Now (2000) et Travelogue (2002) lui donnent ainsi l’opportunité de réinterpréter standards du jazz et compositions personnelles sur un nouveau registre vocal gagnant en maturité. En froid avec l’industrie musicale dont elle méprise le système, Mitchell concédera réaliser seulement deux compilations, l’une sur sa collaboration avec Geffen : The Complete Geffen Recordings (2003) ainsi que trois thématiques : The Beggining of Survival (2004), Dreamland (2004) et Songs of a Prairie Girl (2005). Avant de se raviser sur la sortie d’un nouvel album studio : Shine (2007), en partie inspiré par la Guerre en Irak.

A l’entendre pester contre la société de consommation, la sexagénaire n’a rien perdu de sa verve assassine pour dresser un portrait au vitriol de ses congénères. Avant, les désastres écologiques (« Big Yellow Taxi »), les nobles causes vite oubliées (« Woodstock ») ou ces télévangélistes aux prédications surtaxées (« Tax free »), maintenant place aux accros à la téléphonie mobile (« Bad dreams are good ») et aux terrains de jeux pour enfants comme seules enclaves de liberté dans un pays ravagé par la guerre (« Shine »). Travers sociétaux comme tourments intimes ont toujours fait partie de l’écriture Mitchell : évoqué en filigrane dans des titres comme « Little Green » (1971), l’abandon de sa fille ne fait pas exception « (…) Mon enfant est un étranger/ Je l’ai porté/ Mais je n’ai pas pu l’élever » (in « Chinese Cafe » sorti en 1987). Un traumatisme exorcisé par les retrouvailles entre mère et fille en 1997.

On lui prête un tempérament volcanique, un tableau de chasse légendaire (Rolling Stone la raillera en dressant un arbre généalogique de ses liaisons amoureuses), un léger grain de folie, qu’importe Joni reste une artiste multi-cartes, polyinstrumentiste, grande chanteuse et musicienne adoubée au Rock’n’Roll Hall of Fame, peut-être un peu trop en avance sur son temps. Celle qui se pense « peintre d’abord, musicienne ensuite » (jonimitchell.com), conceptrice de l’artwork de chacun de ses albums, résume toute son essence en ces quelques mots : « Je suis une personne profonde née dans un monde superficiel » (www.telerama.fr). Si Mitchell n’avait pas chanté, aurait-elle touché toute une génération d’artistes aussi variée que Frank Zappa, Crosby Still Nash and Young, en passant par Sonic Youth, Tori Amos, Prince, Alanis Morissette, Janet Jackson, Madonna et Björk? Pour ne citer qu’eux, car on pourrait continuer encore longtemps la longue liste de tous ses admirateurs passés, présents et à venir!

(Les photos proviennent du site http://www.facebook.com/pages/JoniMitchellcom/311982632435)

Sources

Sites internet :
http://jonimitchell.com/
- http://www.evene.fr
http://fr.wikipedia.org
http://en.wikipedia.org

Articles :
Joni Mitchell album guide : http://www.rollingstone.com/music/artist/album/news/artists/8828/58378/58457
Blue Review – Joni Mitchell : http://www.allmusic.com/album/blue-r13209
Jody Denberg’s Conversation with Joni Mitchell : http://jonimitchell.com/library/view.cfm?id=1362
Rencontre avec l’incorruptible chanteuse Mitchell : http://www.telerama.fr/musique/25740-incorruptible.php
Bob Dylan is a ‘plagiarist’, claims Joni Mitchell : http://www.guardian.co.uk/music/2010/apr/23/bob-dylan-joni-mitchell

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