Sandy Denny

Comme chanteuses folk, on pourrait citer Tracy Chapman, Cat Power, Sheryl Crow, Suzanne Vega, Tori Amos et avant elles, Joan Baez. Certes des grands noms mais tous américains. Or, si le nouveau continent a considérablement contribué à l’essor du mouvement, il n’en a pas la seule exclusivité : de l’autre côté de la Manche, chez nos cousins britanniques, une artiste en est considérée comme la mère fondatrice. Son nom ? Sandy Denny. A notre tour de vous conter la fugace existence de cette légende disparue dans la pleine fleur de l’âge, le 21 avril 1978.

 

Des Strawbs…

 Née dans la ville anglaise de Wimbledon, le 6 janvier 1948, Alexandra Elene Maclean Denny aurait pu se laisser contaminer par la fièvre tennismatique ambiante mais c’est vers la musique que celle-ci décide très tôt de se tourner. Avec une grand-mère écossaise chanteuse de ballades, normal que la fillette suive un entraînement artistique béton : piano dès son plus jeune âge, suivi par la chorale de l’école et enfin la guitare, que son frère aîné lui fait découvrir, rythmeront ainsi et pour son plus grand plaisir, sa prime jeunesse… Mais aussi son adolescence et sa vie de jeune femme. Si bien qu’à l’heure de choisir entre vivre de la musique et poursuivre ses études d’infirmière, Sandy choisit la première solution.

Depuis quelques temps en effet, l’artiste écume les clubs folks londoniens (Les Cousins, Bunjies and the Scots Hoose en tête) pour faire profiter de ses talents d’interprète un public croissant, reprenant les airs traditionnels de la musique folk ainsi que les tubes de petits nouveaux comme Bob Dylan et Tom Paxton. Sa popularité allant grandissante, son répertoire va s’étoffer de compositions originales, développées au fil de ses deux ans d’activité solo. Mais le véritable coup d’accélérateur à sa carrière, Sandy va le trouver en l’invitation à un programme de la BBC qui débouchera sur la signature d’un contrat avec Saga Records et l’enregistrement de plusieurs chansons traditionnelles et contemporaines (dont celles de son petit-ami de l’époque, le folkeux américain Jackson C. Franck), plus tard regroupées dans l’album  It’s Sandy Denny (1970).

 Quasiment en même temps, celle-ci fait la connaissance d’un certain Dave Cousins, guitariste et chanteur des Strawbs, un jeune groupe de folk rock. Sur son invitation, Denny rejoint la formation et enchaîne aussitôt sur l’enregistrement de leur premier album All Our Own Work, célèbre pour renfermer la première mouture de « Who Knows Where The Time Goes » qui reste le plus emblématique de ses titres. Pour la petite histoire, cette chanson qui n’était que la deuxième écrite par l’artiste et devait s’intituler à l’origine « Ballad of Time » a bénéficié d’une promotion inespérée grâce à la version offerte par la chanteuse folk américaine Judy Collins qui a même décidé d’en faire le titre de son album sorti en novembre 1968… L’œuvre de Sandy peut maintenant trouver un écho amplifié.

 

… à Fairport Convention en passant par Fotheringay

 Ses talents d’auteure-compositrice ainsi démontrés, Denny doit encore faire connaître son visage de chanteuse. Parce qu’elle souhaite donner plus d’envergure à sa voix et à ses compositions, l’artiste décide de mettre un terme à l’aventure Strawbs… Pour rejoindre la même année les Fairport Convention, après la forte impression laissée au cours d’une audition, au terme de laquelle celle-ci demande à les écouter à leur tour ! Débutant avec What We Did On Our Holidays, sa collaboration avec le groupe se poursuivra sur Unhalfbricking et Liege & Lief (1969), trois albums mythiques qui scelleront la destinée du groupe, autant que la sienne d’ailleurs. Avant son arrivée, les Fairport effectuaient essentiellement des reprises américaines : dix-huit mois plus tard, ceux-ci sont en tête de file du folk rock britannique, grâce à tout un travail d’exploration du répertoire traditionnel orchestré par ses soins.

Celle qui pourrait se satisfaire de cette seule réussite rêve déjà d’une autre consécration : être à la tête de son propre groupe. Fotheringay sera donc créé dans ce dessein, avec entre autres membres, son nouveau petit ami, le guitariste et choriste Trevor Lucas (ndlr : ancien Eclection) et un premier album éponyme qui dès sa sortie en 1970 focalisera sur lui toutes les attentions. Les clés de son succès ? Une réinterprétation magistrale du standard « Banks of the Nile », des compositions originales (‘The Sea’ et ‘Nothing More’) et une mise en avant de plus affirmée du piano comme instrument de premier ordre. La magie semble opérer mais peut-être trop parfaitement pour la chanteuse qui hésite dès à présent entre continuer dans cette voie et tenter l’aventure solo : la deuxième option aura finalement ses faveurs.

 Place est désormais faite à Sandy pour développer et enrichir son propre songwriting, ce qui ne l’empêche pas de s’entourer d’amis musiciens pour l’enregistrement de son premier opus personnel. Anciens collègues (Richard Thompson) et pointures musicales (Allen Toussaint, Steve Winwood…) prêtent ainsi main forte à la réalisation de The North Star Grassman and the Ravens (1971), déroutant aussi bien dans ses éclectiques sonorités que dans le sens caché de ses paroles. Suivi l’année d’après par le triomphant Sandy, reconnu comme la plus diversifiée de ses œuvres, ne serait-ce qu’à l’écoute des arrangements vocaux multipistes de « The Quiet Joys of Brotherhood ». Outre l’année de son mariage, 1973 verra la sortie de Like an Old Fashioned Waltz, reprenant une partie du répertoire classique des années 30 et 40 avec des titres tels que « Whispering Grass » and « Until The Real Thing Comes Along » ainsi que « Solo », l’un de ses titres préférés.

 Un bref retour dans le line up des Fairport plus tard aux côtés de son mari (ndlr : Lucas a intégré la formation en 1972), pour les besoins d’une tournée mondiale et de l’album studio Rising for the Moon (1975), Sandy signe ce qui deviendra son dernier album, Rendezvous. Avec toujours le souci d’élargir et d’approfondir son écriture, celui-ci n’est pas en reste de nouveautés comme un hommage au style pastoral de Vaughan Williams intitulé « All Our Days », totalisant près de 8 min, tout en regorgeant de perles comme « I’m A Dreamer » ou encore le beau mais étrange « One Way Donkey Ride ».

 

Qui sait où s’enfuit le temps ?

 La fugacité du temps est une des préoccupations majeures de la nostalgique Sandy, en plus d’être la thématique de sa chanson la plus célèbre. Car c’est souvent vers le passé que l’artiste aime se réfugier, à la manière de deux de ses chansons les plus plébiscitées: « Stranger to Himself’ » et « ’One More Chance » sur Rising on the Moon, le dernier album scellant sa collaboration avec les Fairport. Une chanteuse qui, pour évoquer des sujets et des personnes chers à son cœur, redouble de ruses en utilisant des images poétiques, anagrammes et mots à double sens, pour donner à son œuvre une portée universelle, tout en renfermant de précieux messages pour leur destinataires secrets. Qui croirait par exemple que le mystérieux protagoniste de « Next Time Around » n’est autre que son ex, Jackson C. Browne ?

 Premier degré versus sens figuré, un timbre de voix tantôt murmure tantôt déferlante sonore, ce dualisme imprègne le caractère même de la charismatique chanteuse, capable en matière de choix de carrière de la détermination la plus totale, mais aussi d’être en proie à de paralysantes périodes de doute. Cette sensibilité à fleur de peau, Sandy en est la première victime, mais sans cela, son phrasé si subtil et cette grâce naturelle caractériseraient-ils l’ensemble de ses chansons ? Richard Thompson, son ancien collègue de Fairport Convention explique ce véritable don en ces termes : « Son style était original, tout comme son phrasé. Sandy ne ressemblait à aucune autre : elle possédait une voix très puissante, elle était merveilleusement dans le ton, à la manière de Patsy Cline (ndlr : chanteuse américaine de country, reconnue comme l’une des artistes les plus influentes du 20e siècle). Personne en effet ne l’a jamais entendu chanter faux, eh bien c’était la même chose pour Sandy : elle était dans la justesse en toute occasion » (www.npr.org).

 Etait et non pas est, car Sandy n’est malheureusement plus de ce monde. Le 21 avril 1978, l’artiste décède vraisemblablement des suites d’un traumatisme crânien qui aurait été occasionné par une chute dans les escaliers. Sujet à de nombreuses spéculations, sa mort laisse orpheline sa fille unique Georgia, alors âgée de seulement quelques mois ainsi que de nombreux fans éplorés de par le monde. Au cours de sa (trop) courte existence, la chanteuse aura marqué son temps par sa personnalité et ses compositions atypiques, prouvant que désormais les américains n’avaient plus le monopole du genre et qu’il fallait désormais compter sur leurs cousins anglais. Sacrée deux années consécutives «  Meilleure Chanteuse Britannique » (ndlr : en 1970 et 1971), Sandy aura eu tout de même le temps d’apparaître dans « Tommy », l’opéra rock des Who produit par Lou Reizner, et de signer un duo mythique avec Robert Plant sur « The Battle of Evermore » (ndlr : dans l’album Led Zeppelin IV)… Et de laisser un riche héritage musical qui en inspirera plus d’une : aspirante chanteuse ou artiste établie comme Judy Collins, Nina Simone ou plus récemment encore, Cat Power.

(Les photos proviennent du site http://www.sandydenny.co.uk/).

Sources

Sites internet

http://sandydenny.org.uk/

http://www.sandydenny.co.uk/

http://sandydenny.blogspot.fr/

http://www.allmusic.com/artist/sandy-denny-p1957/biography

Articles

Sandy Denny in Le rock dictionnaire illustré, Larousse (1997)

Sandy Denny: Mercurial Queen Of British Folk Rock : http://www.npr.org/templates/story/story.php?storyId=127835236

Fricke’s Picks: Sandy Denny’s First « Time » Around : http://www.rollingstone.com/music/blogs/alternate-take/frickes-picks-sandy-dennys-first-time-around-20100625

‘You had to hold on to the furniture when Sandy sang’ : http://www.guardian.co.uk/music/2005/may/06/popandrock

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