Amélie Nothomb

Auteur incontournable de la littérature contemporaine, qu’on l’apprécie ou non, Amélie Nothomb met tout le monde d’accord sur un point : elle ne laisse personne indifférent.

Que dire sur l’écrivain, qu’elle n’aurait pas raconté dans ses livres ? Une biographie serait en effet bien fade comparée à des ouvrages comme « Stupeurs et Tremblements », « Le Sabotage Amoureux » ou dernièrement « Ni d’Eve, Ni d’Adam ». Et lorsqu’Amélie n’est pas le personnage principal de ses histoires, elle donne vie à de troublants personnages qui ont le don de marquer psychologiquement le lecteur. Dans tous les cas, le succès est au rendez-vous, faisant de chaque titre un best-seller !

Afin d’en savoir un peu plus sur cette auteur à la plume bien aiguisée, Save My Brain est allé à sa rencontre pour lui poser quelques questions…

L’interview

Avant de parler de ce que vous faites, intéressons-nous à ce que vous êtes. Quel regard portez-vous sur votre image, ce personnage (mais en est-ce bien un ?) mystérieux et original, qui intrigue et ne laisse pas indiffèrent ?

Ce n’est pas un personnage : c’est moi et je ne porte pas d’autre regard sur moi que celui de l’écriture.

Vous apparaissez souvent sur les couvertures de vos romans. Est-ce un choix motivé ?

Aux environs de 1996 (je suis publiée depuis 1992), j’ai vécu comme la plupart des auteurs ce changement : notre photo, absente auparavant de la couverture, a dû apparaître sur les livres. Je m’y suis pliée sans plaisir. Alors, tant qu’à y être obligée, autant styliser la chose : d’où la couverture de mes romans.

Au contraire, vous êtes peu présente à la télévision et dans les médias en général ; pourquoi ce choix -car nous supposons que c’en est bien un- ?

C’est en effet un choix. Passer à la télévision est pour moi une épreuve. Autant que possible, j’évite.

Vous dites écrire depuis vos 17 ans. Comment êtes-vous arrivée à l’écriture ?

C’est ce que j’explique dans « Biographie de la faim ». C’était un acte de survie.

« Hygiène de l’Assasin » n’est paru qu’en 1992.Pourquoi avoir attendu si longtemps pour proposer votre premier livre à une maison d’édition ?

Je n’ai somme toute attendue que huit ans : ce n’est pas si long. Aujourd’hui, dès qu’un jeune de 17 ans a écrit un seul manuscrit, il cherche à le publier. Pour ma part, j’ai attendu mon onzième manuscrit pour tenter la publication. Ne vaut-il mieux pas se donner les moyens de progresser avant de montrer son travail ?

Vous avez publié seize livres, romans et theâtre confondus ; que pouvez-vous dire de l’évolution de votre écriture du premier au dernier ? Votre écriture n’est-elle pas plus sobre, plus épurée à présent ?

J’imagine. Mais je pense que ce n’est pas à moi d’en parler.

Beaucoup de vos romans sont largement autobiographiques ; pourquoi une telle tendance ?

Sur 16 livres publiés, cinq sont 100% autobiographiques et un l’est à 95% (Antechrista) : c’est donc loin d’être une majorité. Mon sujet dans tous mes livres est la personne humaine : je fais partie de mon sujet. Le moi est un terrain d’investigation comme un autre.

Est-il plus facile d’écrire sur soi ou de se consacrer à la fiction ?

Ce n’est pas une démarche différente. La difficulté est immense dans les deux cas.

Vous écrivez beaucoup. Où puisez-vous votre inspiration pour réussir à proposer un livre par an ?

Je me le demande !

Un concept récurrent dans vos livres est le rapport entre le bien et le mal ainsi que leur lien avec le beau et le laid. C’est particulièrement remarquable dans « Attentat », ou « Acide Sulfurique » par exemple, ces personnages d’une bonté désarmante face à un monstre moral, ou ces beautés face à des monstres physiques… Est-ce quelque chose qui vous tient à coeur ? Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

La bipolarisation ‘bien-mal’ constitue l’axe de la métaphysique, grand enjeu de mes personnages qui à leur manière cherchent leur salut (parfois leur perte). Je double cette bipolarisation d’un autre axe, ‘beau-laid’ qui est encore plus mystérieux, qui parfois rejoint les deux pôles pré-cités, parfois leur inverse, mais en tous les cas, brouille les cartes. La beauté est pour moi le plus grand mystère.

Vos personnages ont souvent des noms abracadabrants comme Plectrude, Prétextat, Palamède… Comment les choisissez-vous et pourquoi ?

Ce sont des prénoms qui existent. Je les choisis pour leur signification ouverte ou cachée.

Que pensez-vous des adaptations au cinéma ; en dehors de la question qui serait « les avez vous aimées, ces adaptations ? », est-ce qu’il vous semble que ça donne à vos livres une nouvelle dimension, qu’ils perdent et/ou gagnent quelque chose à être filmés ? Y avez-vous participé d’une façon ou d’une autre ?

Je n’y participe jamais mais j’en suis toujours heureuse même quand le résultat est discutable. Mes livres sont mes enfants ; les adaptations sont mes petits-enfants. Cela prolonge mes livres comme une descendance.

« Cosmétique de l’ennemi » a été joué au theâtre en 2005 ; regrettez-vous que vos pièces ne soient pas jouées plus fréquemment ? Que vous semblent avoir les pièces de theâtre par rapport aux romans (et vice-versa) ?

J’adore être jouée au théâtre mais c’est moi qui me montre si difficile que les pièces ne sont pas jouées plus souvent. Le théâtre, à mes yeux, exige l’absolue perfection. Sinon, c’est insupportable.

Vous avez écrit les paroles de plusieurs chansons de la chanteuse RoBERT, dont vous avez romancé la vie dans « Robert des noms propres ». Comment s’est passée cette collaboration ? Qu’est-ce que la musique peut apporter à vos mots ?

Ce fut très intéressant et émouvant. Je ne me pose pas la question de savoir ce que la musique peut apporter à mes mots. C’est la musique qu’il faut servir.

Vous parlez de l’écriture comme d’une obsession. Pouvez-vous nous parler de ce rapport assez extrême qui vous permet d’être aussi productive ? Est-ce difficile de tenir ce rythme d’un roman chaque année ?

Difficile d’analyser une obsession. C’est comme être folle amoureuse : c’est un combat de tous les instants, une tension constante de l’être entier. Je vis à perpétuité les conditions physiques et mentales de l’amour fou. C’est exaltant, physique et épuisant.

Propos recueillis par Violaine le Breton et Nelly Glassmann

La sélection culturelle d’Amélie Nothomb :

Musique :  » In Rainbows » de Radiohead

Littérature : « Je ne connais pas ma force » de Stéphanie Hochet (éditions Fayard, 2007)

Cinéma : « Adam’s Apple » d’Anders Thomas Jensen (Danemark, 2006)

Quelques pistes de lecture…

« Hygiène de l’assassin »

Quand Amélie Nothomb publie en 1992 Hygiène de l’assassin, personne n’y croit : cette toute jeune femme ne peut avoir écrit ce chef d’oeuvre, ce doit être un prête-nom. Et pourtant, Amélie Nothomb vient de publier ce qui sera le premier d’une longue série de roman. On y retrouve les thèmes qui lui seront chers : un personnage aux confins du monstrueux, la pureté absolue de l’autre protagoniste, la mort aussi. Déjà l’humour y est omniprésent, grinçant, caustique ; déjà l’écriture est reconnaissable entre mille. A comparer avec son écriture plus récente, plus épurée mais toujours si spéciale. Ce livre est non seulement passionnant, mais il témoigne également de débuts dont on ne peut assurément pas rougir, d’un travail et d’une évolutions sûrs et démontre que dès son premier roman, Amélie Nothomb avait déjà ce qui manque à tant d’auteurs confirmés : du style.

Violaine le Breton

« Péplum »

Péplum est un petit bijoux où Amélie Nothomb déploie tout son talent pour le dialogue et LA réplique qui tue. Les deux personnages, cette jeune femme qui atterrit on ne sait où et ce mystérieux Celsius, vont discuter, argumenter ; elle lui expliquant qu’elle doit rentrer chez elle, et lui tâchant de lui démontrer la prétention qu’elle a de croire qu’elle manquera à qui – à quoi- que ce soit. La situation est kafkaïenne et chaque échange fait mouche. La brieveté de ce livre n’en atténue pas l’intêret, bien au contraire : Amélie Nothomb prouve par là, s’il en était besoin, qu’il n’est pas nécessaire d’écrire des kilomètres pour frapper juste.

Violaine le Breton

« Stupeur et tremblements »

Ce livre, le plus célèbre d’Amélie Nothomb, objet d’un film de Corneau où Sylvie Testud incarne Amélie dans toute sa maladresse, met en scène une Amélie complètement perdue dans l’entreprise Yumimoto, grande firme japonaise. Arrivée sans connaître les codes régissant la societé japonaise, elle va connaître une longue chute sociale, jusqu’à finir Dame Pipi. Non seulement Amélie ne sait pas se conduire en véritable japonaise, mais elle ne sait pas non plus manier la calculette, au grand dam de sa beauté fatale de tortionnaire, Fubuki Mori. Stupeur et tremblements est le récit drôle de l’incompréhension réciproque entre l’Europe et l’Asie. On ne peut qu’être séduit par l’inventivité et l’auto-dérision d’Amélie Nothomb.

Violaine le Breton

« Mercure »

Amélie Nothomb nous a toujours habitués à des histoires surprenantes, et hors du commun ; dans Mercure elle ne déroge pas à la règle. Hazel, une jeune femme traumatisée par le bombardement qui a coûté la vie à ses parents, habite sur une île avec un vieux capitaine qu’elle considère comme son sauveur. Dans la demeure, aucun miroir, aucune surface qui puisse réfléchir le visage d’Hazel. Lorsque Françoise une infirmière engagée pour soigner Hazel débarque sur l’île, elle va découvrir les étranges liens qui unissent les deux personnages et tenter de rompre la machiavélique machination qui se cache derrière un profond isolement. Dans Mercure tout est jeu d’apparences, et pourtant celles-ci ne sont pas toujours celles que l’on croit.

Laurie Glassmann

« Ni d’Eve ni d’Adam »

Stupeur et tremblements : voilà qu’on apprend qu’Amélie Nothomb, durant son désormais célèbre séjour au Japon au sein de l’entreprise Yumimoto, avait une vie sentimentale. Non, Amélie ne s’évanouissait pas dans la nature une fois franchi le seuil de l’entreprise nippone. Non, Amélie n’était pas qu’une employée étrangère malmenée par sa supérieure. Amélie Nothomb, après avoir quitté son travail, dégustait de petits plats mijotés par un Japonais beau, intelligent et fou amoureux, qui l’emmenait dans sa blanche limousine en balade au Mont Fuji. Pour une fois, pas de personnage-monstre mais un beau récit autobiographique, où, comme d’habitude, l’auteure fait preuve de beaucoup d’humour.

Bibliographie

Hygiène de l’assassin, 1992

Le Sabotage amoureux, 1993

Les Combustibles (théâtre), 1994

Les Catilinaires, 1995

Péplum, 1996

Attentat, 1997

Mercure, 1998

Stupeur et tremblements, 1999

Métaphysique des tubes, 2000

Cosmétique de l’ennemi, 2001

Robert des noms propres, 2002

Antéchrista roman, 2003

Biographie de la faim, 2004

Acide sulfurique, 2005

Journal d’Hirondelle, 2006

Ni d’Ève ni d’Adam, 2007

Site internet à visiter : http://www.amelienothomb.fr

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