Une tragique descente aux enfers

Le 20 février 1967, naquit un petit garçon blond dans la ville d’Aberdeen dans l’état de Washington. Ses parents, Donald Leland, mécanicien auto, et Wendy Elisabeth avaient tout juste 21 et 19 ans lorsqu’ils se sont mariés. C’est la nouvelle de la grossesse de Wendy Elisabeth qui précipita ce mariage…

Le jeune garçon est très vite attiré par la musique. La légende dit qu’il a commencé à chanter dès deux ans des chansons des Beatles. Une de ses tantes lui a offert sa première guitare, une slide bleue pour ses sept ans et il aurait également reçu une batterie en fer blanc. Pour le plaisir, il jouait « Back in Black » d’AC/DC ». Mais très vite, il a commencé à écrire ses propres chansons.

1975 marquera pour le garçonnet le début d’une descente aux enfers. Descente qui finira tragiquement quelques années plus tard. Donald Lee et Wendy Elisabeth décident de divorcer. Cet événement le marquera tellement qu’il s’étendra dessus pendant de nombreuses interviews. Il déclarera en 1993 « J’ai eu honte, honte de mes parents, je voulais désespérément avoir une famille classique (…). J’avais besoin de sécurité. ». Sa mère remarque le changement de personnalité de son fils aîné. Selon elle, celle-ci change nettement à ce moment là. Lui qui était si extraverti, enjoué, passionné, deviendra son grand opposé…

Il ira vivre tout d’abord avec sa maman, pour finalement au bout d’un an emménager avec son père à Montesano, ville proche d’Aberdeen. Tout se passe relativement bien jusqu’à ce que « Don » se remarie avec sa nouvelle compagne, mère de deux enfants en 1978. Il s’entend extrêmement mal avec sa belle-famille, ce qui cause entre père et fils une source supplémentaire de conflit. Don rêve de voir son fils réussir dans le sport : ce serait une fierté pour lui mais hélas son fils le voit pas du même oeil ! Il ne porte aucun intérêt pour le domaine sportif mais sous la pression de son père, l’adolescent cède en s’inscrivant dans l’équipe de lutte du collège. Son niveau est « correct » mais il déteste profondément l’ambiance qui y règne, sans parler de ses coéquipiers. Don décide de renvoyer son fils de chez lui, et le confiera à divers membres de la famille à causes de leurs trop nombreuses altercations. Le refus et/ou l’incapacité de l’ado à s’intégrer avec la famille de sa nouvelle épouse, suivi d’une vengeance du fils face au père rend sa décision définitive. Lors d’une compétition, le jeune lutteur laisse à chaque combat son adversaire gagner sans montrer la moindre résistance. Son père venu l’encourager est couvert de honte. Les années qui suivent, il les passera successivement chez différents oncles, tantes et même chez ses grands-parents paternels. Cela le fera déménager plusieurs fois au cours d’une même année scolaire.

Outre le chaos familiale qui règne s’ajoutent d’innombrables facteurs rendant l’ado de plus en plus difficile. Il se rend compte qu’il ne vit pas en adéquation avec les autres ados de son âge. Ses centres d’intérêt diffèrent énormément. Il a en horreur le sport, il est sensible à tout ce qui touche aux arts. Ayant déjà une certaine faculté à se couper des autres, cela ne le ramène hélas vraiment pas sur la voie de la socialisation. Il ressent une certaine abjection pour les préjugés tenaces des mentalités fermées des petites villes où il est passé. Ceci est dû à son amitié sincère avec un étudiant gay. Cela fait courir moultes rumeurs sur sa probable homosexualité. Arguments supplémentaires contre une vie sociale en faveur des ados de son âge… Il fera ainsi l’objet de l’hostilité de certains homophobes. Au début il conçoit ceci comme une certaine fierté « Je ne suis pas gay, même si j’aimerais bien, juste pour faire chier les homophobes » aurait-il déclaré. L’atmosphère autour de lui devient trop lourde, ce qui le force à rompre à contre-coeur tout contact avec le jeune garçon qui n’est que son ami.

A près de vingt ans, il trouve enfin un exutoire qui lui sortira un peu la tête de l’eau. Il retrouve sa passion d’antan pour la musique. Il troquera les Beatles et AC/DC pour des groupes tels qu’Aerosmith, Black Sabbath, Kiss mais aussi Black Flag, MDC ou Flipper. Il se rapproche d’un groupe qu’il affectionne particulièrement, les Melvins, basé à Montesano. Les membres du groupe deviendront ses amis fidèles et intimes.

Nous sommes au milieu de sa dernière année de lycée, il réélit domicile à nouveau chez sa mère à Aberdeen. Il se rend compte deux semaines avant sa « graduation » (équivalent du bac), qu’il est très loin d’avoir le niveau nécessaire pour obtenir son diplôme. Il prend donc la décision d’arrêter le lycée. Il s’enferme chez sa mère, sans lui donner le moindre espoir de trouver un travail afin de participer aux dépenses du foyer. Elle lui pose un ultimatum : trouver un travail ou partir. Devant le manque de sérieux de son fils quant à la prise en compte de son ultimatum, une semaine après lui avoir posé, en rentrant de balade, il retrouve ses affaires à l’extérieur de la maison dans des cartons. Pour commencer il squatte de manière ponctuelle chez des amis qui acceptent de l’héberger, ou il se glisse discrètement dans la maison de sa mère à son insu. Par de multiples emplois temporaires, il a enfin assez d’argent pour louer un appartement, qu’il devra quitter par faute de paiements de loyers. Il affirmera que lorsqu’il ne trouvait pas d’endroit où dormir, il vivait sous un pont au bord de la rivière Wishkah. Expérience qui inspira plus tard la chanson « Something in the Way ».

Fin d’année 1986, il s’installe avec Matt Lukin, bassiste des Melvins dans une maison délabrée qu’ils louent ensemble. Pour payer son loyer il accepte le travail d’homme à tout faire dans un hôtel à une trentaine de kilomètres de là. À l’époque, il se rend fréquemment à Olympia pour assister à des concerts.

1987, il crée avec son ami Kris Novoselic le groupe qui marquera la décennie à venir. Nirvana.

Voici en quelques mots le destin tragique d’un gamin, Kurt Cobain, qui avait tout pour réussir. Mais les aléas de la vie ont fait qu’il s’est souvent laissé envahir par ses démons. Son succès, son mariage et sa fille ne l’empêcheront pas de sombrer chaque jour un peu plus. Mort par suicide ou assassiné -chacun a sa libre interprétation de l’histoire- renforce son aura de leader charismatique bien que fragile. Son départ le fait entrer dans un club très fermé, 27 Club (à lire à l’anglaise), regroupant les figures de la musique décédées à 27 ans…

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une réponse à Une tragique descente aux enfers

  1. Marjo dit :

    Super article !!! il m’a donné des frissons !!! mdr

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